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Alors qu’elle se targue d’avoir obtenu plusieurs certifications -ISO 14001 pour l’environnement et SA 8000 pour le social, la multinationale Dole vient de faire l’objet d’un rapport accablant, issu d’enquêtes menées par plusieurs syndicats et ONG en Amérique latine. Importatrice de bananes, Dole opère dans un secteur réputé pour ses mauvaises conditions de travail et son utilisation de pesticides nocifs, interdits depuis plusieurs années aux Etats-Unis et en Europe. Alors qu’elle affiche un code de conduite éthique et qu’elle revendique un statut d’entreprise socialement responsable, Dole serait, selon le SITAGAH, syndicat du Costa Rica, "la plus répressive des multinationales de la banane.” Sur un marché dominé par trois multinationales (Dole, Chiquita et Del Monte Fresh Produce), Dole représente plus du quart du commerce international de la banane. Leader mondial du secteur, l’entreprise possède ses propres plantations dans plusieurs pays d’Amérique latine, ce qui la rend directement responsable des conditions sociales et sanitaires de travail qui y sont pratiquées. Dans une lettre ouverte à la multinationale, la coalition dénonce notamment le non respect de la liberté d'association, de la liberté syndicale et du droit à la négociation collective. "Des travailleurs des plantations de fleurs en Colombie à ceux des bananeraies ou des plantations d’ananas en Equateur et au Costa Rica, nous découvrons une compagnie qui, à quelques rares exceptions près, s’oppose à la création et à l’implantation de syndicats démocratiques et indépendants, niant ainsi le droit de milliers de travailleurs à négocier pour améliorer leurs conditions de travail, obtenir une juste rémunération et le respect au travail," déclarent les signataires de cette lettre.
Dans un rapport intitulé “Dole: derrière l'écran de fumée” –publié en français, en espagnol en anglais, en allemand et en danois-, la coalition fait état de graves violations des droits humains et d’atteintes à l’environnement. "Comme le montrent des preuves venant du Costa Rica, Dole est l’une des entreprises bananières ayant le pire comportement envers l’environnement. Non seulement la compagnie a été impliquée dans des incidents de pollution qui auraient pu être évités, mais elle a aussi exercé des pressions sur les gouvernements afin qu’ils allègent les lois contrôlant la pulvérisation aérienne des pesticides," affirme le rapport. Par ailleurs, si les plantations Dole sont en grande majorité certifiées SA 8000 (norme de certification sociale), les audits menés sur place révèlent une toute autre réalité. "Au début de l’année 2005, Dole avait fait certifier 79 % de ses plantations (…) et encourageait aussi ses fournisseurs à obtenir la certification. Or, sur le terrain, dans les plantations certifiées SA 8000, les problèmes persistent." Le rapport démontre ainsi que la certification ne garantit pas la liberté syndicale. En fait, bon nombre de plantations ont reçu la certification alors même qu’aucun syndicat n’y existe et que tout est mis en oeuvre pour qu’il n’y en ait pas.
Travail des enfants, syndicalistes menacés
Parmi les exemples de pratiques sociales, les conditions d’embauche laissent perplexes. Ainsi, "en octobre 2000, Dole y a licencié toute sa main-d’œuvre, puis a proposé de la réembaucher le jour suivant, à un salaire de 30 à 40 % plus bas, suivant en cela l’exemple donné par Del Monte l’année précédente." En 2002, un rapport publié par l’ONG Human Rights Watch dénonçait également les violations des droits du travail dans les plantations d’Équateur et faisait scandale, en démontrant la présence d’enfants au travail dans ces plantations. "Parmi les quarante-cinq enfants avec lesquels Human Rights Watch a discuté, trente-deux ont déclaré qu’ils avaient, à un moment ou à un autre, travaillé dans des plantations produisant essentiellement pour Dole (…) La moyenne d’âge de ces enfants lorsqu’ils ont commencé à travailler dans ces plantations était d’environ onze ans et demi, deux d’entre eux ayant commencé à huit ans et deux autres à neuf ans." La plupart de ces enfants ont travaillé en toute illégalité, dans des conditions violant leurs droits à la santé. Ce rapport mettait aussi à jour les violations de la liberté syndicale, les horaires abusifs et le faible niveau des rémunérations. Une situation qui se retrouve dans d’autres pays. De fait, "il n’y a qu’au Honduras que les plantations de Dole ont des syndicats et des conventions collectives, souligne le rapport. Au Guatemala, la répression de toute tentative d’organisation syndicale est très sévère (…). Les menaces violentes envers ceux qui veulent organiser des syndicats sont constantes."
Outre les violations des droits sociaux les plus élémentaires, la production de bananes repose également sur des techniques agricoles dangereuses pour la santé des employés et pour l’environnement. Le recours aux pesticides les plus nocifs, notamment, a entraîné plusieurs pollutions accidentelles que l’entreprise se refuse d’assumer, malgré les plaintes des syndicats. De même, Dole reste sourde aux multiples maladies développées par ses employés. "Nombreux sont les témoignages de travailleurs de plantations de Dole ou de ses sous-traitants qui témoignent des dangers qu’ils encourent dans le cadre de leur travail, à cause de vêtements de protection non adaptés, d’expositions à répétition aux pesticides et aux fumigations aériennes," expliquent les syndicats. Des études menées par l’Université nationale d’Heredia, au Costa Rica, révèlent que les taux d’empoisonnement par pesticides (utilisés 10 mois par an) sont trois fois plus élevés dans les régions bananières que dans le reste du pays. De même qu’ont été démontrés chez les employés des bananeraies une incidence croissante du cancer et de la stérilité.
Pour autant, malgré les pressions répétées des ONG internationales depuis plusieurs années, les entreprises du secteur évoluent peu dans leurs pratiques et continuent à profiter de leur position dominante… Reste aux consommateurs à leur préférer les bananes issues du commerce équitable, vendues au même prix et produites dans des conditions autrement plus humaines et plus écologiques.
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