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Soy, travailleur dans une usine de confection de vêtements de sport au Cambodge affirme : "Ils nous obligent à faire des heures supplémentaires. Si nous refusons trois fois, les gérants nous menacent de licenciement. Il en va de même si nous refusons de travailler les dimanches ou les jours fériés." Cet exemple, parmi de nombreux autres, est tiré de l' "Olympic Report" élaboré par Oxfam dans le cadre de cette campagne. Les témoignages recueillis auprès des travailleurs dans six pays différents (Bulgarie, Cambodge, Chine, Indonésie, Thaïlande et Turquie) font état de journées de travail de 16 heures, six jours par semaine, pour des salaires de misère. Et, en général, les salariés n'ont pas les moyens de se défendre ni de faire respecter leurs droits. Pourtant, comme le rappelle Jean-Michel Bailly, chargé de la campagne en France, "La liberté d'organisation des travailleurs est essentielle. Là où les gens ont la liberté de s'organiser, on observe que leurs conditions de travail et le respect de leurs droits progressent. Et c'est le progrès social qui nous importe, l'important c'est de mettre en place des dynamiques de progrès pour que les droits sociaux fondamentaux soient respectés." Dénonçant ces conditions de travail inacceptables, l' "Olympic Report" rappelle que, selon le texte de la Charte Olympique, l'Olympisme "se veut créateur d'un style de vie fondé sur la joie dans l'effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux."
Un manque d'information du consommateur
Dans une économie dite mondialisée, où pressions concurrentielles sur les coûts, réduction des délais d'approvisionnement et de livraison, flexibilité de la production tendent à être la règle universelle, les travailleurs employés directement ou indirectement par les multinationales du sport sont, de fait, via une chaîne complexe d'intermédiaires - usines, sous-traitants, etc - liés aux marchés des consommateurs. Or, Jean-Michel Bailly explique qu' "aujourd'hui on peut savoir de quoi un produit est composé, éventuellement savoir d'où il vient, dans le cas d'un produit alimentaire s'il est bio ou non, mais rien ne fait mention des conditions de travail dans lequel ce produit a été fabriqué." Si les grandes marques d'articles de sport et enseignes de la distribution, sous pression internationale des parties prenantes ont mis en place des codes de conduites et pris des engagements, la transparence de l'information vis à vis du consommateur fait encore défaut. Le Collectif de l'éthique sur l'étiquette, qui vient de publier son rapport 2004 "Entreprises et qualité sociale", montre dans son baromètre que les entreprises sont encore loin du minimum requis quant à une gestion "correcte" de la qualité sociale. Pour Jean-Michel Bailly, "Les entreprises ont fait quelques démarches -adoption de code de conduite, définition de charte déontologique, etc- mais ce n'est pas grand chose. Au niveau des pratiques on est encore au niveau zéro. Nous demandons donc qu'elles mettent en pratique leurs engagements. Il reste beaucoup de chemin à faire. Et nous n'avons pas tendance à faire confiance aux entreprise qui agissent toutes seules."
Interpeller, collaborer
Si le collectif n'appelle pas au boycott de telle ou telle marque ou enseigne c'est que d'une part il est impossible aujourd'hui de dire que cette basket-ci ou ce t-shirt-là sont des produits "propres" et que, d'autre part, sa démarche s'inscrit dans une volonté de progrès social. "En priorité, nous voulons faire prendre conscience aux entreprises qu'elle ne peuvent agir seules en matière de respect des droits de l'homme et du travail. Pour qu'elles assument pleinement leur responsabilité, il est nécessaire qu'elles travaillent avec l'ensemble des parties prenantes -associations, ONG locales et syndicats", explique Jean-Michel Bailly. Et de préciser : "Les audits vérifient surtout la qualité des produits et les droits de l'homme au travail ne font l'objet que de quelques questions. Généralement on vérifie ici ce qui se passe là-bas. Plus largement nous voulons construire un projet qui repose sur un principe de concertation. Nous ne demandons pas du 100% garantis droits de l'homme, même si nous en rêvons, car nous savons que ce sera long. Nous voulons que les entreprises s'ouvrent à ce projet. Cela n'avancera que si nous sommes plusieurs. "
Concrètement, la campagne "Jouez le jeu pour le JO" repose sur plusieurs actions. Une campagne nationale, ponctuée de plusieurs actions locales visera à sensibiliser l'ensemble des consommateurs au moyen d'expositions, de manifestations scolaires, etc. Le Collectif prévoit d'ailleurs une action pour le 25 juin 2004, jour du passage de la flamme Olympique à Paris. Une pétition internationale va donc circuler et sera remise à Jacques Rogge, président du Comité International Olympique, le jour de l'ouverture des JO le 13 août à Athènes. "Nous demandons au CIO qui a pris plusieurs engagements en matière de développement durable, de respect de l'environnement, qu'il prenne les mêmes engagements en matière de droits des travailleurs. La pétition est là pour dire, en tant que sportif, comment faire pour acheter des vêtements respectueux des droits de l'homme ? Le CIO fait-il quelque chose à ce sujet ? En informe -t-il les citoyens ?" précise Jean-Michel Bailly. Et de conclure : "Nous sommes dans une démarche constructive mais nous disons les choses crûment, nous provoquons et nous interrogeons."
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