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En ce qui concerne les droits humains, quels sont les risques pour les entreprises qui travaillent en Chine ? Il existe un risque pour les entreprises qui travaillent en Chine de participer à des choses très répréhensibles, comme l'a montré le cas de la société Iveco, dont les camions ont été utilisés comme chambres de la mort pour transporter les condamnés à mort. Sans campagne des ONG, Iveco aurait pu aller beaucoup plus loin dans sa collaboration avec l'Etat. Certaines entreprises sont prêtes à fermer les yeux sur l'utilisation faite de leurs produits. La Chine n'est pas un pays comme les autres. Les campagnes d'ONG sur les droits humains, quelle que soit leur portée, doivent être poursuivies. Avec Carrefour par exemple, nous gardons le contact et restons vigilants sur le fait que certains produits peuvent être fabriqués dans ce qu'il faut appeler des camps de travail. L'affaire Hennessy a mis en lumière cet aspect là. Le groupe a voulu faire du vin en Chine, et s'est retrouvé à utiliser les services d'une ferme d'Etat, qui a recours au travail forcé. Depuis, Hennessy a changé de sous-traitant. Les ONG françaises sont-elles suffisamment actives sur ce terrain ? Les Canadiens sont, de loin, les meilleurs. Il faut dire que certaines entreprises canadiennes vont loin dans la complicité avec le travail forcé, ce qui rend les ONG très agressives, notamment sur le dossier du barrage des Trois gorges. Mais la dénonciation reste délicate, car il est difficile de prouver que le travail forcé existe bien. Lorsqu'un scandale éclate, les sous-traitant chinois changent de nom, d'emballages pour les produits, etc. Vérifier qui fait quoi est très compliqué. Certaines entreprises y parviennent en sillonnant la Chine, ce qui finit par avoir un impact. La situation dans le secteur textile peut-elle être améliorée ? C'est un secteur très difficile à faire évoluer. La main d'œuvre utilisée est particulièrement fragile. Ce sont des jeunes femmes qui viennent du centre de la Chine, une région extrêmement pauvre, et qui migrent vers les côtes pour trouver du travail. Elles n'ont pas d'expérience et sont corvéables à merci. Les campagnes d'ONG ont beau dénoncer cette situation, celle-ci correspond de toute manière à la réalité du pays, qui utilise la pauvreté pour fabriquer à moindre coût. Il existe cependant des ONG, basées à Hong Kong, qui sont vigilantes sur le dépassement d'horaires. Certaines usines font travailler leurs employés 13 heures par jour, sans repos, pendant des semaines d'affilée. Les employés sont tellement épuisés qu'ils se coupent les doigts. Beaucoup d'accidents arrivent à cause du manque de repos. Les campagnes de boycott visant des entreprises comme Nike ou Reebok ont-elles eu un réel impact ? Oui, dans le cas de Reebok c'est très intéressant. L'entreprise a comparé le travail effectué dans les usines " classiques " par rapport aux usines " humanisées ", qui respectent les droits fondamentaux. Reebok s'est aperçu que les secondes avaient un turn-over bien moins élevé, que les ouvriers étaient bien meilleurs et que le nombre de produits défectueux était également plus faible. L'entreprise a reconnu que les conditions sociales de travail avaient un impact sur les bénéfices économiques. Quel est le profil des hommes d'affaires implantés en Chine ? Ce sont des Taiwanais, on en compte 30 000 à Shanghai par exemple. Je peux affirmer qu'au plan des conditions de travail, ils sont encore plus durs que les Chinois.Nous avons recueilli beaucoup de témoignages sur leurs comportements dans les usines, qui relèvent de l'abominable. Ils pratiquent l'humiliation publique : lorsqu'une ouvrière est en retard, elle doit rester agenouillée en guise de punition. Tout est bon pour leur retirer de l'argent sur leur salaire, le temps passé aux toilettes, etc. C'est le règne de l'arbitraire. Comment expliquer que cet état de fait perdure malgré le développement économique ? Le credo qui consiste à penser que le développement économique apporte la démocratie rencontre ici toutes ses limites. Voilà 15 ans que la Chine connaît un fort taux de croissance, et cela n'a pas fait évoluer les droits sociaux ! Certes 300 millions de Chinois ont désormais un niveau de vie correcte, mais il en reste un milliard qui survit difficilement. Les campagnes sur les droits humains sont indispensables, même si elles semblent dérisoires face à ces chiffres. Il s'agit d'envoyer des messages d'espoir à la population chinoise et lui dire " nous gardons les yeux ouverts, nous ne sommes pas dupes, nous vous apportons des informations et des outils." C'est une forme de soutien qui vise à éviter autant que faire se peut les débordements tragiques, y compris pour nous, occidentaux. Ce soutien existe aussi chez certains chefs d'entreprises, qui agissent dans leur domaine pour améliorer les conditions de vie de la population.
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