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C'est une lettre de vœu un peu particulière qu'une trentaine d'associations et d'ONG (Agir ici, CRID, Coordination Sud...) ont adressé à Jacques Chirac, en janvier dernier. Cette lettre pétition, finalement publiée dans Le Monde, porte le nom de la campagne française qu'elle inaugure, " 2005 plus d'excuses ". Elle marque le début d'une mobilisation nationale et internationale pour les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), et rappelle au chef de l'état français qu'il s'est engagé, en 2000, " avec l'ensemble de la communauté internationale, à réaliser d'ici 2015 des avancées significatives afin d'éradiquer l'extrême pauvreté ". Mais, poursuit la missive, à ce jour, et à dix ans de l'échéance, cet engagement " ne sera vraisemblablement pas tenu ". Elle formule le vœu d'un "sursaut" de la communauté internationale en 2005. D'ores et déjà, le premier objectif, celui de l'instauration de la parité filles/garçons dans l'enseignement primaire et secondaire, qui devait être atteint en 2005, est loin de l'être. Plus de 60 millions de filles dans le monde n'ont pas accès à l'école primaire.
Si le constat d'échec annoncé des OMD a déjà été dressé en 2004 (voir article lié), 2005 peut être "une année décisive pour se mobiliser, rappelle la coalition sur le site de la campagne française. Le calendrier international nous offre de nombreuses occasions d'interpeller les décideurs sur leurs engagements. En 2005, il n'auront plus d'excuses pour ne pas agir contre la pauvreté ; nous serons là pour le leur rappeler ! " Une succession de grands sommets internationaux est en effet programmée : le Sommet du G8 en juillet, la Session spéciale des Nations unies sur le bilan des OMD en septembre, ou encore la conférence des ministres de l'OMC en décembre. Autant d'occasions pour évoquer des sujets comme des règles commerciales plus équitables ou la question de la dette des pays les plus pauvres... L'un de ces rendez-vous, la récente réunion des ministres des finances du G7, les 4 et 5 février, a montré combien quelques avancées symboliques peuvent avoir un impact discutable. Pour la première fois, une réduction de 100 % de la dette de certains pays pauvres très endettés (PPTE) d'Afrique a été envisagée mais cette promesse sélective laisse méfiantes les ONG, encore échaudées par la " suspension de paiement " accordée aux 11 pays touchés par le tsunami : " Des pays, comme le rappelle Damien Millet, du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM), "qui ont remboursé 68 milliards de dollars à leurs créanciers étrangers en 2003,(...) soit onze fois leur dette de 1980 (...) quand l'aide internationale promise est estimée à 6 milliards de dollars. "
Mobilisation tous azimuts
Le calendrier des temps forts de la campagne "2005 plus d'excuses" prévoit une semaine d'action mondiale pour un commerce plus juste du 10 au 16 avril, une journée internationale de mobilisation contre la dette le 16 mai prochain, et enfin, deux journées internationales du drapeau blanc (symbole de la mobilisation) en juillet et septembre, pour faire de cette année celle du passage à l'action.
La mobilisation parait d'autant plus indispensable que l'aide internationale ne cesse de diminuer depuis les années 60, comme le souligne le rapport d'OXFAM, " Le prix à payer ", réalisé pour cette campagne. L'aide des pays donateurs n'atteint toujours pas le seuil fixé dans les années 70 de 0,7 % du revenu national des pays riches, alors que ces derniers se sont enrichis depuis. De 0,48 % du Produit Intérieur Brut entre 1960 et 1965, l'aide est passée à 0,34 % dans les années 80 pour atteindre en 2003, 0,24 % en moyenne.
Cette question sera au centre du Forum international sur l'efficacité de l'aide au développement, qui se tiendra du 28 février au 2 mars à Paris. Il réunira la Banque mondiale, les banques régionales de développement, le PNUD et l'OCDE, ainsi qu'un grand nombre de représentants des pays donateurs. Au centre du débat, la suite des travaux sur l'harmonisation de l'aide, entamée à la conférence de Monterrey en 2002 sur laquelle les débats sont animés. Ainsi, Coordination Sud, qui va organiser le 1er mars prochain un événement parallèle, explique que: " L'harmonisation de l'aide évacue tout discours sur la remise en cause du développement tel que les pays du Nord l'envisage, explique Régis Mabilais. On uniformise sur le fond et la forme les solutions, et on prive les pays bénéficiaires d'une véritable appropriation du processus. Or, on voit bien les effets de cette approche. Nous préférons donc parler de gouvernance démocratique et de contextes très différents, nécessitant des solutions spécifiques, et utilisant les dynamiques locales. "
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