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Une antenne en fil de fer nichée dans une poignée facile à agripper, un boîtier bleu électrique qui tranche avec les tons de la savane… A première vue, la radio Lifeline ressemble à un jouet. Son cadran – un grand arc-en-ciel à quatre bandes colorées, une par gamme de fréquences – facilite la recherche des stations et son haut-parleur est assez puissant pour l’écouter en groupe. Etanche et antichoc, la Lifeline est quasiment incassable et résiste à une chute du deuxième étage. Mais le plus important est que cette radio fonctionne sans piles ou presque. Sa batterie se recharge à l’aide d’un petit panneau solaire transportable ou, plus simplement, de la manivelle fixée dans son dos. Trente secondes d’effort – soit environ 120 à 140 tours de manivelle – suffisent à faire fonctionner la Lifeline une demi-heure. La Lifeline a été mise au point après six mois d’essais menés auprès d’enfants sud-africains. Dimensions, poids, ergonomie… les commentaires de ces «focus group» spontanés ont permis de définir une radio adaptée à leurs besoins. Distibution humanitaire
La radio Lifeline est un produit Freeplay Energy Group. Créée en 1994, cette société dont les bureaux sont situés entre Londres et Cape Town en Afrique du Sud s’est spécialisée dans les équipements de survie : radio, lampe torche, chargeur de portable… à manivelle ! Son prix moyen – tous frais de gestion et de documentation inclus est de 55 dollars. Mais, spécifiquement conçue à des fins humanitaires, elle n’est pas disponible dans le commerce. Son fournisseur exclusif est la Freeplay Foundation, une ONG, montée en 1998 par Rory Stear (le fondateur de Freeplay), et dirigée depuis par son épouse Kristine Pearson. Freeplay Group partage avec la fondation une partie de ses ressources humaines et administratives (comptabilité, communication, locaux, etc.) et lui verse une bourse annuelle de 150 000 dollars. La Fondation utilise cette somme pour rémunérer les 7 personnes de son équipe tandis que la recherche de fonds externes permet de financer les projets. En 2003, plus de 750 000 dollars ont été recueillis et investis dans les commandes de Lifeline passées par des ONG à la maison-mère. Transmission audio du savoir
Depuis 1998, 350 000 radios Freeplay – dont 50 000 Lifeline, son modèle le plus perfectionné – ont été donnés via des partenariats menés dans une douzaine de pays. Si 300 unités sont arrivés en Afghanistan – auprès de réfugiés ou de maîtresses d’école isolées - l’essentiel de la distribution a lieu en Afrique sub-saharienne, en Angola, en Afrique du Sud, en Ethiopie, au Niger… Dans des pays, minés par les guerres et le sida où les populations comptent de plus en plus d’orphelins. Au Rwanda par exemple, on estime que 65 000 foyers sont tenus par des enfants âgés de 10 à 17 ans. 95 % d’entre eux – leur nombre est évalué à 400 000 – n’ont accès ni à l’école ni au dispensaire. Lancé en 2001, le projet Radio Rwanda de la Fondation Freeplay désire rompre l’isolement de ces enfants en leur fournissant les moyens de s’informer. Après une première livraison de 1 600 radios, 1 100 radios supplémentaires ont été livrées en 2003. Une organisation caritative canadienne s’est engagée à acquérir 7 200 Lifeline distribués elles début 2005 par Care International dans le cadre du programme Muraho – qui signifie « Bonjour » en langue locale. « Les enfants livrés à eux-mêmes veulent des informations pratiques, qui les aident à vivre mieux. Il peut s’agir de l’heure, du temps qu’il va faire, de conseils à propos du sida ou de la malaria » explique Kristine Pearson. « Ils veulent aussi savoir ce qui se passe en politique intérieure. » Car le poste ne suffit pas, il faut aussi des programmes. Freeplay contribue à susciter leurs productions par ses partenaires. Education civique, bulletins météo, feuilletons radiophoniques, école à distance… Chaque jour, en Afrique, ils sont un peu plus d’un million d’auditeurs à prendre place autour de leur radio à manivelle.
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