Une ONG forme des villageois au Nicaragua à s'équiper en eau potable

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Publié le 23-03-2005

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Une école de l'eau forme des villageois au centre du Nicaragua à concevoir et construire des réseaux d'adduction d'eau potable à énergie gravitaire. Grâce à ce système les enfants des villages sont moins malades et les femmes vivent de meilleures conditions. Son co-fondateur français veut que l'ONG serve d'exemple.

«Depuis qu’on a l’eau fraîche et potable, ce sont surtout les diarrhées qui affectaient les nourrissons et les enfants qui ont cessé» explique Emilia del Socoro Castilblanco, 51 ans. A Martin Centeno, son village, l’eau potable à domicile existe depuis 1992. Pourtant, elle n’a pas oublié sa vie d’avant. Devant l’évier en ciment adossé à sa maisonnette, sous les arbustes en fleurs de son jardin, elle lave des chaussures qui ont traîné dans la terre. «Chaque jour j’allais chercher de l’eau au puits à 4 heures du matin. Il fallait que tout soit prêt pour le petit déjeuner de la famille.», se rappelle-t-elle. "Plus jeune encore je partais à la rivière, une bassine d’eau dans les mains et des pichets accrochés à ma ceinture. Sur le chemin, la terre était boueuse. On manquait de tomber en enjambant les troncs d’arbre couchés. Je me souviens avoir, un jour, cassé la cruche en arrivant chez moi et avoir été grondée. Il a fallu y retourner. Il n’était pas rare non plus de perdre des vêtements dans la rivière quand on les lavait. Maintenant, j’ai plus de temps pour moi, je peux me reposer" dit-elle en montrant le hamac tendu à l’extérieur. "Il faut toujours s’occuper du feu ou du jardin mais je passe plus de temps à discuter avec mes voisines.»
Le village situé sur un plateau à quelques kilomètres du mont Munsun, sommet volcanique et boisé, point culminant de la région située au cœur du Nicaragua, est un des premiers à avoir été «potabilisé» par l’association Agua para la vida (APLV). Devenue ONG internationale en 2004, afin notamment de répondre à des appels d’offre du gouvernement, elle a installé des réseaux dans trente-deux communautés. Plus de 10 000 habitants reçoivent un million de litres d’eau par jour en toute saison. Quatre réseaux sont en chantier et douze à l’étude.

Une école de l'eau

L’Etap, école technique de l’eau potable a ouvert il y a dix ans. C’est un de ces anciens élèves qui dirige le bureau local de l’ONG Aqua Para La Vida. Pour Reynaldo Diaz Orozco, 31 ans. « C’est un plaisir de voir le niveau de vie des bénéficiaires augmenter et d’assister à la création de douze emplois au centre de Rio Blanco». Outre sa mission de  conception, d’entretien, de vérification de l’état de l’eau des systèmes, d’entrepôt d’équipements et d’outils, le centre est un lieu de formation. L’école a formé une vingtaine de techniciens. Trois travaillent aujourd’hui pour l’ONG elle-même, d’autres sont embauchés par des groupes de constructeurs, publics ou privés. Sous la direction d’un ingénieur canadien, les étudiants et étudiantes, nés dans ce département rural, passent de la théorie à la pratique, en alternance. La participation aux projets est liée à l’instruction. La conception de ces projets repose sur un logiciel de paramétrage original. Simple à utiliser, il  s’appuie sur une connaissance spécifique et sophistiquée de la circulation des fluides et des bulles d’air en système gravitaire, sans pompe mécanique. Le responsable de l’ONG veut le rendre accessible à tous via le site Internet de l’association (www.aplv.org).
Les équipes motivées de cette ONG mettent en place des chantiers que devraient théoriquement lancer des acteurs plus traditionnels : « L’Etat n’a pas les moyens d’un service public et les groupes privés ignorent ces chantiers non rentables », explique Gilles Corcos, co-fondateur d’Aqua Para La Vida, Français et ancien professeur de physique en génie mécanique. Cet homme déterminé, qui a près de 80 ans, estime qu’ APLV « représente une alternative de gestion locale et communautaire de l’eau ». Il voudrait la développer alors que le gouvernement s’apprête à adopter une loi générale sur l’eau très controversée qui ouvre la voie de la privatisation.
La difficulté c'est le manque de financement. L’ONG ne compte aucun grand donateur et reste principalement soutenue, aux Etats-Unis, en France et en Suisse, par des individus. L’approvisionnement en eau, qui comprend le matériel et le budget de fonctionnement de la structure, représente un coût estimé entre 350 et 580 dollars par habitant.

Education à l'hygiène

Aqua Para La Vida travaille sur le long terme. Elle conçoit ces réseaux pour 25 ans et tient compte de l’augmentation de la population des villages. Elle réalise aussi une reforestation systématique des lieux de captations des sources afin de les préserver des éboulements et met en place un système d’enclos pour les protéger des pollutions liées aux déjections animales. L'ONG fait aussi de l’action sociale et sanitaire. Deux travailleuses sociales énergiques préparent la population qui va participer à un chantier à changer ses habitudes d’hygiène. « C’est la partie très déterminante et le travail au long court, explique Gilles Corcos. Nous mettons au point des pesées régulières d’enfants dans plusieurs villages afin d’évaluer plus strictement l’impact du réseau sur la mortalité et les maladies.» Une première étude succincte de 1999 illustrait une légère baisse de la mortalité : 32 morts dont 20 enfants liées aux maladies avant la construction du réseau et 20 morts dont 18 enfants après.

De récents accidents climatiques ont renforcé la nécessité de faire de la prévention. Les affaissements de terrains et les coulées de boue liées aux pluies exceptionnelles de juin 2004, ont, par exemple, provoqué le chaos dans un village reculé, la Isla. La captation y a été détruite et les villageois n’ont plus eu d’eau potable. Eux qui venaient de s’habituer au confort du robinet sur le palier, ont dû reprendre les incessants allers-retours au fond des vallons pour transporter l’eau à bout de bras. Les enfants ont repris les routes pentues, chargés de lourds paquets de vêtements mouillés, tandis que les écoles ont été désertées plus particulièrement par les filles qu’on charge de l’acheminement de l’eau. La situation a été aggravée par l’arrivée de soixante-dix habitants des communautés voisines, privés de terre et de maison par les éboulements. Ces derniers ont provoqué plusieurs dizaines de morts et plus de 12 500 déplacés dans la région. La promotrice de santé du village se désespère. « Les enfants ont à nouveau des diarrhées. Ils vomissent et ils ont la fièvre…».

Gwénaël le Morzellec
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