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Le développement durable est-il instrumentalisé par le Nord ?

Planète \Mondialisation \ONG

Publié le 04-05-2010



IRIS

Pour sa 15ème conférence stratégique annuelle, l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) s'est penché sur la question du développement durable comme enjeu géopolitique et notamment sur son instrumentalisation par les pays du Nord au détriment de ceux du Sud…

Le « développement durable » est-il un instrument de dialogue ou de domination Nord/Sud ? Vaste question que s’est posée l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), lors de sa quinzième conférence stratégique annelle. Le concept est aujourd’hui omniprésent tant dans la sphère politique qu’économique. Jusqu’à devenir un enjeu géopolitique ? Sans doute. Surtout qu’il est loin d’avoir la même implication selon que l’on se place du point de vue des pays riches que des pays pauvres. Pour le Nord, « le concept est relativement confortable. D'ailleurs, il est  très vite rentré dans le langage marketing », souligne ainsi le directeur général d’Oxfam France, Luc Lamprière. Mais pour le Sud ?

« Il faut rappeler que la façon dont le développement durable est apparu sur la scène internationale en fait d’emblée un instrument de domination », assène d’entrée de jeu la géographe Sylvie Brunel, professeur à l’université Paris IV Sorbonne et directrice du Master professionnel « Mondialisation, pays du Sud et développement durable » (1) Car « en 1992, lors du somment de Rio, nous sommes à la fin de la guerre froide : les nouveaux ennemis sont les pays émergents qui concilient le développement économique et démographique. Le Nord adopte alors la vision anglo-saxonne du monde basée sur l’accaparement des ressources d’une  part et le mythe de la "wilderness", soit la nature laissée à l’état sauvage, d’autre part. » Et ce, souvent au détriment des populations locales dont le développement, déjà difficile, doit alors être soumis aux exigences de « durabilité » dont ils n’ont pas toujours les moyens, explique l’auteur du livre « A qui profite le développement durable ? ». Les formes même de coopérations créées par le protocole de Kyoto pour servir le concept de développement durable restent sujettes à caution, estime Sylvie Brunel qui cite le fonds d’adaptation dont on attend encore la réalité du financement ou les mécanismes de développement propre (issus de Protocole de Kyoto), qui bénéficient à la Chine et non à l’Afrique.

Vers un nouvel équilibre ?

Pourtant, ces coopérations sont un début et, comme on a pu le voir à Copenhague, les pays dits émergents montrent désormais leur détermination à peser de tous leur poids dans des négociations, jusqu’alors menées exclusivement par les pays du Nord. Ils ont d’ailleurs eux-mêmes trouvé dans la croissance verte de nouveaux débouchés et on réussi à imposer - du moins, dans le débat public- l’idée de « dette écologique ». Mais de là à ce que le développement durable puisse réellement « devenir un instrument fiable et utilisable de dialogue » entre les pays industrialisés et les autres… La route est encore longue, selon Philippe Martin, député du Gers et membre de la commission du développement durable et de l’aménagement des territoires de l’Assemblée nationale : « au vu des sommets de Bali et de Copenhague auxquels j’ai assisté, les pays du Nord ne m’ont pas donné une impression de volonté durable. Cela est en partie dû à ce que, dans ces pays, le temps politique est très différent du temps du développement durable : les chefs d’Etat doivent prendre des décisions très impopulaires dans leur pays qui n’auront des résultats qu’une fois que leur nom sera sur les plaques des rues ! »

En attendant, les tensions croissent entre le Nord et le Sud. « La croissance économique- et démographique- prodigieuse des pays émergents nous enferme dans une crise écologique inéluctable. A laquelle s’ajouteront des crises politique, économique et sécuritaire, avec la montée des tensions dans les pays fragiles », prédit l’ancien directeur de la Banque mondiale et des opérations de l’agence française de développement, Serge Michailof, aujourd’hui consultant international et enseignant à Sciences Po. Une thèse également développée par le psychosociologue allemand, Harald Welzer, dans « Les guerres du climat » (2), un essai où il fait justement le lien entre accaparement des ressources, violences, conflits, migrations…et le protectionnisme désormais « admis » des pays du Nord, moins touchés par les dégradations climatiques et soucieux de préserver leur tranquillité…

(1) Sylvie Brunel, A qui profite le développement durable ?, Larousse « A vrai dire », 2008

(2) Harald Welzer, Les Guerres du climat. Pourquoi on tue au XXIe siècle, Gallimard, « nrf essais », 2009

Béatrice Héraud
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