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Cinq voyages en deux ans : Samuel Blazyk, consultant pour l'OCDE, connaît comme sa poche le Mali, le Togo, le Maroc... Dans chacun de ces pays, ce globe-trotter multiplie les rencontres avec les ONG locales ou internationales. Sa mission : leur présenter la base de données en ligne AIDA (Accessible information on development activities). Lancée il y a 3 ans par le Development Gateway(fondation de la banque mondiale sur le développement), Aida est sans doute l'une des plus importantes sources d'information sur le développement accessible par Internet. Sur ce site, chaque ONG a la possibilité de donner un tableau exact de ses projets de développement en cours, de détailler ses sources de financement, de décrire en quelques mots ses objectifs. La présentation, en fiches, est austère mais se veut exhaustive. "Dans chaque pays, nous créons un réseau de correspondants issus des principales ONG. Ils sont chargés de valider et faire remonter l'information sur les projets en cours, en indiquant qui fait quoi, qui finance le projet, qui est le responsable, quel en a été le résultat." Objectif de cette "cartographie" : faciliter la circulation de l'information entre les ONG pour renforcer leur efficacité sur le terrain. Vaste chantier !
Au Mali par exemple, plus d'un millier d'ONG locales ou internationales rivalisent de bonne volonté pour construire écoles, puits, centres de santé, soutenir des projets d'agriculture vivrière ou faciliter l'accès des populations aux soins de base. Las, l'écrasante majorité de ces associations est formée de coquilles vides, dépourvues de moyens ou dont l'activité reste en sommeil. Les 300 ou 400 ONG"actives" du pays souffrent, elles, d'un déficit de reconnaissance et d'information pour mieux orienter leur action : "Au Mali comme dans de nombreux pays du tiers-monde, il n'existe aucune statistique sur l'apport des ONG dans le développement. Certaines ONG fonctionnent en vase clos, travaillent sur un projet sans forcément savoir si quelqu'un d'autre ne fait pas la même chose." A fortiori, l'échange d'expérience reste rare : "Lorsqu'un projet fonctionne, le savoir-faire acquis ne se transmet pas", souligne Samuel Blazyk. Alors que se multiplient les initiatives de développement, la visibilité de l'action de chaque acteur se réduit d'autant. Où sont les ONG ? Lancée il y a trois ans par le Development Gateway (site Internet de la Banque Mondiale sur le développement), AIDA vise à pallier ce manque de visibilité. Il constitue un outil d'aide à la décision à destination des ONG et des bailleurs de fonds. Au départ, la Banque Mondiale entendait mettre en ligne une information exhaustive sur les politiques de coopération Nord-Sud. Générant à eux seuls un flux de 50 milliards de dollars annuels, soit 95% des volumes d'aide dans le monde, les 23 pays membres du Comité d'aide au développement (CAD) de l'OCDE ont donc commencé par diffuser sur Internet leurs propres informations. En consultant la rubrique AIDA du site Development Gateway, vous pouvez connaître les montants de l'aide accordée par tel pays du Nord à tel pays du Sud dans tel secteur. Actuellement, AIDA répertorie plus de 400 000 projets de développement dans 180 pays. La base est séparée en deux. Une base "historique" qui reprend les projets achevés depuis 1973 et une base de projets en cours. Cette dernière contient environs 100 000 cas. Si cette information suffit aux économistes en chef de la solidarité internationale, il n'en va pas de même pour les acteurs du monde associatif. "Pour une ONG, un flux financier reste une information abstraite. Sur le terrain, il est plus important de savoir où ça se passe, quel est l'objectif du projet, qui est la personne qui s'en occupe..." Or, AIDA ne liste qu'une minorité de projets des ONG, leurs actions restent encore difficiles à cerner dans les pays du Sud. Les difficultés de collecte d'informations sont nombreuses auprès de dizaines d'associations de toutes tailles, éparpillées et poursuivant des objectifs variés. La méthode d'AIDA : aller à la rencontre des acteurs de terrain dans quelques pays "tests", pour l'instant en Afrique francophone. "Au Mali, nous avons pu répertorier une cinquantaine de projets. C'est peu, mais chaque projet est parfaitement connu et identifié. Sur place, les ONG s'approprient AIDA et y voient un outil à leur disposition, pour échanger leur expérience." Au Togo, où un millier d'ONG sont répertoriées par AIDA, les responsables locaux voient dans cette base de données la possibilité de mieux se faire connaître auprès des bailleurs de fonds. Pour l'instant, dans ces pays "tests", l'expérience semble concluante. Mais il faudrait une bonne cinquantaine de globe trotteurs comme Samuel pour mener la même action de sensibilisation dans la plupart des pays du Sud... Et pour l'instant, il reste seul ! À ce jour, aucun budget n'est alloué aux animateurs locaux d'Aida, chargés de formaliser, dans chaque pays, l'information émanant des ONG. Un travail de fourmi effectué... de manière bénévole. À ces restrictions budgétaires s'ajoutent des difficultés pratiques, comme l'accès limité à Internet dans les pays du Sahel... Ou le problème des "doublons". Comment éviter qu'une ONG ne se targue de la réalisation d'un projet dont le financement aura déjà été comptabilisé dans AIDA sous la forme d'une aide bilatérale ? Conclusion, entre les difficultés de de méthode, d'actions concrètes et de transparence de l'information, la cartographie précise des actions de développement engagées dans le monde n'est pas pour demain !
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