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L'idée de former des journalistes africains au développement durable a pris corps à la suite d'un appel à projets, lancé par la région Wallone, en 2004. Infosud, agence de presse spécialiste des problématiques Nord/Sud et du développement, a proposé de travailler avec des journalistes africains, après avoir constaté combien le sujet n'était pas bien maîtrisé ou abordé, trop souvent, à travers les compte-rendus officiels d'institutions ou de manifestations. "Nous voulions permettre aux journalistes de sortir de ce cadre institutionnel et figé pour relater des problématiques de terrain auxquelles l'Afrique est confrontée, explique André Linard, d'Infosud Belgique "qu'il s'agisse de sujets liés à l'eau, l'agriculture, la maladie, l'accès à l'éducation, etc.... " Le choix du Sénégal et du Congo est lié aux partenariats existants entre la région Wallone et ces deux pays. Par ailleurs, l'agence Syfia International, réseau d'agences de presse francophone spécialiste de l'Afrique dont Infosud est membre, y avait déjà deux bureaux.
Pour préparer les outils pédagogiques, Infosud a fait appel à la Fucid, (ONG de l'Université Notre-Dame de la Paix, à Namur en Belgique) dont l'objectif est de sensibiliser la communauté universitaire aux problématiques du développement. C'est le département de philosophie de cette université qui est en charge du projet, emmené par Bertrand Hespel. Doté d'une double formation de philosophe et de scientifique, sa vision optimiste a rencontré une certaine perplexité : "Enseigner le développement durable dans les pays du Sud semblait incongru à de nombreuses personnes ici, qui pensent, comme la majorité des Belges, que le développement durable se limite à une démarche écologiste remise au goût du jour dont les Africains n'ont que faire. Pour nous, c'est au contraire une chance inespérée de leur donner les moyens de s'approprier leur développement, sans reproduire nos erreurs. "
Trois étapes de formation
Le projet a débuté le 1er décembre 2004 et sera mené pendant deux ans. Il comporte trois grandes phases, celle de l'analyse de l'existant et des besoins, celle de la formation à proprement parler et celle de la formation continue qui suivra. La première étape a consisté à dépouiller la presse, au Sénégal comme au Congo, pour voir comment le sujet était abordé, ainsi qu'à contacter des experts locaux pour recueillir leur témoignages. Cette première phase a conduit aux constats suivants : - Comme en Europe, le développement durable est majoritairement associé à une préoccupation d'écologiste, et les articles qui y sont consacrés ne proposent pas une vision globale. - Les journalistes recourent très peu au experts parce qu'ils ont du mal à les identifier ou parce qu'ils les estiment "incompréhensibles ", les experts trouvent, eux, les journalistes trop " superficiels". Les organisateurs de la formation ont donc fait venir des experts pour nouer des contacts entre ces deux "sources d'informations".
La seconde étape, celle de la formation, a déjà eu lieu à Dakar, et se tiendra début juin 2005 au Congo. Au Sénégal, 9 journalistes de la presse écrite ont été formés pendant une semaine. Ils ont été sélectionnés non seulement parce qu'ils avaient déjà abordé le sujet, mais aussi parce qu'ils venaient de l'intérieur des terres et pas de la capitale. Les enseignants belges avaient préparé, pendant trois mois, un " guide international du développement durable ". Au cours de la formation, témoignent Bertrand Hespel et André Linard, les enseignants se sont surtout efforcés d'expliquer que le développement durable n'est pas un " domaine ou un sujet de plus mais une manière de voir et d'aborder les conséquences de chaque événement, fait ou phénomène. De nouvelles lunette de vue, en somme. "
La formation peut sembler très courte mais vise la prise de conscience, pas l'exhaustivité. Le projet se veut très concret et le nombre réduit de journalistes formés tient au fait que pendant un an et demi, ces derniers (qui recevront une petite aide financière de la région wallone) seront suivis, via un site Internet dédié, à travers leurs articles portant sur le sujet. Cette formation continue devrait, à terme, permettre la diffusion de 120 articles localement et trouver un relai dans les pays du Nord via Syfia international, qui espère les utiliser pour faciliter une meilleure connaissance des réalités locales.
Les journalistes ont bien accueilli la formation, même si au début, entendre parler de préserver les besoins des générations futures, quand ceux des générations actuelles ne sont pas satisfaits, leur a semblé difficile à accepter. Au-delà de la définition à adapter à la réalité africaine, les journalistes ont compris que le développement durable était autre chose qu'une notion "importée" et qu'il pouvait être une opportunité.
Du côté des formateurs, les positions ne sont pas celles de donneurs de leçons, mais bien d'initiateurs d'une prise de conscience qu'ils veulent bénéfiques pour tous. Ils visent à travers le petit noyau de journalistes à une" résonance potentielle " de ces " informateurs " auprès d'une population locale qui serait ainsi plus avertie des enjeux posés par le développement durable.
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