Coopération décentralisée : Des chevaux pour Dagana
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Publié le 20-01-2003
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À Dagana, petite commune de 35 000 habitants sur les bords du fleuve Sénégal, la collecte des ordures ménagères se fait en charrettes tirées par des chevaux. C'est l'un des projets soutenus ici par le Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais.
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" Ooooh, dououcement ". Dans la petite cour sablonneuse qui jouxte l'écurie de Diamaguène, Babacar Thioune tente tant bien que mal d'amener son cheval par la bride entre les arceaux de la charrette. Son frère, Taïfour, le regarde en riant. Les deux frères préparent leur tournée quotidienne en carriole pour le ramassage des ordures ménagères. Nous sommes à Dagana, une petite commune sur les bords du fleuve Sénégal à la frontière mauritanienne. " Le quartier dont nous nous occupons compte 210 abonnés. Chaque jour, nous passons dans une maison sur deux pour prendre les poubelles " raconte Babacar. La tournée dure deux à trois heures tous les matins, sauf le dimanche. À raison de quatre à cinq voyages entre le quartier et le terrain d'épandage à la sortie de la ville.
Tout a commencé il y a trois ans. Le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais propose à la commune de Saint-Louis, capitale régionale du nord du Sénégal, un projet de collecte des ordures ménagères à l'aide de carrioles à cheval. " L'idée était de créer un service peu coûteux, autofinancé et écologique. Le test a été concluant à Saint-Louis et l'idée reprise à Dagana, à la demande du maire ", explique Valérie Nigay, volontaire envoyée par le Conseil Régional pour lancer la collecte à Dagana. Comme nombre de communes rurales d'Afrique de l'Ouest, la petite ville est confrontée à un vrai problème environnemental en ce qui concerne la gestion des ordures ménagères. " Il y a six ans, des montagnes d'ordures parsemaient la ville, avec toutes sortes de conséquences néfastes pour la santé des habitants : paludisme, bilhiarzose ", se souvient Saïbatou Yague, premier adjoint au maire. " À Dagana, il n'y a pas de réseau d'assainissement. Les gens ont l'habitude de jeter leurs ordures près de chez eux, les décharges sauvages pullulent et les eaux usées polluent les rues. "
Aujourd'hui, quatre des cinq quartiers de la ville sont dotés d'écuries semblables à celle de Diamaguène. Au total, plus de 800 foyers, d'une dizaine de personnes chacun, ont souscrit un abonnement à 750 francs CFA mensuels (1,1 euro) pour bénéficier de la collecte. En six mois, Valérie a accompli un travail de fourmi pour rencontrer les habitants, les sensibiliser à cette nécessité écologique et... les persuader de souscrire un abonnement. " Ce sont souvent les Talibés, les élèves de l'école Coranique, qui s'occupent des poubelles. Les foyers leur donnent 25 francs CFA par poubelle. Nous avons calculé le montant de l'abonnement pour rester compétitifs ", sourit la jeune femme.
Dans chaque quartier, les deux tiers de la recette servent à payer les salaires de 20 000 francs CFA (30,7 euros) des collecteurs. Le reste va à l'entretien des chevaux. Faute d'un nombre suffisant d'abonnés, l'autofinancement du projet n'est pas encore assuré. La mairie a dû débloquer une subvention de 2 millions de francs CFA pour... nourrir les chevaux ! Mais l'objectif reste de constituer chaque écurie de quartier en Groupement d'intérêt économique, doté chacun de trois équipages dont l'un toujours en réserve. Le travail est dur, en particulier pour les chevaux : " Les habitants ne tamisent pas le sable dans leurs ordures. Les poubelles sont lourdes et les chevaux se fatiguent vite ", explique Mamadou Sy, cocher-éboueur à Diamaguène. Tous les mois, Hussein Dieng, agent de santé dans le civil, se charge de collecter bénévolement les abonnements du quartier. Il se rend aussi à l'élevage pour contrôler la santé des chevaux. " Nous avons déjà dû les remplacer une fois ", déplore-t-il. Lui rêve d'un tracteur pour assurer la collecte de toute la ville. Mais son coût, 14 millions de francs CFA, est sans commune mesure avec celui d'un cheval (250 000 francs CFA - 384 euros). Autre solution : les ânes, plus endurants et encore moins chers. " Mais les charrettes ont été prévues pour des chevaux. Elles sont trop lourdes pour des ânes ", explique Valérie Nigay.
En dépit de ces difficultés, le projet marque le début d'une véritable politique environnementale à Dagana. Une décharge publique est en cours de construction. La mairie a entrepris un vaste chantier de résorption des décharges sauvages et s'apprête à prendre un arrêté d'interdiction. " Du coup, les habitants seront obligés de s'abonner ", sourit Saïbatou Yague. L'aide du Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais est ici bienvenue. Outre la collecte des ordures ménagères, la collectivité du Nord soutient également un programme de santé poppulaire pour les mères et leurs enfants et a envoyé sur place une seconde volontaire. À l'entrée de la ville, le périmètre du lycée de Dagana abrite le prochain chantier appuyé par les Français : un bâtiment de cinq classes qui accueillera bientôt des élèves de toute la région. " Un gros effort a été accompli pour l'enseignement primaire. Maintenant, il faut le poursuivre en direction du secondaire ", souligne Valérie. Cette année, quatre collèges ont été construits dans la seule région de Saint-Louis pour faire face à cet afflux d'élèves. Le Nord-Pas-de-Calais a du pain sur la planche.
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André Mora
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