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Respect des droits de l'homme en Chine : échec du recours aux entreprises

Mobiliser les acteurs financiers, telle est la nouvelle arme des défenseurs des droits fondamentaux. Alors que la Chine limite l'accès à l'information à l'approche des Jeux Olympiques, média et OGN cherchent de nouveaux moyens d'alerter les consciences. Mais pour l'instant, la sensibilisation des entreprises n'apporte pas les résultats escomptés.

Le groupe français Eutelsat a interrompu, le 16 Juin 2008, la diffusion de New Tang Dynasty TV (NTDTV), dernière chaîne de télé d’information libre accessible sur le sol chinois. Officiellement, Eutelsat en inpute la responsabilité à un incident technique irréparable, survenu sur le satellite W5 en charge de la transmission de NTDTV. Officieusement, un responsable du groupe en Chine a confirmé à l’association Reporter sans frontière (RSF), qu’il s’agit d’une décision politique. Quoi qu’il en soit, la suppression de ce média qui échappe au contrôle du régime chinois, suscite de nombreux émois. Et pour tenter de rétablir la diffusion, la chaîne cible les actionnaires du groupe : une pétition circule auprès d’eux, leur implorant d’utiliser leur influence pour redonner l’accès à ses programmes aux Chinois. Isabelle Chaigneau, déléguée France de NTDTV, croit fermement que la diffusion reprendra, « mais quand, et dans quelles conditions ? » En attendant, l’équipe française de la chaîne organise une manifestation quotidienne jusqu’au 31 juillet, place de la Bourse, « pour alerter les acteurs financiers. »

Retour aux méthodes « classiques »

Responsabiliser les actionnaires, c’était aussi l’objectif de l’association RSF, qui lança en 2004 la campagne « Internet sous surveillance ». Entre censure et diffusion d’informations concernant les cyberdissidents, les géants de la toile (Google et Yahoo ! en tête), ont donc été traqués par les défenseurs des droits de l’homme, au point de susciter la mobilisation législative et gouvernementale américaine (voir article lié). Mais si Yahoo !a, depuis, mis en place un fonds pour les cyberdissidents et leur famille, c’est davantage à cause des conséquences de la condamnation à huit ans de prison de Li Zhi, sur qui la multinationale avait fourni des informations aux autorités chinoises. Clotilde Le Coz, chargée de la campagne « Les ennemis d’internet », reconnaît que RSF ne peut pas faire grand-chose, face aux magnats de la toile. Du moins, pas tout seul. « Nous sommes en train d’élaborer un code de conduite auprès des entreprises Internet, en collaboration avec d’autres ONG ». Devant le manque d’engagement des actionnaires, RSF se tourne vers des actions plus « classiques », en mobilisant un maximum de contacts dans les pays censeurs pour alerter efficacement le public. Ces derniers mois, l’association avait par ailleurs tenté de sensibiliser les sponsors des Jeux Olympiques sur le non respect des droits de l’homme par les autorités chinoises (voir article lié). Mais force est de constater que l’engagement des entreprises cibles n’a pas dépassé le stade des beaux discours. A quelques jours de l’ouverture de JO, l’heure est plutôt aux actions concrètes sur le terrain. Surtout depuis que le ministère des affaires étrangères chinois a annoncé vouloir limiter l’accès des journalistes à Internet pendant le déroulement des Jeux. RSF recentre donc son action sur les questions de liberté d’expression. Selon son rapport annuel, 33 journalistes et 51 cyberdissidents sont emprisonnés en Chine à l’heure actuelle.

Anne Farthouat
Mis en ligne le : 30/07/2008
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