|
Agrégée de biologie, Michèle Rivasi a fondé la CRII RAD (Commission de recherche d'information indépendante sur la radioactivité) en 1986 après l'accident de Tchernobyl. En 1997, elle est élue député et travaille sur les questions de santé, d'environnement et de sûreté nucléaire. Battue aux législatives de 2002, elle est nommé professeur à l'Université de Grenoble puis crée OVALE (observatoire de vigilance et d'alerte écologique) avec Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement, pour alerter les élus et l'opinion publique sur les questions environnementales. - Quelles sont les raisons de votre départ ? Le poste de directeur que j'ai occupé ne correspondait pas à ce qui m'avait été proposé. Je suis arrivée chez Greenpeace pour faire de la stratégie, ouvrir l'ONG sur la société civile et le dialogue avec l'extérieur, et je me suis retrouvée dans un rôle de gestionnaire qui ne m'intéresse pas. Sans pouvoir stratégique, on ne peut pas répondre à l'urgence environnementale, alors qu'il faut tout mettre en œuvre sans perdre de temps. La médiatisation et la confrontation sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas. Il faut aller vers le débat avec tous les acteurs et être une force de proposition, y compris avec les entreprises.
Greenpeace
Crée en 1971 par un groupe de militants américains pacifistes et écologistes, Greenpeace est aujourd'hui présente dans 40 pays, en Europe, en Amérique du Sud et du Nord, en Asie et dans le Pacifique. Greenpeace se définit comme un contrepouvoir indépendant. Elle refuse à ce titre les dons des gouvernements et des entreprises, et n'accepte que ceux de ses adhérents. Son objectif : mobiliser l'opinion publique, construire des rapports de force et obliger les décideurs politiques et économiques à prendre en compte les problèmes environnementaux. En France, le 1er bureau a ouvert en 1977 et dépassait les 64000 adhérents mi-2003.40 salariés y travaillent, avec un budget de 4 400 000 euros pour 2003.
- Comment fonctionne le pôle RSE de Greenpeace ? N'y a-t-il pas un décalage entre un sujet qui relève du dialogue et du lobbying et le fait que Greenpeace soit une ONG d'action médiatique ? Ce pôle est en fait cantonné sur l'affaire Bophal et la dénonciation du groupe Dow Chemical. Il est animé par une volonté de confrontation, et non de dialogue avec les entreprises. C'est important de dénoncer, mais il faut également faire comprendre aux entreprises ce que l'on ne veut pas et pourquoi on n'en veut pas. Nous avons réussi ce dialogue entre entrepreneurs, exploitants et administrations dans le cas des achats publics de bois protégés, il est possible de le faire ailleurs ! Je ne défends pas les partenariats ONG / entreprises non plus. Greenpeace est indépendante financièrement et c'est une grande force, mais elle doit évoluer vers autre chose que le " contre ". Pour l'instant, c'est elle qui mène les actions, mais ce sont les autres ONG qui en récoltent les bénéfices ! La démocratie interne est-elle suffisante au sein de Greenpeace ? Quelle est la place réservée aux petits bureaux comme la France ? Il existe une réelle démocratie chez Greenpeace, mais il est clair que les grandes orientations stratégiques sont prises au niveau international par les grands bureaux. Les petits bureaux n'ont pas assez de moyens pour élaborer une stratégie, ils déclinent ce qui est décidé par le siège et ne sont pas reconnus comme une force de proposition potentielle. C'est la raison pour laquelle je me suis sentie à l'étroit. Greenpeace est une très belle organisation, avec des gens qui ne défendent pas une carrière mais un système de valeurs. Toutefois, il faut absolument sortir du moule et être ouvert sur l'extérieur si on veut toucher la population et faire en sorte que les choses avancent. L'efficacité n'existe qu'avec les autres, on ne peut pas se contenter de rester dans une tour d'ivoire ! Votre successeur a-t-il été nommé ? Quelles fonctions pensez-vous occuper ensuite ? Je n'ai pas encore de successeur à ma connaissance. De mon côté, il est évident que je reste dans l'action environnementale, que ce soit par le biais d'une autre ONG, de la politique ou de cabinets d'études. L'essentiel pour moi est de continuer à vivre mon engagement.
|