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A la suite du forum social mondial (FSM) de Bombay en Inde l’an passé, le Conseil International altermondialiste a décidé de faire du FSM un événement polycentrique. Trois forums ont donc lieu cette année. Il vient de s’achever à Bamako au Mali (19-23 janvier) se poursuit à Caracas au Venezuela pour des dates qui coïncident avec celles du forum économique de Davos (24- 29 janvier) et se prolongera à Karachi au Pakistan. L’événement a été repoussé en mars 2006 en raison du séisme survenu au Cachemire en octobre dernier qui mobilise encore les ONG. Au risque de perdre en lisibilité, cet éclatement a pour objectif d’« élargir et d’enraciner le processus » en donnant une portée mondiale aux initiatives locales, développées lors des Forums sociaux locaux (FSL). Il doit également permettre au FSM, après de nombreuses éditions au Brésil, de conserver son indépendance face aux pouvoirs sud-américains. Enfin les altermondialistes entendent mieux intégrer l’Afrique, principale victime de la mondialisation, à la construction d’une alternative au néolibéralisme. Les ONG africaines ont été très sollicitées cette année avec l’organisation du forum de Bamako au Mali. Elles devraient, l’an prochain, porter la responsabilité du FSM, qui devrait se tenir à Nairobi, au Kenya. L’autre Davos Ce pluricentrisme n’enlève cependant rien à la volonté du FSM d’exercer une influence sur les décisions prises au Forum économique mondial (WEF) de Davos en Suisse. Les années précédentes, les altermondialistes avaient réussi à faire entrer les problématiques de développement durable dans l’agenda des décideurs. En 2005, le choix d’une réflexion autour de « la pauvreté » avait ouvert la voie aux ONG pour demander l’annulation de la dette des pays pauvres. Le lobbying avait porté ses fruits. Début janvier 2006, le FMI a mis en œuvre la décision de la communauté internationale d’annuler de la dette des 19 pays les plus pauvres. Cette thématique avait également influencé le sommet de l’OMC, organisé à Hong Kong, en décembre 2005 : les pays membres ont accepté de replacer les préoccupations des pays les plus pauvres au premier rang des objectifs du cycle de Doha, en obligeant les pays riches à éliminer leurs subventions aux exportations agricoles au plus tard en 2013. En revanche, en 2006, les 2340 participants, venus de 89 pays, assister au Forum Economique Mondial à Davos, sont invités à revenir aux fondamentaux de ce rendez-vous. Il s’agit de tracer les grandes lignes des sources potentielles de croissance économique pour demain. En faisant de « l’impératif créatif» la thématique du Forum, Klaus Schwab, son fondateur et dirigeant a précisé que « l’unique objectif de cet événement annuel est de donner du sens à un monde qui se transforme rapidement en mettant en corrélation des éléments qui ne les sont pas forcément. C’est cette créativité au service du développement commun qui est au cœur de l’esprit de Davos. » Il semble donc que le seul point commun des deux manifestations cette année sera leur changement de pôles géographiques. Au polycentrisme du FSM répond le cap vers l’Asie du WEF. Si les 730 chefs d’entreprises présents à Davos viennent de 70 pays, la proportion d’asiatiques parmi eux est particulièrement importante. L’émergence de l’Inde et de la Chine est d’ailleurs un des principaux thèmes de débat. Immigration et pauvreté De l’autre côté du monde, le forum de Bamako a montré que les avancées en matière de subventions, obtenues à l’OMC, n’ont pas supprimé les aides nationales à l’agriculture qui subsistent en Europe comme aux Etats-Unis, et que de nombreux pays sont encore accablés par la dette. Au Mali comme dans de nombreux autres pays africains, une grande partie des budgets nationaux reste consacrée au remboursement, et non au développement. Le forum a également mis en avant la nécessité de lutter contre la corruption, en partie responsable du problème de l’endettement. La transparence sur l’utilisation des sommes empruntées est nécessaire pour éviter les détournements d’argent. Sur ce point, le Mali semble faire office d’exception en Afrique : le président Amadou Toumani Touré est considéré comme un exemple de solidarité et de moralité. Auteur d’un coup d’Etat lors d’une révolte d’étudiants en 1991, il avait rendu le pouvoir aux civils l’année suivante. Il n’est redevenu président qu’en 2002, après des élections démocratiques. Enfin, parmi les nombreuses thématiques du forum, les migrations sud-sud et la formation de populations apatrides ont été pointées du doigt, tout comme la politique « d’immigration choisie » adoptée par la France. La fin du forum a été marquée par une marche en direction de l'ambassade de France pour réclamer le retour en France d'Africains expulsés. Espoirs en Amérique du Sud Après Bamako, rendez-vous à Caracas. Mais ici le contexte est tout autre : les récents succès électoraux d’Evo Moralès en Bolivie, d’Hugo Chavès au Venezuela, de Michèle Bachelet au Chili, de Nestor Kirchner en Argentine, de Tabaré Vàzquez en Uruguay et de Lula au Brésil, montrent la poussée d’une gauche affranchie de la paternité européenne malgré les différences de chacune de ces personnalités. Ils modifient le rapport de force avec les Etats-Unis dont ils voudraient limiter la puissance. Ces pays, tous membres du Mercosur (la Bolivie et le Chili sont des membres associés), entendent renforcer leur capacité à négocier. Les ressources naturelles sont au centre de ce bras de fer : la nationalisation des hydrocarbures est une mesure politico-économique phare du gouvernement d’Evo Morales, de même qu’Hugo Chavès entend faire du gaz naturel une arme politique : en vendant du gaz à bas prix à l’Amérique centrale, il tente de détourner ces pays des influences états-uniennes ou mexicaines. Enfin le projet d’un gazoduc entre Buenos Aires et Caracas en passant par le Brésil pourrait stabiliser les relations entre les pays d’Amérique latine, au détriment des Etats-Unis. En attendant le sommet asiatique, Bamako et Caracas livrent deux expériences différentes de la mondialisation. Néanmoins, tout laisse à penser que la circulation des ressources et des personnes sera au cœur du combat altermondialiste dans les années à venir.
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