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Ce jour de juin-là, ils sont venus à huit de la même communauté pour déposer une plainte en ville. Coca, encore appelée Puerto Francisco de Orellana, est une agglomération née de l’exploitation du pétrole il y a trente ans. Située au bord du Napo qui rejoint l’Amazone bien en aval, la forêt amazonienne est ici depuis longtemps défrichée. Il est 8h30. Devant l’ordinateur Maria, membre du Comité des droits de l’homme d’Orellana, entame sa énième rédaction de plaintes. Roberto Ruiz, paysan accoudé au rebord de la fenêtre de l’Office, attend son tour. « A la paroisse de Talacoa, le consortium brésilien Pétrosud-Petrorivas implanté depuis neuf ans a abîmé nos cultures. Et malgré les fuites d’oléoducs, les déplacements de terrain et les problèmes de santé, nous ne recevons aucun dédommagement », explique-t-il. L’Oriente, l’une des trois zones géographiques, constitue la moitié du pays. Selon l’association Accion ecologica, elle est dévolue presque entièrement à l’exploitation du pétrole. Cinq millions d’hectares ont été concédés par l’Etat aux sociétés d’hydrocarbures nationales ou internationales, publiques ou privées. Les concessions actuellement accordées mesurent à l’unité 200 hectares et les puits de plusieurs sociétés peuvent se côtoyer dans chacune d’entre elles. « Dans la province d’Orellana, explique Diocles Zambrano, président du Comité des droits de l’Homme d’Orellana, nous comptons plus de deux cents puits. Régulièrement, certains se percent ».
Un secteur central de l’économie
D’après le rapport « Problèmes de gouvernance énergétique en Equateur » piloté par Guillaume Fontaine et Ivan Narvaez (Faculté des sciences sociales de Quito), l’industrie pétrolière vit une nouvelle prospérité liée au prix élevé des produits du pétrole mais reste toujours très dépendante de la technologie et des capitaux étrangers. De plus ses réserves se concentrent dans la région amazonienne, espace économiquement, écologiquement et socialement sensible. Enfin, l’étude précise l’importance exceptionnelle de l’entreprise nationale Petroecuador dans l’économie -elle produit en 2003 presque la moitié des produits du pétrole- et son étroite relation avec l’exécutif. Devenant surtout un enjeu politique, elle perd son efficacité économique et technologique. En 2003 l’équateur était au 28 ème rang des pays producteurs et la rente pétrolière représente 30 à 33% du budget de l’Etat.
Autre impact, 53 millions de m3 de gaz sont brûlés quotidiennement en Equateur, pratique hautement polluante. A cette pollution de l’air s’ajoutent 16 millions de litres de déchets, selon une étude de 2000. Parmi les déchets chimiques éliminés figurent notamment du dioxyde de carbone, oxyde de souffre, oxyde de nitrogène, hydrocarbure aromatique de combustion incomplète et acide nitrique. Enfin, les émulsifiants utilisés pour séparer l’eau du pétrole en provenance du sous-sol s’infiltrent dans les sols, les eaux et la flore, qui aujourd’hui dégénèrent et menacent les espèces mammifères. Sans parler de la déforestation occasionnée par les routes ou l’exploration, qui nécessite des radiographies obtenues à l’aide de charges de dynamite enterrées tous les 50 mètres.Impacts sociaux Selon une étude réalisée en 93 sur plus de 400 personnes diffusée par Accion ecologica, la moitié des familles riveraines des installations a connu un accident de santé liée aux bains dans l’eau contaminée, à la chute dans les bassins de rétention, aux brûlures de produits pétroliers, au contact chimique, etc. La moitié a des problèmes de peau, près de 20% des céphalées et des problèmes respiratoire. Les avortements sont de 150% supérieurs à la norme, le cancer de 130%. L’impact social est évidemment négatif lui aussi. Bien que les revenus de l’extraction génèrent des millions de dollars de bénéfices pour les firmes étrangères et des revenus pour l’Etat, il en parvient une quantité infinitésimale jusqu’à cette province. Les dégâts sont au contraire amplifiés par la situation sociale déjà très critique des paysans colons et des indigènes. L’Orellana étant située dans une zone trop souvent délaissée par les services de l’Etat, huit habitants sur dix ne voient pas leurs besoins basiques satisfaits et près de la moitié vit dans une extrême pauvreté d’après un rapport de 2005. Quant à leurs droits, ils sont souvent bafoués. « Les dommages environnementaux – le plus connu est le cas de Texaco (maintenant Chevron) présent de 1971 à 1990 - provoquent des tensions de plus en plus fréquentes avec les habitants, les organisations environnementales et les indigènes depuis les années 80 », observe à Quito Ivan Narvaez, chercheur à la Faculté des sciences sociales d’Amérique latine. Les manifestations sont durement réprimées par la police et l’armée. Et l’état d’urgence a été souvent décrété par l’Etat dans les provinces amazoniennes, ce qui n’est plus le cas depuis l’élection du président socialiste Rafael Correa, bien que la zone reste militarisée. Aujourd’hui, le projet « ITT » ( Ishinpingo-Tiputini-Tambococha) suscite une forte hostilité chez les Equatoriens – il s’agit d’exploiter d’importantes réserves pétrolières dans une zone du parc Yasuni où vivent des indigènes non contactés. L’opposition à l’extraction de pétrole offre une variété de postures de la part des habitants directement concernés. Cela va de la négociation d’indemnisations ou d’emplois, jusqu’au refus radical de voir les petroleos entrer sur le territoire.
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