|
Si Nabu affiche fièrement plus de cent ans d’existence, elle partage la vedette avec trois grandes ONG internationales : le WWF depuis 1963, rejoint en 1975 par BUND et en 1980 par Greenpeace. Les années 90 ont ensuite vu arriver d’autres organisations internationales, comme Care (USA) ou encore Oxfam (Royaume-Uni). Contrairement à Greenpeace et BUND qui excluent toute forme de coopération avec l’industrie, Nabu et le WWF l’ont intégré dans leur stratégie. Ainsi Nabu coopère-t-il avec Volkswagen pour une campagne destinée à modifier les habitudes de conduite, afin de limiter les émissions. « Bien sûr que nous nous sommes posés la question de savoir si une coopération avec un constructeur automobile ne minait pas notre crédibilité », rapporte Dietmar Oeliger, porte-parole de Nabu. « Mais cette coopération nous permet un accès à la direction de Volkswagen que nous n’aurions pas forcément eu autrement». Le WWF affiche, lui, clairement sa volonté de coopérer avec le secteur économique : « Le WWF ne considère pas l’économie et l’environnement comme antinomiques », souligne l'ONG. Au siège de Francfort, on met volontiers en avant les nombreuses coopérations avec les entreprises. Pression politique
Les ONG les plus importantes du pays tirent parti du nombre élevé de leurs adhérents et donateurs pour déployer une intense activité de lobbying à Berlin. Fait relativement nouveau, l’ancrage de la lutte d’influence dans les stratégies des ONG allemandes les distingue clairement de leurs consoeurs françaises. On doit cet état de fait à la réunification allemande : en 1999, le gouvernement de l’Allemagne quittait la tranquille bourgade de Bonn au bord du Rhin pour la métropole berlinoise. Ce déménagement a contribué à faire sauter les carcans de la vieille république rhénane pour donner lieu à une effervescence politique jamais vue pendant les années de la république de Bonn. Car un grand nombre d’organisations, fussent-elles environnementales, altermondialistes, mais aussi patronales, industrielles, ou encore syndicales ont suivi le gouvernement dans la nouvelle capitale. De fait, ce travail de lobby et cette lutte d’influence sont si intenses qu’elles en sont devenues une des caractéristiques de la nouvelle république. Au point qu’une organisation de journalistes, Netzwerk Recherche, s’est fixé comme but de dévoiler de manière constante et conséquente les dessous du monde politique berlinois. Loin de s’en cacher, les organisations affichent clairement le travail de lobbying comme stratégie : « Nous avons quitté Bonn pour Berlin il y a cinq ans », relate Dietmar Oelinger. « Nous cherchions la proximité du monde politique pour faire pression, ceci afin que Berlin intègre nos thématiques dans les procédures législatives ».
Rôle clé de l’Eglise
Derrière la scène politique et associative se trouve un acteur aussi puissant que discret : l’Eglise. Ou plutôt, les églises - le catholicisme étant plus présent au sud de l’Allemagne, le protestantisme, au nord – qui ont fait de l’aide aux pays en voie de développement leur cheval de bataille. Cette influence religieuse se retrouve comme un fil rouge dans le paysage des ONG allemandes, les églises pouvant fournir un personnel qualifié et expérimenté. Ainsi, Germanwatch, une ONG luttant contre le réchauffement climatique et dont le travail est reconnu aussi bien par la sphère politique allemande qu’onusienne, est née d’organisations religieuses. Son directeur politique, Christoph Bals, a la particularité d’être à la fois économiste et théologien. Mais les Eglises ne sauraient bénéficier d’une telle influence sans un atout de taille : l’impôt religieux. Volontaire, cet impôt qu’elles redistribuent aux ONG constitue une source de revenu fondamental dont dépendent les églises. Et qui crée des problèmes d’indépendance… « Les organisations religieuses soutiennent financièrement un bon nombre d’ONG. Mais pas nous », rapporte Philipp Mimkes, de l’ONG Coordination contre les méfaits de Bayer. « Suite aux pressions de Bayer, elles n’ont pas osé nous faire de donations. Bayer paie en effet plusieurs millions d’euros d’impôt religieux ». Ajoutons qu’aux revenus fiscaux s’ajoutent les 168,1 millions d’euros versés en 2007 par le Ministère allemand à l’aide au développement. Certes, les fondations politiques ont reçu plus encore : 189,6 millions d’euros pour la même année. Mais les ONG proprement dites ont dû se contenter de… 33 millions d’euros.
|