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Amazonie et soja : défaite de l'industrie agroalimentaire ?

Planète \Mondialisation \ONG

Publié le 27-03-2007



Greenpeace

Alors que la campagne des ONG et de l'Etat du Para a abouti, en juillet 2006, à un moratoire sur la production intensive de soja, l'agence de l'environnement brésilienne vient d'ordonner la fermeture du terminal fluvial du leader mondial du soja, le groupe américain Cargill. Une étude doit en effet être menée sur les impacts écologiques, la déforestation et les atteintes à la biodiversité engendrés par la culture du soja dans la région.

La fermeture du terminal fluvial du leader Cargill n’est certes pas définitive, mais elle pourrait constituer bientôt une nouvelle victoire des ONG face aux multinationales du soja. Greenpeace, qui mène depuis plusieurs années une campagne contre les acheteurs de soja, s’était déjà félicitée du  moratoire de 2 ans sur l’achat de soja « issu de la déforestation », signé en juillet 2006 par Cargill, ADM, Dreyfus et Amaggi,  (les principaux négociants de soja) ainsi que par  Mc Donald's et d'autres entreprises agroalimentaires . Mc Donald's, avait alors déclaré être « déterminé à rétablir les choses aux côtés des fournisseurs et du gouvernement brésilien, afin de préserver la forêt de toute nouvelle destruction." Autre victoire de l'ONG, les entreprises qui ont rejoint le moratoire se sont également engagées à refuser d'acheter du soja génétiquement modifié.
Aujourd’hui, c’est  l’agence de l’environnement brésilienne (IBAMA) qui a décidé de répondre favorablement aux demandes des communautés locales et des ONG, en demandant la fermeture du terminal fluvial  de l’américain Cargill. « Greenpeace se joint aux communautés locales pour se féliciter de cette décision, aboutissement d’une longue procédure judiciaire, et appelle les négociants à prendre les mesures responsables qui s’imposent pour préserver l’Amazonie de l’expansion des monocultures de soja », déclare l’ONG, rappelant qu’en 2000, le numéro 1 mondial du soja avait construit un terminal de transformation et d’acheminement dans le port de Santarem sur la rivière Tapajos, au coeur de l’Amazonie, sans que ne soit menée l’étude d’impact environnemental imposée par la loi brésilienne. « Pendant 7 ans, méprisant différentes injonctions judiciaires, Cargill s’est battu à coup d’appels et de procédures tout en continuant ses activités », souligne Greenpeace.
Le terminal de soja de Santarem va donc être fermé pour que soit menée l’étude d’impact environnemental, la production de soja étant accusée de jouer un rôle considérable dans la déforestation et de peser sur l’équilibre naturel de la région.  ONG et communautés souhaitent qu'à terme, un accord sur la protection de la forêt amazonienne entre le gouvernement brésilien et les parties prenantes concernées soit adopté.

Dépendance des agricluteurs aux multinationales

Si la culture du soja est la plus rentable pour le Brésil, elle est aussi la plus dévastatrice, au plan humain comme au plan environnemental. De 9,7 millions d'hectares dans les années 70, la culture de soja est passée à plus de 22 millions aujourd'hui. Actuellement, le soja monopolise 47% des surfaces cultivées au Brésil. Cette accélération, qui touche des zones fragiles d'Amazonie, est fortement utilisatrice d'eau, d'engrais et de pesticides. Même situation en Argentine, où cette culture intensive a augmenté de 75% dans les 5 dernières années. "En 2002, 700 000 hectares de forêts ont été détruits au Brésil pour faire place au soja," indiquait une représentante du CCFD lors du lancement de la  campagne intitulée "le soja contre la vie", (voir article lié) menée par un réseau international d'ONG.
Cette culture intensive est destinée à un élevage tout aussi intensif, puisque le soja sert à nourrir les animaux, notamment en Europe, où la consommation de viande est une des plus fortes au monde, avec 91 kilos par an et par personne. Exemple très symbolique de l'agrobusiness actuel et d'une agriculture essentiellement tournée vers l'exportation, les impacts économiques, humains et environnementaux du secteur sont multiples. " La culture du soja est une catastrophe pour l'environnement, fortement utilisatrice d'eau, d'engrais et de pesticides, explique Catherine Godard. Elle est également responsable de la déforestation. En 2002, 700 000 hectares de forêts ont été détruits au Brésil pour faire place au soja ".
Cette bataille concerne de fait des millions de personnes, qui vivent des ressources forestières de l'Amazonie mais qui ont été rendues dépendantes de l'agro-business. "Le président Lula privilégie les exportations de l'agrobusiness, qu'il considère comme la locomotive économique du pays, alors que ce sont les familles de paysans qui nourrissent les brésiliens grâce à leurs cultures encore diversifiées," explique la Commission pastorale de la terre (CPT), association brésilienne  qui dénonce "un système de dépendance du pays à l'égard de ses exportations, contrôlées par une dizaine de grandes entreprises."

Véronique Smée
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