Depuis décembre 2005, le Forest stewarship council (FSC), label de gestion durable des forêts, affronte les critiques de l’ONG camerounaise Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), de Greenpeace et des Amis de la terre-France. En cause, le certificat FSC attribué à une concession camerounaise exploitée par Wijma-Douala, une entreprise hollandaise (voir article lié). Dix mois plus tard, les critiques sont toujours aussi virulentes. Eurocertifor, certificateur français, a réalisé un audit de surveillance, à la demande et en présence, d’une équipe du FSC qui a conclu au maintien conditionnel du certificat. Le rapport du FSC mentionne pourtant qu’à la date de l’audit, Wijma « n’était pas en conformité avec toutes les exigences du référentiel » et qu’Eurocertifor n’avait pas requis toutes les actions correctives nécessaires. Le Comité de certification d’Eurocertifor explique dans son communiqué : « les demandes d’actions correctives majeures auraient pu entraîner une remise en cause du certificat. Cependant, au vu (...) des réponses déjà apportées par l’entreprise, le Comité a voté à l’unanimité le maintien conditionnel du certificat. » Un nouvel audit a donc lieu ce mois-ci. En résumé, les deux instances constatent les carences de Wijma-Douala mais jugent l’entreprise sur la bonne voie. Pourtant, le 24 mai, quatre semaines avant l’audit de surveillance, des contrôleurs forestiers, accompagnés de l’Observateur indépendant au contrôle du suivi des infractions forestières, avaient relevé deux infractions sur la concession certifiée. Wijma a minoré les volumes de bois exploités dans ses déclarations à l’administration et abandonné du bois non-enregistré en forêt. Selon Caroline Duhesme, responsable d’audit à Eurocertifor, « les infractions relevées ne sont pas issues d'une volonté délibérée de contourner la loi [mais] d'une organisation de l'entreprise peu adaptée à certaines dispositions de la réglementation qui sont difficilement applicables dans certains cas sur le terrain ». Le dernier rapport de l’Observateur indépendant mentionne pourtant que ces deux infractions sont une pratique illégale en hausse et peuvent « causer des manques à gagner pour l’Etat camerounais de plusieurs centaines de millions de francs CFA par an ». La première infraction est passible d’une amende de trois à dix millions de francs CFA (4500 à 15 200 euros) et de un à trois ans de prison. Wijma-Douala a d’ailleurs versé une amende dans le cadre d’une transaction avec le ministère des Forêts camerounais. Cette affaire a conduit les Amis de la terre-France à se joindre à la plainte formelle envoyée au certificateur. Il y a donc une crise de crédibilité du label FSC parmi les ONG de défense de l’environnement. Cette polémique ne freine pas la progression du label en Afrique centrale. Quatre exploitants ont fait réaliser, durant l’été 2006, un pré-audit au Cameroun dont le français Pallisco, ainsi que Rougier, un opérateur plus important, qui œuvre au Congo-Brazzaville. Il faut noter que Pallisco a été épinglé récemment par les autorités camerounaises pour les mêmes infractions que Wijma. Eurocertifor a pré-audité deux des exploitants au Cameroun, dont Pallisco. Le FSC doit donc démontrer qu'il a les capacités d'encourager une gestion durable des ressources forestières dans le Massif du Bassin du Congo, tout en évitant la concurrence d’autres systèmes de certification comme le Pan African Forest Certification (PAFC). Pour Samuel Nguiffo, secrétaire général de l'ONG camerounaise CED: « voilà bientôt un an que Wijma vend du bois avec le label FSC, alors qu’il ne le mérite pas ».
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