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Max Havelaar et AB (pour Agriculture biologique), ces noms sont familiers pour la plupart des consommateurs. En revanche, qui connaît Demeter, Eko, ou encore bioRé ? Et qui saurait dire ce qui se cache derrière ces dénominations ? On peut également se demander quelle part des consommateurs saurait reconnaître le label Agriculture biologique européen, ou l'écolabel de l’Union européenne. A l’heure où consommer devient un acte militant, les réglementations publiques manquent cruellement à l’appel, laissant la place aux labels privés. Equitable ou biologique, parfois les deux, les critères correspondants aux sigles sont méconnus et confondus. « Les associations pionnières ont négligé l’aspect communication » explique Aurélie de Varax, auteure de l’ouvrage Achetons équitable. Le consommateur a ainsi des notions assez vagues de ce qui se cache derrière les étiquettes. Les labels publics sont aussi en retard : aucune campagne de promotion de la Fleur, l’écolabel européen, n’est prévue, la publicité étant laissée aux soins du producteur. A chaque label ses critères Tous les labels ne se valent pas, et les écolabels publics ne sont pas nécessairement plus stricts que les privés. « C’est au consommateur d’être exigeant et de vérifier le cahier des charges » insiste Nicolas Gauthy, de la communication de Max Havelaar. Pas évident lorsqu’on se retrouve dans le rayon du supermarché. Si les labels Nature & Progrès et Demeter garantissent tous deux une production biologique, le premier y ajoute des critères sociaux, et le deuxième prône une agriculture “biodynamique” (système de production basé sur des connaissances ésotériques). Dans les deux cas, l’utilisation du terme “biologique” correspond à la réglementation française. « L’indication “biologique” est strictement vérifiée pour les produits alimentaires, textiles et cosmétiques » explique Juliette Leroux, chargée de mission réglementation pour la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB). « Mais en dehors de ces secteurs, rien ». C’est donc la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui prend le relais en cas d’utilisation abusive du terme.
Généraliser l’étiquette carbone ? |
A en croire Jean-Louis Borloo, on pourra bientôt connaître le prix en CO2 du panier de course. Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, le ministre de l’Ecologie souhaite faire indiquer le coût en carbone de près de 90000 produits de consommation courante. Le groupe Casino a déjà prévu l’étiquetage de plus de 3000 produits, à l’image du britannique Tesco, qui promet d’étiqueter les 70000 produits de ses supermarchés. La démarche du ministère vise à « placer le consommateur au cœur des mutations environnementales », au risque de le perdre dans la multitude des sigles “verts”. La mise en place de l’étiquetage, complexe et coûteuse, devrait prendre plusieurs années. |
L’expression “commerce équitable” peut en revanche être utilisée librement. « Aujourd’hui, n’importe qui peut déclarer faire du commerce équitable sans cahier des charges » affirme Nicolas Gauthy. Chaque organisme a pourtant une définition différente. Si Max Havelaar garantit un prix minimum aux producteurs, l’ONG américaine Rainforest Alliance n’offre qu’un pourcentage en plus du prix du marché, souvent fluctuant. Cette situation confuse devrait évoluer, avec la mise en place de la Commission nationale du commerce équitable (CNCE), qui imposera un référentiel commun pour le commerce équitable. Le label européen moins exigeant que le français Pourquoi alors ne pas créer un label public ? « Il présenterait sûrement des critères minimalistes, car c’est la seule façon de mettre toutes les associations d’accord » explique Nicolas Gauthy. Les certifications privées sont souvent plus exigeantes que les publiques, à l’image de Nature & Progrès, plus stricte qu’AB. De même, plus le champ d’application du label est grand, plus il est laxiste. La Norme française (NF) environnement est attribuée aussi bien à du liquide vaisselle qu’à des ordinateurs portables, et garantit que le produit a « un impact moindre sur l’environnement », ce qui est pour le moins imprécis. Le label AB français sera bientôt remplacé par son grand frère européen, au grand damne de la FNAB et de plusieurs ONG. « Depuis la création du sigle, nos critères sont devenus plus stricts » analyse Juliette Leroux. « Mais le label AB européen reprend la définition d’origine de 1990 ! C’est un retour en arrière pour nous ». A tel point que la FNAB réfléchit à la création d’un label privé pour remplacer l’ancien AB français. L’information manque également pour distinguer la labellisation des produits de la certification des marques. Les labels ne s’appliquent qu’à un produit spécifique, et ne garantissent pas la qualité de la marque dans sa globalité, ni celle du distributeur du produit. Cette confusion fait partie des reproches formulés à l’encontre des organismes de certification. « Comme le durable fait vendre, on voit émerger un “engagement semi-durable”, totalement opportuniste, de la part de certaines entreprises, qui se prévalent d’une politique durable alors que seuls quelques uns de leurs produits le sont » explique Aurélie de Varax. En revanche, il existe des marques et des magasins dont 100% des produits sont équitables et/ou bio, comme Alter Eco, Artisans du Monde ou Ideo pour le prêt-à-porter. Il faut également noter l’existence de filières intégrées, comme Minga ou la Plateforme pour le commerce équitable (PFCE). Elles ne présentent pas de label particulier, mais garantissent la qualité des structures d’importation/exportation et de commercialisation des produits. Des « engagements semi-durables » A l’inverse, tout ce qui est vert n’est pas écolo. De nombreux distributeurs ont sorti leur gamme de produits bio ou solidaires. Dans la plupart des cas, il s’agit d’articles labellisés, réunis sous une même appellation : Monoprix Bio (label AB), Carrefour Agir (écolabel européen, Max Havelaar et OekoTex entre autre) ou Auchan Bio (Ecocert). Certains en revanche contournent l’étape de certification. La marque Monoprix Vert propose des produits ménagers “biologiques”, une dénomination qui n’est pas réglementée pour les articles de ce secteur. « Certains produits contiennent des huiles essentielles, qui sont exclues du cahier des charges de l’écolabel européen » explique Anaïs Lannes, de la communication de Monoprix. Impossible donc d’obtenir le label à la fleur, bien que les articles soient fabriqués à base de « matières végétales et renouvelables ». Faudrait-il normaliser l’étiquetage des produits en proposant un label européen applicable à tous les articles de consommation courante ? « On se dirige vers cela, car le consommateur demande de plus en plus de garanties, notamment une transparence sur la répartition des coûts » affirme Aurélie de Varax. Encore faudra-t-il déterminer les critères à analyser pour l’obtention d’un label généraliste, alors même que l’idée d’une étiquette carbone émerge du Grenelle de l’environnement (voir encadré).
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