Paul Wolfowitz : un faucon à la tête de la Banque Mondiale

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Publié le 06-04-2005

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Paul Wolfowitz
Paul Wolfowitz

L'Américain Paul Wolfowitz, l'un des principaux artisans de la guerre en Irak, présidera la Banque Mondiale à partir du 1er juin 2005. Sa nomination controversée intervient alors que l'institution financière internationale traverse une période de turbulences.

Le 31 mars 2005, les directeurs de la Banque Mondiale ont confirmé, à l’unanimité, la candidature de Paul Wolfowitz à la présidence de la principale institution financière internationale. Le nouveau président dispose d’un mandat de 5 ans renouvelable qui prendra effet le 1er juin 2005. Il va gérer et définir la stratégie opérationnelle d’une organisation comptant 10 000 salariés et qui prête 20 milliards de dollars par an pour aider les pays les plus pauvres ou disposant de revenus moyens à se développer.

La nomination de ce proche de Georges Bush a été particulièrement contestée. Sa participation active dans la préparation de la guerre en Irak et son manque de connaissance de l’aide internationale ont largement été mises en avant. « M. Wolfowitz n'a aucune compétence dans les domaines de la lutte contre la pauvreté ou des graves problèmes environnementaux comme le changement climatique. Il n'est pas la bonne personne pour ce travail » commente Sebastien Godinot, chargé de campagne Institutions financières chez les Amis de la Terre. Le rejet unanime des ONG environnementales de la désignation de Paul Wolfowitz s'il n’est pas une surprise, reflète les craintes de nombreux observateurs et fonctionnaires internationaux sur la stratégie que le nouveau président pourrait insuffler à la Banque Mondiale. Paul Wolfowitz est en effet l’un des leaders du mouvement des néo-conservateurs américains. Cette mouvance républicaine vise à promouvoir la démocratie dans le monde (quitte à l’imposer par la force comme en Irak) à favoriser l’émergence d’un économie de marché déréglementée et à réduire le rôle des gouvernements. 

Réduire la pauvreté

Réagissant à sa confirmation comme président de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz a exprimé son souhait de consacrer son mandat à obtenir « une réelle réduction de la pauvreté notamment en Afrique, le continent qui en a le plus désespérément besoin». Il a affirmé qu'il utiliserait pas sa nouvelle fonction pour pousser des objectifs néo-conservateurs comme la démocratie ou les marchés déréglementés. « Le fait est qu’en matière de réduction de la pauvreté, ce n’est pas une question de politique étrangère américaine, ou anglaise ou encore sud africaine. C’est un objectif unifiant dans lequel je crois profondément » déclare Paul Wolfowitz. « Chaque organisation doit se focaliser sur ses missions primaires et ses principales compétences. Pour la Banque Mondiale, il s’agit des différents aspects de la réduction de la pauvreté » a-t-il ajouté en guise de programme.  

La Banque Mondiale est le principal prêteur international et une source importante d’assistance technique aux pays en développement sur de nombreux projets, allant de la lutte contre le sida à la construction d’infrastructures. Paul Wolfowitz devra donc réconcilier ses convictions néo-conservatrices avec la philosophie de la Banque Mondiale. « La mission du groupe de la Banque Mondiale est de combattre la pauvreté et d'améliorer le niveau de vie des gens dans les pays en développement. C'est une Banque de Développement aux services multiformes : prêts, conseils de stratégie, assistance technique et partage des connaissances» précise le site internet de l'institution. Cette profession de foi ne rejoint pas la conviction des néo-conservateurs qu’une bonne politique économique est plus efficace que l’aide au développement pour sortir de la pauvreté.

Combattre la corruption

L’une des missions de la Banque Mondiale consiste à aider les pays à réformer leurs administrations. Paul Wolfowitz a annoncé qu’une de ses priorités serait la lutte contre la corruption, notamment dans les pays recevant les fonds de la Banque Mondiale. Cette question particulièrement brûlante, fait l'objet d’une enquête du Sénat américain qui se penche sur les éventuels cas de corruption dans la gestion des projets de développement de la banque dans de nombreux pays du Sud. Lors d’une audience, en 2004, le sénateur républicain de l’Indiana, Richard Luger a cité des estimations universitaires selon lesquelles les fonds perdus par la banque au cours des 60 dernières années pour cause de corruption, fraude ou gaspillage s'élèverait à plus de 100 milliards de dollars. Avant de s’attaquer à ce vaste chantier, Paul Wolfowitz devra très certainement d’abord balayer devant la porte de son institution. D’après le Sunday Times, il semble en effet qu’un scandale financier soit sur le point d’éclater au sein même de la Banque Mondiale. Des informations sur de sérieuses irrégularités dans les comptes internes de la banque ont conduit le congrès américain à ouvrir une enquête. Il s’intéresse notamment au fait que certains salariés de la banque auraient occulté des problèmes comptables au sein de l’établissement, ce qui aurait favorisé une « culture de la corruption ». Les membres du personnel qui ont finalement signalé des erreurs comptables portant sur plusieurs dizaines de millions de dollars, accusent de plus la banque de les avoir punis pour leurs actions de dénonciation (whistleblowing).   

Business as Usual

La présidence de Paul Wolfowitz devrait vraisemblablement limiter le développement de l'application de critères plus stricts sur un plan environnemental et social dans la sélection de projet. Ce qui irait dans le sens d'une tendance amorcée en 2004 année marquée par un certain assouplissement des règles de financements de projets dans des secteurs sensibles comme les industries extractives. « Notre analyse comparée des pratiques des institutions financières internationales, nous conduit à constater que la Banque Mondiale a perdu son leadership mondial en matière de normes environnementales et sociales» analyse Sébastien Godinot. Il est peu vraisemblable que Paul Wolfowitz pousse l’institution dans ce sens alors que les Etats-Unis cherchent désespérément à faire baisser les cours des matières premières, et du pétrole en particulier en multipliant la production. L’augmentation de l’activité des industries extractives, notamment gazières et pétrolières, est déjà une priorité de la Banque Mondiale depuis 2004. Dans ce domaine, le nouveau président n’aura pas à user de son influence pour modifier la stratégie de la banque.    

P.M.Coupry
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