Equipage d'un bateau illégal portant des cagoules pour garder l'anonymat

© Greenpeace / Gavin Newman

Planète \Institution \Institutions internationales

Mobilisation internationale contre la pêche illégale

Le groupe de travail sur la haute mer de l'OCDE s'est réuni à Paris le 3 mars. Il a annoncé des initiatives conjointes et présenté une série de mesures pour lutter contre la pêche illégale. En effet, en pillant les ressources des fonds marins, la pêche illégale met en péril l'écosystème et le développement économique de certaines régions du monde. Mais pour Greenpeace, qui vient de publier un rapport sur ces pirates des mers, il est surtout temps de passer de la rhétorique à l'action.

Le groupe de travail sur la haute mer de l'OCDE rassemble les ministres en charge des questions liées à la Pêche pour le Royaume-Uni, l'Australie, le Canada, le Chili, la Namibie, la Nouvelle Zélande, l'ancien directeur général du WWF International et les directeurs de l'UICN et du Earth Institute. Il s'est réuni à Paris, le vendredi 3 mars, pour présenter son rapport final en matière de lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN). Deux mesures majeures ont été annoncées à cette occasion : améliorer les activités de contrôle et de surveillance de la pêche en haute mer et élaborer des lignes directrices sur les pratiques exemplaires pour les organisations régionales de gestion des pêches.

La France conteste la décision de Bruxelles
Le 1er mars 2006, la Commission européenne a rendu publique sa décision d'obliger la France à payer l'astreinte de 57,7 millions d'euros pour les 6 mois qui ont suivi la décision de la Cour de justice des Communautés européennes du 12 juillet 2005. Elle avait alors condamné la France à 20 millions d'amende et à cette astreinte semestrielle pour non-respect de la réglementation européenne sur la pêche (voir article lié). Pour les autorités françaises, cette décision ignore les progrès réalisés grâce au plan de contrôles mis en œuvre depuis juillet. Dans un communiqué du ministère de l'Agriculture et de la Pêche, on apprend ainsi que "moins de 3% de contrôles effectués au cours des 6 derniers mois ont mis en évidence des poissons inférieurs à la taille réglementaire," objet de la condamnation. Si la Commission se félicite de ces résultats, elle considère que l'arrêt de juillet dernier n'est pas totalement exécuté. Pour les autorités françaises, cette décision est "gravement disproportionnée, insuffisamment motivée et ne repose pas sur la preuve de la persistance d'un quelconque manquement." C'est pourquoi la France va saisir la Cour de Justice européenne pour demander l'annulation de cette décision.
L'expression de pêche INN recouvre un ensemble de pratiques de pêches peu scrupuleuses : la pêche en violation des lois et obligation internationales, la pêche non déclarée aux autorités compétentes et celle pratiquée par les navires battant pavillon d'un Etat non membre des organisations concernées. En effet, on observe depuis plusieurs années, une émergence de navires sous "pavillon de complaisance." En changeant de pavillon, ces navires choisissent un autre Etat pour contourner les règles de gestion et de conservation des organisations régionales de gestion des pêches. Pour la communauté internationale ce problème est majeur puisqu'il met en péril la durabilité des ressources halieutiques. Ben Bradshaw, ministre de la Pêche du Royaume-Uni et président de ce groupe de travail, fait donc remarquer que "sans une action immédiate de la part de la communauté internationale contre la pêche INN, celle-ci continuerait à avoir un impact majeur sur les stocks de pêche, le monde marin et les économies du monde entier."

Mais force est de constater que le Plan d'Action Internationale pour combattre la pêche INN, mis en place par la FAO en 2001, s'est révélé peu efficace. C'est pourquoi le groupe de travail de l'OCDE vise, à travers un ensemble de propositions, à réduire les incitations économiques qui favorisent la pêche INN. Elle propose donc de fournir les ressources nécessaires au réseau de contrôle et de surveillance international pour qu'il devienne efficace, de développer une base de données publiques rassemblant les informations sur la flotte de pêche et préconise l'adoption de normes pour que les Etats des pavillons des navires répondent aux obligations internationales de pêche, notamment en haute mer. Pour Ben Bradshaw : "Les initiatives identifiées dans ce rapport peuvent être rapidement lancées par les membres du groupe de travail et les Etats qui partagent ces opinions. Je suis convaincu qu'en travaillant ensemble, nous pouvons arrêter cette destruction environnementale et aider les pays les plus pauvres."

De la rhétorique à l'action

Le même jour que cette réunion du groupe de travail de l'OCDE, Greenpeace présentait un rapport dénonçant le pillage des océans par des flottes pirates. En effet, particulièrement dévastatrice pour l'écosystème marin, la pêche des chalutiers de grands fonds, qui concrètement racle les fonds marins, a lieu en haute mer alors que celle-ci échappe largement à tout contrôle.

A partir d'informations récoltées lors de 4 expéditions en 2004 et 2005, Greenpeace fait remarquer qu'une centaine de chalutiers est responsable de cette destruction, or 60% d'entre eux battent pavillon européen (danois, français, et espagnol principalement). Rappelant que plusieurs de ces chalutiers ont déjà été interpellés alors qu'ils étaient en infraction aux réglementation en vigueur, Greenpeace dénonce par la voix de Bruno Rebelle, direction des programmes de Greenpeace International, le fait que les Etats européens laissent faire ces navires en toute impunité : "l'Union Européenne est championne en matière de destruction des grands fonds. Elle a aussi les clés en main pour en finir avec cette pratique: soutenir le moratoire sur le chalutage des grands fonds qui sera proposé par l'Assemblée Générale des Nations Unies en Novembre 2006 et mettre un terme aux activités illégales des bateaux européens."

Selon Greenpeace, la pêche illégale représente 20% des prises de poissons soit 3 à 8 milliards d'euros. Ainsi au large des côtes africaines, la pêche illégale rapporterait 1 milliard d'euros. Il est clair que ces chalutiers de grands fonds par une ponction directe sur les ressources des océans, pénalisent les pêcheries artisanales des pays du sud, notamment en Afrique. Non seulement la pêche en Haute mer, souvent illégale, est destructrice des écosystèmes marins mais elle met aussi en péril le développement économique de nombreuses régions du monde. Pour Greenpeace, elle doit être stoppée immédiatement. Bruno Rebelle s'interroge  donc sur le rôle du groupe de travail de l'OCDE : "Il y a cinq ans, les gouvernements se sont mis d'accord sur un plan d'action international contre la pêche illégale - que reste-il à discuter ?"  Pour lui, "Les gouvernements, notamment européens, doivent passer de la rhétorique à l'action, comme promis lors de la dernière Assemblée Générale des Nations unies. Fermer les ports, bloquer les marchés et poursuivre les sociétés coupables permettra de mettre un terme à la pêche illégale.  Il s'agit uniquement d'une question de volonté politique."

Christophe Brunella
Mis en ligne le : 09/03/2006
© 2009 Novethic - Tous droits réservés

Média

Média
  • Les publications RSE et ISR
  • S'inscrire à Novethic'info :
  •  
  • Les fils d'infos
  • Les journalistes

Centre de recherche

Centre de recherche

Guides

Guides

Informations

Informations