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L'ONU, qui avait déjà fait de l'e-développement l'objet de sa conférence sur le commerce et le développement en 2001, organise cette fois un "Sommet de l'information" qui prend en compte l'ensemble de la problématique : l' "e-developpement", mais aussi l' "e-démocratie", en abordant les questions liées à la gouvernance et à la "cyber-répression" dans certains pays du Sud. "La liberté d'opinion et d'expression est la pierre angulaire du développement, de la démocratie et de la paix," a rappelé Kofi Anann dans son discours d'ouverture, avant d'exhorter les pays riches et les milieux d'affaires à aider, dans leur propre intérêt, les pays pauvres à combler le fossé numérique. "L'avenir du secteur des technologies de l'information dépend moins du monde développé , où les marchés sont saturés, que du monde en développement, où des milliards d'individus n'ont pas encore été touchés par la révolution informatique," a-t-il martelé devant les 13 000 délégués. Un point de vue largement partagé par les pays du Sud, qui estiment avoir davantage besoin d'Internet que les pays ayant déjà achevé leur développement. "Nous utilisons Internet pour des applications très concrètes et spécifiques au contexte africain : Internet nous évite de parcourir des centaines de kilomètres pour voir un médecin, il sert à remplacer les moyens plus traditionnels de communication, dont nous ne sommes toujours pas pourvus," souligne Olivier Sagna, Secrétaire général de l'Observatoire des systèmes d'information au Sénégal. Aux critiques qui se demandent pourquoi chercher à "brancher" à tout prix des sociétés qui n'ont pas réglé les questions d'alimentation, de santé, et d'hygiène, les pays du Sud répondent que la fracture numérique ne fait qu'aggraver la première fracture, économique et sociale, et que les tenir à l'écart de cet outil ne fait que les isoler encore davantage. D'autant qu'il s'agit simplement pour eux de permettre l'émergence d'informations bien souvent locales, qui n'en restent pas moins difficilement accessibles. Il n'est pas rare, en effet, de voir des régions en situation de surproduction agricole - ce qui provoque l'effondrement des cours locaux- alors qu'à quelques centaines de kilomètres, d'autres régions souffrent de pénurie. Pour ce type d'activité, seule la circulation de l'information peut aider l'Afrique à mieux gérer ses dysfonctionnements. Un équipement dérisoire Au rythme actuel , il faudrait attendre 2050 pour que l'Afrique ait le même nombre de lignes par habitant que Singapour. S'agissant du téléphone, l'équipement de ces pays est toujours dérisoire, alors qu'il est de 99% dans les pays développées. A bien des égards, la fracture numérique reprend les contours de la fracture traditionnelle pré-existante entre pays riches et pays pauvres. En Afrique par exemple, en prenant des participations dans l'opérateur local, les grands groupes du nord ont acquis un monopole total sur les transferts de données. Justifiant les sommes investies pour l'amélioration des infrastructures, la bande passante est facturée à des tarifs plus élevés qu'en Occident. Au Sénégal, on compte ainsi un seul accès Internet pour 2200 personnes, un pour 5700 au Cameroun, et un pour 25 000 au Niger et en Guinée ! Pour l'heure, seules l'aide internationale et les ONG apportent aux pays en développement les moyens de s'équiper. L'Union Internationale des Télécommunications (émanation de l'ONU) a certes mis en place une cinquantaine de centres de formation dans les pays les moins avancés , mais, au-delà de ces aides ponctuelles, la question du financement des infrastructures n'est pas résolue. La possibilité d'un fonds de solidarité numérique international a fait surface lors du Sommet de Genève, mais la solution adoptée n'entérine pas le projet et fixe seulement un "calendrier pour la solidarité numérique." Calendrier qui indique seulement que le Canada, l'Union Européenne et le Japon vont s'interroger sur l'utilité d'un tel fonds... Autre sujet conflictuel : "la tournure élitiste" du Sommet dénoncée par les ONG et militants de la société de l'information, qui remettent en cause la légitimité - et l'efficacité- de l'ONU sur ces questions. Le collectif "Geneva 03", qui regroupe notamment des militants d'Indymedia et du réseau NoBorder, dénonce ainsi le peu de place accordée à la société civile dans les débats du Sommet, et organise en parallèle des forums, sur le net évidemment.
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