L 'alternative de l'agriculture durable

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Publié le 08-09-2003

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Implantée dans bientôt 12 pays du Sud, l'ONG de développement AgriSud crée et soutient des très petites entreprises (TPE) agricoles dans les pays en développement , principalement dans le secteur de l'agriculture maraîchère. 12000 TPE pérennes ont vu le jour depuis les premières actions de l'ONG en 1985. Une alternative durable aux mécanismes à court terme de l'OMC ?

Agrisud vient de lancer un premier projet en Inde, en partenariat avec la Fondation Rajiv Gandhi et l'Etat d'Uttaranchal. Cet accord prévoit la création et le développement de 400 TPE agricoles. La phase pilote concerne directement 150 agriculteurs et doit permettre à 600 familles de sortir de la pauvreté extrême. " Beaucoup de  nos projets sont axés sur le développement de petites entreprises agricoles et de micro-entreprises, qui s'appuient notamment sur les femmes et les familles les plus démunies  en Afrique et en Asie, explique Sylvain Berton, directeur des opérations d'Agrisud. Ils reposent sur une logique de filière, en impliquant tous ses acteurs: de l'amont avec l'outillage et le matériel nécessaire à l'agriculture, à l' aval avec le commerce de détail ". AgriSud construit ses projets en s'appuyant sur l'organisation et la structuration des milieux professionnels, ainsi que sur un réseau de " maîtres exploitants ". Cette approche s'inspire du système africain, qui repose beaucoup sur le tutorat :  le " maître exploitant " forme les autres agriculteurs et joue un rôle de pivot dans la communauté en apportant un savoir faire technique et économique. " Agrisud s'appuie sur les 3 piliers du développement durable, l'économique, l'environnement et le social, en privilégiant une approche qui place l'homme au cœur de sa démarche, précise Sylvain Berton. L'objectif est  les acteurs des filières  à créer une activité économique durable et de contribuer au redressement des équilibres sociaux, tout en développant une agriculture raisonnée".

Agrisud

Les 185 membres de l'ONG sont des agronomes, des économistes, des dirigeants d'entreprises ou des formateurs qui accompagnent les projets sur le terrain. Ils sont pour la plupart originaires des pays où Agrisud intervient. Après une étude du marché local, Agrisud recrute des entrepreneurs volontaires, qui reçoivent une formation individualisée pendant plusieurs mois. Chaque exploitant est accompagné jusqu'à ce que son activité soit pérennisée. Très implantée en Afrique centrale, en Afrique de l'Ouest et en Asie du sud-est, Agrisud développe depuis cette année des projets au Maroc et en Inde. L'ONG vient de lancer un projet avec l'association indienne Developpement Alternativ concernant la maîtrise de l'eau  et sa valorisation agricole dans les zones les plus pauvres, qui pourraient être, à terme, co-financé par l'Union européenne.

 Un risque économique et sanitaire

Ces projets visent une production de qualité :  savoir produire hors saison, limiter les engrais et tout produit chimique. Autre aspect du développement durable pris en compte : la transparence entre acteurs des filières. Localement, les producteurs et les commerçants ont un accès égal à l'information sur le cours des produits, les prix et l'état des marchés. Agrisud veille en effet à l'équité des échanges entre les différents acteurs à l'intérieur du pays lui-même. Une approche diamétralement opposée à celle des règles de l'OMC que subissent ces pays. Très ouverts à la libre circulation des marchandises, les marchés intérieurs ont du mal à faire face à la forte concurrence des produits importés. " La production locale ne satisfait pas toujours les besoins de la population, ce qui a laissé le champ libre à des importations massives, constate Sylvain Berton. Le secteur de la viande est particulièrement touché par le libre-échange et la concurrence européenne qui alimente les marchés du Sud avec parfois des produits de piètre qualité. Agrisud contribue à  rétablir la sécurité alimentaire, car il existe non seulement un risque économique, mais également un risque sanitaire, avec notamment  les sous-produits  de viande qui arrivent sur les marchés du Sud. Non commercialisables au Nord , ils trouvent un débouché sur les marchés poubelles et auprès d'une population à faible pouvoir d'achat ".
Si l'accès au marché demeure le principal enjeu pour les projets agricoles, les filières de produis frais et de produits spécifiquement locaux ont toutefois la capacité de concurrencer les produis importés, plus chers en raison du transport. Les marchés de niches et la diversification des systèmes agricoles, sur laquelle repose la formation donnée par Agrisud, constituent également un moyen privilégié de toucher d'autres marchés que ceux de l'OMC...

Véronique Smée
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