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" Le libre échange des produits agricoles, mis en place voici 10 ans, nous conduit à un appauvrissement extrême ". Ce constat, effectué par Ndiogou Fall, agriculteur sénégalais, et président du Conseil national de Concertation des ruraux, est désormais connu. L'Afrique de l'Ouest est entrée dans une crise agricole et alimentaire profonde depuis la mise en œuvre des règles de l'OMC : démantèlement des barrières douanières, absence de protection du marché intérieur face à des produits subventionnés importés d'Europe, du Japon et des Etats-Unis vendus au plus bas prix... " Au Sénégal, cette crise touche aujourd'hui toutes les filières : le café, le coton, l'arachide, et menace la survie de la production agricole, qui assure les revenus de 70% de la population, observe Ndiogou Fall. C'est une crise de marché qui n'a rien avoir avec notre système de production ou la qualité de nos produits. Simplement, nous ne pouvons plus vendre notre production en raison des subventions aux agricultures occidentales, qui créent une situation de concurrence déloyale ". Le propos des paysans du Sud n'est pas de supprimer les subventions à leurs homologues du Nord, mais de restaurer les mécanismes de protection de leur marché, démantelés par l'OMC, et assurer la régulation d'une offre mondiale destabilisée par les bas prix des produits subventionnés. " Désormais nos produits sont trop chers, et ces prix très bas appauvrissent le pays. Le coton africain , qui est une filière très structurée et qui nous assurait des revenus stables est menacée par la production américaine subventionnée ", martèle Ndiogou Fall. Le libre-échange touche tous les produits alimentaires de base : en Europe, la prix des céréales s'élève à 100 euros la tonne, alors que le coût de production est de 160 euros. De même, le " café OMC " est acheté 20 cents la livre, alors que le café produit pour le commerce équitable est acheté 120 cents. Dumping agricole
Cette politique " à court terme et non durable ", est au cœur des débats des ONG réunies à Cancun, qui demandent, au Nord comme au Sud, de relancer l'agriculture des pays en développement en protégeant leurs marchés. Les représentants d'agriculteurs kenyans ont demandé que la question du prix des produits de base soit inscrite dans les négociations de Cancun, ce qui constitue un premier pas...D'autant que les pratiques de dumping agricole, - qui consistent à vendre en dessous du prix de production-, se généralisent y compris entre pays pauvres : le riz sénégalais est ainsi concurrencé par le riz thaïlandais, d'une qualité moindre mais vendu à un prix encore plus bas... " Cette politique du prix toujours inférieur déstructure la capacité des pays à assurer leur souveraineté alimentaire et affecte 3 milliards de paysans dans le monde, rappelle José Bové. Les mécanismes de l'OMC ne concernent que 10% de la production mondiale, mais déterminent tout le reste ". Et le président de la Confédération paysanne de rappeler que " l'agriculture reste l'activité centrale qui structure le monde. La PAC en Europe a été créée pour cela précisément : assurer l'auto-suffisance alimentaire après la guerre, et donc la paix. Or, l'OMC empêche les pays en développement d'atteindre cette même auto-suffisance et de se structurer. Son objectif : faire que quelques transnationales puissent continuer à voir leurs bénéfices augmenter en jouant sur la baisse des prix mondiaux des matières premières que sont le café, le cacao et le lait". Autre problème évoqué par les ONG : avec les mécanismes actuels, l'entrée de la Chine dans l'OMC en 2001 aura pour conséquence la disparition de 300 millions de paysans des campagnes chinoises. Il sera vraisemblablement difficile pour le gouvernement de maintenir cette population dans les zones rurales et d'éviter une émigration vers les centres urbains, où ils ne trouvent généralement que des emplois précaires.
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