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G 20 : réactions mitigées sur la nouvelle donne

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Publié le 03-04-2009



Un « nouvel ordre mondial », une liste publique des paradis fiscaux, des règles à venir pour encadrer les agences de notation et les fonds spéculatifs, plus de 1000 milliards de dollars pour financer la relance des échanges mondiaux et des institutions financières comme le FMI et les banques de développement asiatique et africaine. Le bilan du G 20 de Londres est plus que positif pour les dirigeants qui y participaient. Ont-ils été à la hauteur des attentes ?

Le communiqué final du G 20, organisé le 2 avril 2009 à Londres, parle d’un nouvel ordre mondial et d’un nouveau mode de coopération internationale, ce qui concrètement signifie que la direction du FMI ne doit plus être réservée aux Européens et celle de la Banque Mondiale aux Américains. Les dirigeants qui participaient au G 20 ont souligné leur volonté de mettre fin au secret bancaire et d’encadrer la finance internationale. Ils ont évoqué un code de conduite pour les agences de notation financière destiné à prévenir les conflits d’intérêts,  des règles encadrant la prise de risque des banques doivent être édictées par le Forum de stabilité financière et, au plan mondial, les traders devront désormais être soumis à une « politique salariale responsable ».
Symboles des dérives de la finance, les paradis fiscaux sont montrés du doigt par tous ceux qui espèrent qu’un nouvel ordre économique va sortir de la crise, basé sur une répartition plus juste des richesses, ONG en tête. Le G 20 a entériné l’idée que  l’OCDE publie la liste des paradis fiscaux. Elle comporte trois catégories, en fonction du degré de coopération (voir document lié). Sur la liste noire, figurent ceux qui refusent de coopérer. Ils étaient quatre le 2 avril : les Philippines, le Costa Rica, la Malaisie et l'Uruguay. Ces derniers jours, beaucoup d’autres comme les îles anglo-normandes ou Andorre ont conclu des accords de renseignements sur la fiscalité avec l’OCDE qui les ont fait passer, par exemple, dans la catégorie « blanche » pour les premières et « grise » pour le second. Au lendemain de la publication de la liste, l'Uruguay a protesté et donné des éléments qui ont conduit l'OCDE à le retirer de la liste.
Pour les ONG membres de la campagne contre les paradis fiscaux, cette avancée est loin d’être suffisante. Pour Oxfam France- Agir ici :«  Avec les standards de l’OCDE, le secret bancaire ne peut être levé que si la fraude fiscale est prouvée. De fait, la nature des paradis fiscaux, avec leurs comptes anonymes, leurs 2,4 millions de sociétés écran et leurs trusts (organisation de gestion dont la composition n’est pas forcément connue)  empêche toute transparence. Comment prouver une fraude qui est par définition cachée ? » explique Maylis Labusquière.
Les paradis fiscaux sont aussi devenus un objet de campagne pour une ONG environnementale comme les Amis de la terre. Son coordinateur de campagne, Sebastien Godinot, explique pourquoi : «  Dans le contexte actuel de crise systémique, cela n’aurait pas de sens de se cantonner à une interpellation environnementale du secteur financier. Nous menons une approche globale pour l’amélioration des normes environnementales et sociales. Les paradis fiscaux sapent les capacités fiscales des Etats et donc leur capacité de régulation. Ils rendent encore plus vulnérables les pays du sud en facilitant l’évasion des richesses. Enfin, les championnes de l’utilisation de ces paradis sont les grandes entreprises. En France, nous avons une campagne en cours contre BNP Paribas, implantée dans 85 pays et disposant de 189 filiales dans les paradis fiscaux. Nous l’avons rebaptisée « BNP Paradis ».

Pas de « new deal green »

L’autre attente déçue concerne l’intégration dans les projets de refondation de l’économie mondiale des facteurs environnementaux et sociaux. Au delà des ONG, ils sont pourtant nombreux à avoir interpelé le G 20 pour qu’il mette l’accent sur une économie plus verte et plus responsable. Une coalition de 6 grands réseaux d’investisseurs responsables :  Eurosif pour l’Europe, Asria pour l’Asie et des associations américaines, canadiennes et australiennes, ont envoyé une lettre commune pour demander au G 20 de « transformer  les marchés  financiers en intégrant des mesures de développement durable et de responsabilité sociale, à la fois dans les paquets de mesure destinés à relancer l’économie à court terme et dans les réformes à plus longue échéance des marchés du crédit et de l’investissement. »
Une autre lettre émanant de la « task force pour une croissance économique faible en carbone », groupe de travail issu du Forum de Davos composé de dirigeants d’entreprises, d’économistes et leaders mondiaux, demandait au G20 diverses mesures concrètes concernant le climat. Pour son porte-parole français, Farid Baddache, la déclaration finale a des aspects positifs « Nous avons été entendus puisqu’il y a encore quelque mois il était inimaginable d’avoir les éléments qui figurent en fin de déclaration visant à construire une reprise complète, écologique et durable." Il regrette malgré tout qu’on soit encore loin d’un «new deal green ». Une étude d’HSBC a tenté de mesurer le « verdissement » des divers plans de relance internationaux. Elle l’estime, selon les pays, entre 5 et 15 %, avec quelques nations au dessus de ces pourcentages.
Le G 20 a montré qu’il pouvait trouver une voix commune et qu’il était possible d’associer des pays comme l’Indonésie et la Chine à des déclarations sur lesquelles ils pouvaient être en désaccord initialement. Il a un nouveau rendez-vous, en septembre, à New-York et devrait, d’ici la, recevoir de nombreuses autres sollicitations. L’ONG CCFD-Terre solidaire regrette, par exemple, qu’il  «se soit  focalisé sur les banques, mais soit  resté muet sur le besoin de réguler les entreprises multinationales, qui n’ont aujourd’hui de comptes à rendre devant personne alors que leurs filiales ou leurs fournisseurs commettent des violations des droits de l’Homme ou de l’environnement dans les pays pauvres.». Elle fait partie de ceux qui espéraient une condamnation du système de libre échange, plus particulièrement sur le commerce international, en application d’un raisonnement d’Einstein pour qui «on ne résoudra pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont créés» !
Anne-Catherine Husson-Traore
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