Développement : les objectifs du Millénaire en recul

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Publié le 09-02-2004

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Favoriser le développement humain dans les pays les plus pauvres : les 8 objectifs du Millénaire - qui concernent notamment la réduction de la pauvreté et de la faim, la scolarisation des enfants, l'arrêt de la propagation du VIH/SIDA  et la protection des ressources naturelles - constituent aujourd'hui le seul consensus international en la matière. Pour les experts de l'aide au développement et des relations internationales, réunis lors d'une conférence à l'AFD (agence française de développement), l'enjeu est désormais de savoir comment les atteindre. "Certes, ces objectifs font consensus, mais ils ne parviennent pas à servir de moyen de coordination au plan international, observe Laurence Tubiana, présidente de l'IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales). Les règles à mettre en œuvre pour y parvenir font l'objet de profonds désaccords entre les Etats, les grands donateurs privés et publics et le monde associatif. A ces conflits politiques s'ajoutent  la dispersion des fonds et le clientélisme." Le rapport sur le développement humain, publication phare du PNUD (Programme des Nations-Unies pour le développement) vient rappeler aux dirigeants leurs engagements - et leurs promesses non tenues. "Le fossé se creuse entre pays riches et pauvres. Dans 54 pays, le revenu est inférieur en 2000 à celui de 1990 , explique Sakiko Fukuda Parr, rédactrice du rapport. A titre d'exemple, le Bostwana a perdu en 10 ans les effets positifs de 3 décennies de progrès. Les habitants ont perdu des années d'espérance de vie. Si certains capitaux ne se perdent pas , comme le taux d'alphabétisation, d'autres disparaissent très vite. La Tanzanie connaît un recul de scolarisation, sans être en guerre. Les années 90 ont été plus positives pour ces pays que les années 2000."


" Crédibilité des pays riches "

Désengagement
La Commission de coopération et du développement (CCD) qui regroupe des représentant des associations du secteur et qui relève du ministère des Affaires étrangères vient de publier les résultats d'une enquête intitulée " Argent et association de solidarité internationale, 2000-2001 ", menée auprès de 157 associations. Elle révèle que l'Etat français n'a cessé de se désengager de l'aide au développement, et que l'Afrique est le continent le plus touché par la baisse de l'aide au développement.



Si, en Asie, des pays comme la Chine parviennent à atteindre certains objectifs du Millénaire, (notamment en matière de santé et de pauvreté), d'autres en Afrique passent totalement à côté du développement, comme l'Ethiopie, le Mali ou le Niger. " La situation de l'Afrique est inacceptable et non-négociable, plaide Zephirin Diabre, administrateur du PNUD. Les objectifs du Millénaire ont crée des attentes et posent un problème de crédibilité des pays riches. " D'autant que les pays en crise, qui connaissent un très bas niveau de développement, ne sont pas forcément des pays en guerre, mais plutôt  des pays dont les caractéristiques structurelles de l'économie ne leur permettent pas d'accéder au commerce international. Ainsi, les 59 pays " prioritaires " pour l'aide au développement sont des pays producteurs de biens primaires (café, banane...) , n'ayant pas réalisé de transformation de leurs structures de production vers les biens manufacturés. " Dans les années 80 les pays riches ont soutenu des stratégies dominées par les concepts de stabilité macro-économique et de gouvernance,  rappelle Mireille Guigaz, directrice du développement et de la coopération technique au Ministère des affaires étrangères. " Nous avons brandi des slogans inventés par nous pendant des années, tels que celui du "développement auto-centré"  ou de la "capacité d'absorbtion des financements" et on a oublié les questions liées aux obstacles structurels et à la capacité d'intégrer le marché mondial. " 
" Prenons l'exemple du consensus de Monterrey, poursuit-elle (texte voté en 2002 sur le financement du développement). Dans les faits, il n'existe pas. Que faut-il croire ? Le papier ou les faits ? Nous fonctionnons comme si ce consensus était important alors qu'il n'a pas été intégré par les pays du Sud. Les consensus n'engagent que les négociateurs au moment où ils négocient. Ensuite ils ne sont pas respectés. "  De fait, les experts de l'aide au développement s'accordent pour dire que les ressources octroyées par les pays riches sont nettement insuffisantes, la promesse des 0,7% du PIB pour l'APD n'ayant même pas été tenue. " Nous sommes dans un jeu à somme nulle, explique Mireille Guigaz. Les fonds débloqués sont transférés d'une priorité à l'autre, sans efficacité, alors qu'il faudrait au contraire pratiquer l'additionnalité. L'APD représente 55 milliards de dollars, c'est une somme ridicule, elle pourrait être doublée très facilement , mais personne ne veut le faire. "

Pierre Jacquet, économiste de l'AFD, pose différemment la question : l'APD doit-elle devenir une couverture sociale mondiale ? Faut-il  envisager une politique publique de la mondialisation, et revoir les concepts de la redistribution ? Si personne aujourd'hui n'apporte de réponse, les acteurs de l'aide au développement appellent, au minimum, à un code de bonne conduite des pays riches à l'égard des pays pauvres, pillés de certaines richesses, et notamment de leurs ressources humaines avec le phénomène du " poaching " (braconner). Ainsi, en Tanzanie, des centaines d'infirmières sont formées aux frais du pays puis embauchées en Grande-Bretagne. Non seulement la Tanzanie n'en tire aucun bénéfice, mais elle subit une double perte : celle de son personnel qualifié et celle de l'investissement qu'il représente. D'une manière générale, le PNUD rappelle que la réduction de la faim et de la pauvreté sont " vouées à l'échec sans restructuration fondamentale de l'architecture mondiale des échanges (...) Il importe notamment que les pays riches renoncent à leurs subventions,abaissent les droits de douane et instaurent des règles du jeu plus équitables ", conclut Mark Malloch Brown, administrateur du PNUD.

Véronique Smée
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