Développement humain : état des lieux

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Publié le 09-02-2004

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Pour accéder au développement, les pays les plus pauvres doivent échapper aux pièges de la pauvreté, explique en substance le PNUD dans son rapport mondial sur le développement humain. L'aide accrue des donateurs et la mise en place d'actions publiques par les gouvernants pourraient inverser la situation des pays les plus pauvres après une génération.

Le rapport du PNUD dénombre 54 pays absolument prioritaires dans l'aide au développement. 20 se trouvent en  Afrique subsaharienne, 17 en Europe de l'Est et dans la CEI, 6 en Amérique latine et aux Caraïbes, 6 en Asie de l'Est et 5 sont des pays arabes. Si des progrès ne sont pas rapidement réalisés, même les objectifs du Millénaire les plus fondamentaux ne seront pas atteints, prévient le PNUD. Concernant la mortalité infantile, au rythme actuel, l'Afrique subsaharienne ne parviendra à une réduction des deux tiers que 150 ans après la date fixée par les Nations -Unies (2015). " Dans les pays les moins avancés, les dépenses de santé publique atteignent à peine 6 dollars par an et par habitant, et s'élèvent à 1356 dollars dans les pays les plus riches, indique le rapport. Non seulement la population ne peut avoir accès aux médicaments, mais dans la plupart des pays, les 20% de ménages les plus déshérités profitent de moins de 20% des dépenses de santé. " Pourtant, note le rapport, lorsque les dépenses sont équitables, les résultats sont nettement meilleurs : ce sont les pays qui dépensent le plus pour les ménages pauvres qui enregistrent également les taux de mortalité les plus bas.

A l'heure actuelle, plus de 1,2 milliard de personnes, soit un individu sur 5, survit avec moins de 1 dollar par jour. C'est en Asie du Sud et de l'Est que la pauvreté monétaire est la plus répandue, même si ces deux régions ont réalisé des avancées importantes. La Chine a en effet sorti 150 millions de personnes (12% de sa population) de la pauvreté, mais des régions entières ont vu leur revenu chuter, y compris dans un pays qui affiche une croissance économique positive. Pendant les deux dernières décennies, les inégalités de revenus se sont creusées dans 33 des 66 pays en développement étudiés par le PNUD...De même, le nombre de personnes souffrant de la faim a certes été réduit de près de 20 millions pendant les années 90, mais, si l'on exclut la Chine, le nombre de personnes souffrant de faim s'est en réalité accru, l'Afrique subsaharienne et l'Asie du Sud étant le plus fortement touchées. S'agissant de la scolarisation, le rapport estime à 115 millions le nombre d'enfants qui ne fréquentent pas l'école primaire (les 3/5èmes sont des filles). Une fois inscrit, 1 enfant sur 3 achèvera sa scolarité dans le primaire, et 1 adulte sur 6 est analphabète. Là encore, des règles plus équitables engendrent des résultats immédiats : au Kenya, au Malawi et en Ouganda, la suppression des droits de scolarité a engendré un net rebond des inscriptions... " Lorsqu'un système est équitable, il donne aussi de meilleurs résultats, observe le PNUD. Les pays enregistrant de bonnes performances dans l'éducation ont également tendance à dépenser davantage pour les ménages pauvres et l'enseignement primaire. "
Enfin, alors que l'eau potable constitue un moyen indispensable de développement, 1 individu sur 5 n'y a toujours pas accès. Ce manque a engendré une mortalité infantile par diarrhée supérieure aux décès dus aux conflits armés depuis la seconde guerre mondiale.

Sur ce recul du développement humain, l'analyse du PNUD est sans appel : pour les pays "enfermés" dans la pauvreté, la croissance ne viendra pas d'elle-même et les investissements intérieurs seront inopérants. Ces pays ont besoin d'un financement beaucoup plus conséquent afin de pouvoir investir dans la santé, l'éducation, l'agriculture, etc. " Faute de ressources permettant de financer ces services publics, des dizaines de pays sombrent en dessous des seuils de développement critiques, souvent sans que leur responsabilité soit mise en cause et pour des raisons qui échappent totalement à leur contrôle ", indique le PNUD. Sans occulter la question de la corruption, de la bonne gouvernance et de la responsabilité des dirigeants, le PNUD identifie des conditions structurelles au " piège de la pauvreté ". Il s'agit de limitations liées l'enclavement, à la taille et à la géographie, à des sols peu fertiles, ou encore une vulnérabilité face aux chocs climatiques et aux catastrophes naturelles...Si ces conditions structurelles ne sont pas combattues, faute d'aide extérieure, par des politiques publiques, elles contribuent à plonger tout un pays dans la pauvreté, le privant durablement d'accès à l'économie mondiale.

Véronique Smée
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