|
Aux deux tiers de leur parcours, les 8 objectifs du Millénaire* sont loin d’être atteints. Des progrès sensibles ont néanmoins été atteints en matière de réduction de la faim dans le monde, comme le souligne la FAO dans sont rapport publié le 14 septembre dernier. « La faim dans le monde a reculé à 925 millions de personnes sous-alimentées pour la première fois depuis quinze ans », indique la FAO, tout en soulignant qu’ « il n'y a vraiment pas lieu de se réjouir ». D’autant que l’étude a été réalisée avant la récente flambée du cours des matières premières agricoles. En Afrique sub-saharienne, 925 millions de personnes souffrent de la faim, soit bien plus que les 800 millions de personnes recensées en 2006. Comme le souligne Oxfam, « la crise alimentaire au Sahel, provoquée par des pluies insuffisantes en 2009, touche toujours plus de 10 millions de personnes, et les récentes émeutes de la faim au Mozambique illustrent la fragilité des progrès ». Si les gouvernements et les organisations internationales ne concèdent pas d'efforts supplémentaires, « l'année 2011 pourrait voir la barre du milliard d'affamés de nouveau atteinte », prévient la FAO. Aujourd’hui, aucun mécanisme de régulation n’a été créé pour lutter contre la spéculation sur les prix agricoles ou pour améliorer la transparence des marchés (voir article lié).
Les priorités du CCFD-Terre Solidaire
Avancer dans la création de taxes internationales sur les transactions financières, afin de collecter des revenus élevés et stables, « non dépendants du bon vouloir des pays riches » ; Lutter contre l’évasion fiscale dans les pays du Sud -chaque année, 800 milliards d’euros de flux illicites échappent aux pays pauvres pour être détournés dans les paradis fiscaux, soit près de dix fois l’aide au développement octroyée par l’ensemble des pays riches ; Réguler les activités des multinationales. Alors qu’auront lieu, en marge du sommet du Millénaire, plusieurs rencontres visant à encourager les investissements des entreprises dans les pays du Sud, se pose en effet la question de l’impact environnemental, social et fiscal de leurs activités.
La hausse des prix agricoles, conjuguée à la baisse de revenus en 2009 suite à la crise mondiale et au recul des exportations des pays en développement, achèvent ce sombre tableau. Bilan : la proportion de personnes vivant avec moins de 1,25 dollar par jour (seuil de pauvreté ), est remontée à 31% de la population dans les pays en développement en 2009 alors qu’elle avait diminué entre 1998 et 2008.Le rapport de l’ONU fait état, malgré tout, de quelques progrès, notamment dans l’accès à l’éducation -particulièrement pour les filles-, dans la lutte contre la mortalité infantile et la pandémie du VIH, le paludisme et l’accès aux trithérapies ayant enregistré de bons progrès.
La question centrale de l’APD et de son déploiement Le 8ème objectif - Mettre en place un partenariat mondial pour le développement- implique que l’aide au développement (APD) s’élève, pour l’Union européenne, à 0,56% du PNB, or ce chiffre n’est pas atteint. Plus de la moitié des pays donateurs de l’OCDE ont par ailleurs réduit l’aide accordée aux pays pauvres en 2009. L’objectif de 0,7% du revenu national brut, fixé pour les pays donateurs par l’ONU, est loin d’être respecté ; il était en effet de l’ordre de 0, 31% en 2009. Par ailleurs, ces moyennes masquent l’inégalité de l’APD selon les pays. L’Afrique recevra 16 milliards de moins que la somme fixée en 2005 Gleneagles, l’APD étant de plus en plus concentrée sur un petit nombre de pays. Ainsi, pour des raisons géopolitiques, « l’Irak bénéficie d’une aide représentant le double de celle accordée à l’Afghanistan, ce dernier bénéficiant à son tour d’une aide de 50% supérieure au 3ème bénéficiaire, l’Ethiopie », souligne le rapport de l’ONU. Les ONG, reçues par Nicolas Sarkozy, ont pris connaissance de la déclaration qui sera adoptée le 22 septembre par les chefs d’Etat. Or, aucun engagement concret en termes financier n’est envisagé par les pays riches, en dehors de la réaffirmation de l’objectif de 0,7% pour l’APD… théoriquement acté depuis 1970 ! De même, les mécanismes de financements innovants, comme la taxe sur les transactions financières proposée par la France, restent « à l’étude ». Les pays émergents sont contre, tandis qu’un récent rapport de la Commission européenne s’est montré plutôt hostile à cette mesure… Enfin, la question du financement du développement n’est pas seulement une affaire de chiffres. Son déploiement reste une question majeure, pourtant peu abordée par les gouvernements. « L’apport des sociétés civiles est peu, voire pas du tout mentionné, observe Oxfam. Bien que leur rôle dans le secteur de l’éducation, la santé, la lutte contre la faim soit reconnu et recherché tant par les bailleurs que les pays récipiendaires, elles sont oubliées dans cette revue à 2/3 parcours ». Le CCFD-Terre Solidaire dénonce également « les limites d’une approche caritative pour atteindre les OMD ». La coalition « Action Mondiale Contre la Pauvreté » rappelle enfin que « les OMD ne seront pas atteints sans un contrôle citoyen permettant d’évaluer la réalité des efforts menés par les gouvernements tant du Sud que du Nord ». * Réduire l'extrême pauvreté et la faim, Assurer l'éducation primaire pour tous, Promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, Réduire la mortalité infantile, Améliorer la santé maternelle, Combattre le VIH/Sida, le paludisme et d’autres maladies, Préserver l’environnement, Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.
|