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" Aujourd'hui, les choses vont changer ". C'est en ces termes forts, résonnants comme une promesse, que Christine Kelly, l'une des rares présentatrices noires officiant sur une chaîne française métropolitaine, LCI, a ouvert les débats du premier Congrès mondial de la femme noire leader, qui s'est tenu à Paris les 1er et 2 juillet dernier, sous le haut patronage de l'Unesco. Un parterre de femmes, venues du Brésil, d'Amérique, d'Afrique, des Caraïbes ou d'Europe, a vigoureusement applaudi ces premiers mots, qui semblaient justifier, à eux seuls, leur déplacement et la mobilisation bénévole autour de ce projet. A l'initiative de plusieurs associations, la Fédération européenne des femmes noires d'affaires, le Global congress of black women leaders, Inc (Etats-Unis) et la Zwarte Zaken Vrouwen Nederland et Guamayane (Hollande), ce congrés s'est donné pour mission de : " informer et former la femme noire à comprendre la valeur de sa contribution au monde afin de développer et promouvoir sa participation, sa stabilité économique et son influence par le biais de connections mondiales renforcées. " En d'autres termes, créer un réseau mondial de femmes noires leaders, pour faire évoluer la situation des femmes, victimes de de discriminations, préjugés, modèles archaïques, freins culturels ou politiques, partout dans le monde.
Manque de confiance et de reconnaissance
La télé française, miroir imparfait de la société
Le petit écran reflète bien les difficultés d'intégration rencontrées par les femmes noires en France. Pour Marie-José Allie, présentatrice télé d'origine martiniquaise, aujourd'hui directrice des relations internationales à RFO, en France métropolitaine, les responsables de l'audiovisuel donnent à voir une image tronquée de la société. Estimant que le malaise est réel, car on ne recense que deux présentatrices noires depuis cinq ans, or " ne pas voir des images qui nous ressemblent donne l'impression petit à petit de ne pas exister ". Elle espère que la recommandation récente du CSA, visant à rendre les minorités... plus visibles contribue à changer les choses.
Plusieurs constats ont fat naître ce projet, explique Sandra Monthieux Pélage, présidente de ce Congrès : " La place et le rôle de la femme noire dans le monde sont insuffisamment connus et reconnus, car elles sont souvent isolées et manquent de confiance dans leurs talents ". Pour renforcer cette confiance, le Congrès a choisi de donner la parole à une cinquantaines de personnalités, connues ou non, pouvant apporter un regard et témoignage intéressant sur les thèmes abordés pendant ces deux jours : " la femme noire dans l'économie ", " l'image de la femme noire ", " la diversité historique ", ou encore la " conquête de nouveaux secteurs " L'intervention de Bénédita Da Silva, ancienne gouverneur de l'état de Rio de Janeiro et première Brésilienne à être devenue sénateur, a marqué l'auditoire. Celle dont le destin, des Favelas jusqu'au gouvernement brésilien, et le combat contre " l'esclavage moderne " sont souvent cité en exemples, a du reste été désignée meilleure contributrice de ce Congrès. Rappelant l'importance pour les femmes de s'unir pour réussir, elle a salué, comme d'autres intervenantes, l'opportunité, offerte par ce congrès, de montrer des " modèles de réussite de femmes noires pour que d'autres puissent enfin s'identifier à des femmes qui leur ressemblent ".
Quelle place dans l'économie ?
Donner l'exemple et prodiguer des conseils, c'était le but d'ateliers comme comme celui sur "La femme noire dans l'économie". Premier constat, être femme,noire et leader est un triple défi. Les exemples cités par des intervenantes américaines étaient édifiants, alors que les anglo-saxons sont plus avancés sur les questions de la diversité. Pour Harriet R. Michel, qui préside depuis seize ans le NMSDC, Conseil américain pour la mise en relations de fournisseurs minoritaires (dont des afro-américains...) avec des grands groupes, l'un des premiers problèmes est l'accès au financement : " une étude américaine récente a montré que si aux USA, plus de 50 % des créateurs d'entreprises sont des femmes, les obstacles au financement concernent 27 % des femmes blanches et 28 % des femmes latines contre 47 % des femmes noires ! ". D'où " l'intérêt de bénéficier de l'aura de celles qui ont réussi ", a alors conseillé Marie Stewart, experte britannique dans le domaine de l'égalité et de la diversité. Autre conseil : développer le micro-crédit, pour les régions ne bénéficiant pas de fonds gouvernementaux pour les minorités, être persévérante, opiniâtre et avoir des principes moraux élevés, car la femme noire est doublement " attendue au tournant ". Une femme noire dont il a été rappelé, comme un leitmotiv, qu'elle a toujours su faire des miracles avec peu de moyens, mais dont il est urgent de développer l'accès à l'éducation et à la lecture en particulier, pour l'autonomisation.
Création d'un lobby transnational ?
Le prochain congrès est d'ores et déjà prévu à Houston. Des groupes de travail mondiaux doivent se mettrent en place sur thèmes répondant aux besoins les plus urgents : le mentoring, pour transmettre l'expérience des femmes leaders dans leur domaine, l'investissement éthique, pour sensibiliser les femmes noires du Nord aux besoins du Sud et le coaching, pour accompagner le développement personnel de ces femmes, par le biais de connexions Internet, dont il a été rappelé le rôle primordial qu'il jouait pour lutter contre la marginalisation.
Dernière remarque, les femmes africaines étaient nettement moins représentées, puisque cinq intervenantes seulement (sur une cinquantaine) étaient originaires d’Afrique, dont deux exerçant leur activité dans leur pays. Selon les organisateurs, les Africaines n’auraient pu, " pour des raisons logistiques, répondre à l'invitation ". Une absence parfois mal vécue par certaines participantes et sans aucun doute dommageable pour offrir un tableau réussi de la diversité. Pourra t-on en effet parler d’une communauté féminine noire internationale, comme semblait le vouloir ce congrès, en dépit des différences notoires et du décalage entre les femmes du Sud et celles du Nord ? Autre question soulevée par ce forum, est-ce qu’être femme et noire suffit à créer un lien suffisament fort pour faire émerger un lobby international ?
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