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« Les pathologies potentiellement liées à l'environnement sont une réalité. » En ouverture du premier salon Santé Environnement, qui se tenait à Montreuil les 15, 16 et 17 mai dernier, Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, confirme la prise de conscience des pouvoirs publics. « Pour la première fois, la question a été mis à l'ordre du jour du G8 de l'Environnement. » Désormais, le fait est reconnu et étudié : notre environnement influence notre état de santé. Logique, donc, d'y consacrer un salon où experts et chercheurs ont exposé au grand public l'état des connaissances scientifiques en la matière, une première en Europe. Pesticides, pollution de l'air intérieur, obésité, nanoparticules, ondes électro-magnétiques, pollution atmosphérique... Les scientifiques des grands centres de recherche français ont tenté de décortiquer ces sujets controversés et porteurs d'inquiétudes, sur les trois jours de conférences. Les dirigeants de l'Inserm, l’Inra et l’Afssa se sont donc félicités de cette première rencontre entre public et sphère scientifique sur le sujet. Une rencontre à portée pédagogique avant tout, avec quelques visites scolaires organisées le vendredi, et de nombreux stands d'informations et d'explications ludiques installés dans l'espace Paris-Est de Montreuil. Les conférences ont fait la part belle à la vulgarisation scientifique, avec des intervenants triés sur le volet, visiblement soucieux de se faire comprendre de tous. Les quelques visiteurs désireux de parfaire leur culture y auront donc sans doute pas trouvé leur compte. Quant à ceux qui attendaient un débat animé et contradictoire, ils seront rentrés déçus. Des propos parfois consensuels, sans débat contradictoire Car pour des sujets si sensibles dans les discours scientifiques et politiques ambiants, certains propos ont été pour le moins consensuels. A commencer par ceux de Valérie Baduel, directrice générale adjointe de l'Afssa, en clôture d'une table ronde sur les pesticides, qui rapporte les résultats des Etudes de l'Alimentation Totale (ETA) menées par l'Agence, et conclue que « sur plus de 200 produits étudiés, 58% contiennent au moins un résidu de pesticide, mais à dose 10 à 100 fois inférieure aux limites maximales autorisées » fixées par la réglementation européenne (voir article lié). Autrement dit, pas de crainte à avoir. Pourtant, ses prédécesseurs, Philippe Lucas, directeur de recherche à l'Inra, et Bernard Jegou, président du conseil scientifique de l'Inserm, viennent d'expliquer pendant près d'une heure que les études d'évaluation de la toxicité donnent pour l'instant des résultats variés et incertains. En somme, la sphère scientifique n'est pas en mesure de garantir l'innocuité des pesticides. Dans la salle, Danielle Gadeau, membre de l'association Parus's, qui lutte contre l'utilisation irréfléchie des pesticides, trépigne sur sa chaise. Mais elle ne peut pas prendre la parole : le temps de la discussion est déjà dépassé. En aparté, elle s'offusquera néanmoins d'entendre « toujours ce même discours de la part de l'Afssa, alors qu'on manque de toxicologues et d'éco-toxicologues pour avoir des données réellement fiables sur lesquelles s'appuyer. » Le lendemain, la table ronde sur les rayonnements laisse une fois de plus sur sa faim. Après une intervention instructive de Jean-Pierre Césarini, photobiologiste retraité de l'Inserm, sur les effets néfastes des ultra-violets, deux experts en matière de champs et d'ondes électromagnétiques prennent la parole. La première, Martine Souques, du centre d'étude médicale d'EDF, assure que, « d'après les recherches expérimentales le champ magnétique n'a aucun effet sur la santé. » Elle rappelle néanmoins que les études épidémiologiques mettent en évidence une faible hausse statistique du risque de leucémie chez les enfants soumis à une exposition moyenne supérieure à 0,4 microTesla. Soit environ la dose reçue lorsqu'on utilise un sèche-cheveux plus de vingt minutes. Quoi qu'il en soit, elle ne manque pas de souligner que « d'après l'OMS, il n'existe aucun mécanisme accepté établissant un lien » entre champ magnétique et cancer. De quoi enrager quelques célèbres lanceurs d'alerte. Vient ensuite Bernard Veyret, chercheur au CNRS et membre du conseil scientifique de Bouygues Telecom, qui assure l'innocuité des ondes émises par les téléphones portables, citant lui aussi les conclusions de l'OMS sur le sujet. Face à ces deux discours exagérément rassurants, la question de l'indépendance des experts brûle les lèvres. Quoi qu'il en soit, le maître-mot fut celui du « risque » dont la définition n'a cessé d'être répété par les intervenants : « il est la résultante d'une exposition à un danger ». Autrement dit, rien ne sert de craindre ce à quoi vous n'êtes pas exposés. Car c'est bien là tout l'enjeu des recherches - déterminer les risques -, mais également celui des pouvoirs publics : agir en fonction du risque ou de la perception de celui-ci par la population ? Pour l'heure, le savoir scientifique reste bien incomplet sur certains sujets, y compris sur les pesticides et ondes électromagnétiques. Des lacunes notamment dues à la difficulté d'isoler un facteur dans un environnement où les expositions se multiplient et s'accumulent. Difficile donc de se faire une idée des risques encourus.
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