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Parcours difficiles pour les films d'environnement

Planète \Arts

Publié le 19-11-2008



Malgré l'intérêt grandissant des citoyens pour les questions d'écologie, les films d'environnement indépendants restent confidentiels. Souvent militants, ils ne trouvent pas leur place dans le cinéma, notamment en France, où les réalisateurs peinent à obtenir des financements.

« On a choisi 89 films, mais on aurait pu en proposer le double ». Myriam Gast-Loup, programmatrice coordinatrice du Festival international du film d’environnement*, qui ouvre ses portes aujourd’hui à Paris, témoigne de la quantité de films disponibles sur le marché. Peu d’entre eux trouvent des moyens d’être distribués dans les salles de cinéma ou sur les chaînes de télévision. Selon Jean-François Camilleri, président de DisneyNature, label du groupe Disney dédié aux films animaliers grand public, « l’environnement doit avoir sa place à part entière dans le cinéma ». C’est encore loin d’être le cas.

Les questions d’environnement et de développement durable se sont popularisées depuis quelques années. On pourrait penser que le cinéma, reflet de la société, aurait suivi. Malheureusement pas. A part les documentaires animaliers très grand public, le cinéma d’environnement reste confidentiel. Si les réalisateurs redoublent de projets, les films engagés passent difficilement la porte des producteurs. « Pour commencer, on ne filme pas un documentaire militant de la même façon qu’une fiction grand public » précise Marie-Pierre Cabello, présidente et fondatrice de la Société européenne des réalisateurs d’environnement (SERE). « Les sciences sont en perpétuel mouvement, donc ce qui était bon hier ne l’est plus aujourd’hui ». Ensuite, le secteur, comme beaucoup d’autres, est victime de la crise, et il est de plus en plus difficile de trouver un financement.

De grandes difficultés de financement

Trouver un financement, c’est trouver un distributeur. Les réalisateurs “conventionnels” se tournent vers les cinémas et les chaînes de télévision. Le problème des réalisateurs de films d’environnement, c’est le format de leurs productions. Sans même se préoccuper du sujet, les distributeurs refusent régulièrement leurs projets, car il ne “rentrent” pas dans les catégories prédéfinies. « Les documentaires télévisés sont commandés par les chaînes elles-mêmes. Les cinémas refusent souvent les productions au format documentaire. Et, dans les grilles télé, il n’y a pas de case pour les documentaires cinématographiques » explique Vladimir Kokh, gérant de KMBO, qui a distribué « Notre pain quotidien » en France. Un vrai casse tête, donc, pour les réalisateurs.

Il va sans dire que le fond des sujets abordés dérange parfois. On ne s’étonne pas, par exemple, que le film « Téléphonie mobile : sommes nous tous des cobayes ? » de Joaquina Ferreira, qui dénonce les risques cancérogènes liés à l’utilisation de téléphones portables, ait été refusé par TF1, filiale du groupe Bouygues, qui possède Bouygues Télécom. Plus simplement, les thèmes sont souvent mal compris par les distributeurs. Marc Obéron, gérant de LDM production, a produit « Huit », une série de courts métrages de fiction réalisés par huit grands noms du cinéma. Chaque film aborde l’un des huit « Objectifs du millénaire pour le développement » des Nations unies. « On pensait avoir beaucoup de facilité pour trouver des financements avec notre affiche. Ça a été l’inverse. Le film n’intéressait personne quand on a lancé le projet en 2003 ».

Des films trop confidentiels pour être rentables

Mais c’est là une caractéristique typiquement hexagonale. En Europe, les films d’environnement engagés ont un retour plutôt positif. « Le cauchemar de Darwin », « Notre pain quotidien » et « We feed the world », trois des longs métrages les plus connus, ont été réalisés en Autriche. « Beaucoup des films documentaires qui passent sur les télévisions français ne sont pas produits en France » précise Vladimir Kokh. Et pour cause : les réalisations des pays nordiques, de l’Allemagne, de l’Autriche et d’autres sont quasi exclusivement financés par des institutions. En France, le système est plus chaotique. Certes, les institutions et les régions financent certains projets, des chaînes comme Arte (« Le monde selon Monsanto » de Marie-Monique Robin) ou plus rarement Canal + (« Nos enfants nous accuseront » de Jean-Paul Jaud) investissent également. Mais la distribution reste trop souvent confidentielle.

Le succès inattendu de certains films, dont « Le cauchemar de Darwin » et « Une vérité qui dérange » d’Al Gore, ne motive-il pas les distributeurs ? Pas en France : « le public français préfère encore voir des fictions que des documentaires » regrette Vladimir Kokh. Ce qui explique peut-être que le film « La 11e heure » de Leonardo di Caprio ne soit pas sorti en salle en France, malgré sa médiatisation mondiale. « C’est frustrant de devoir batailler pour se faire entendre » avoue Marc Obéron, qui a finalement trouvé pour son film des aides financières auprès de gouvernements de pays européens, mais cherche toujours un distributeur. Des films comme « Nos enfants nous accuseront » ou « Alerte à Babylone » de Jean Druon touchent les citoyens et ont aussi pour but de les sensibiliser à l’évolution de l’environnement. Mais « ces films sont beaucoup plus “fragiles” et ne sont pas tous destinés aux salles » souligne Myriam Gast-Loup.

* du 19 au 25 novembre au cinéma La Pagode, Paris 7e. 

Rouba Naaman
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