|
Le PNUD en avait fait un enjeu historique, mais les représentants des pays occidentaux présents au sommet du Millénaire semblent en avoir décidé autrement. Malgré les chiffres accablants sur le gouffre qui sépare pays pauvres et riches, aucune décision ferme n’a été prise pour favoriser le développement des états les moins avancés. Seules trois points figurent dans le document final du sommet, s’ajoutant aux promesses faites lors du G8 qui s’est tenu cet été. L’une d’elle n’est que la réitération d’une injonction faite aux pays occidentaux depuis plusieurs années : consacrer, d’ici 2015, 0,7% de leur PNB à l’aide internationale au développement. Actuellement, la France y consacre 0, 42%, les Etats-Unis 0,16 % et le Japon, 0,19 %. En 2003, les pays riches consacraient, en moyenne, 0,25 % de leurs revenus à l’aide, soit environ 50 milliards de dollars. Or, estimés à 135 milliards, les objectifs du millénaire reposent sur l’engagement des pays riches à leur octroyer 0,7% de leur PIB et à annuler la dette des pays pauvres…Ce qui est loin d’être le cas. Quand aux deux autres points figurant dans le texte final des Nations-Unies, ils laissent perplexe tant leur contenu reste purement déclaratif : « mettre en œuvre d’ici 2006 des stratégies nationales de développement afin de réaliser les objectifs de réduction de la pauvreté, y compris les Objectifs de développement du Millénaire » et « remplir tous les engagements pris aux termes des conventions de l'Onu sur le réchauffement climatique et autres accords internationaux, y compris, pour beaucoup d'entre nous, le protocole de Kyoto». Certes, l’initiative française visant à taxer les billets d’avion des vols internationaux pour réunir des fonds dédiés au développement semble avoir rallié un certains nombre de pays (70), mais les contours de ce projet restent flous, tant sur la forme que le nombre réel de futurs signataires. La fin des subventions agricoles ?
Au final, la déclaration de Georges Bush était peut-être la plus attendue par les pays en développement. Le président américain s’est dit en effet « prêt à éliminer toutes les barrières douanières, les subventions et autres obstacles pour libérer les flux des biens et services au fur et à mesure que d'autres pays en feront de même". Interpellant les états européens, il leur a demandé de " travailler ensemble pour éliminer les subventions agricoles qui perturbent les relations commerciales et ralentissent le développement." En clair, les Etats-Unis s’engageraient dans un processus de démantèlement des subventions agricoles si l’Europe en faisant autant. C’est également ce que réclame le PNUD, qui, dans son rapport sur les OMD, souligne que « plus que l’aide au développement, l’accès équitable aux échanges mondiaux constitue le premier potentiel de développement ». En continuant à subventionner lourdement leur agriculture, les pays occidentaux s’accaparent de fait des marchés entiers, empêchant les producteurs des pays pauvres d’exporter leurs produits. Ce système « injuste et hypocrite » est incompatible avec les engagements des pays riches pour le Millénaire, a rappelé en substance le PNUD, qui demande que le prochain sommet de l’OMC, prévu en décembre 2005, permette de donner aux pays en développement « une part équitable de la prospérité mondiale ». Pour l’heure, Tony Blair s’est déclaré favorable à l’idée de mettre fin aux subventions à l’exportation d’ici 2010. Moins ferme, la France propose un « moratoire sur les subventions agricoles exportées en Afrique ». Censée marquer un tournant dans la poursuite des ODM, l’année 2005 s’avère n’être qu’une étape décevante pour le développement. « La projection pour 2015 lance un avertissement sans équivoque, souligne le rapport du PNUD. Pour parler franchement, le monde se dirige tout droit vers une catastrophe annoncée au niveau du développement humain, dont les coûts se compteront en décès évitables, en enfants non scolarisés et en occasions de réduire la pauvreté ». Non tenues depuis cinq ans, les promesses des pays occidentaux risquent de ne pas l’être davantage dans les 10 années à venir. Le rendez-vous de 2015 peut-il encore avoir lieu ?
|