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Menaces sur la biodiversité

Du 24 au 28 janvier se tient à Paris la conférence internationale « Biodiversité : science et gouvernance ». Organisée par l'Unesco à la demande du gouvernement, elle réunit experts scientifiques, responsables politiques, dirigeants d'entreprises et ONG pour dresser un état des lieux à travers le monde et évaluer les démarches de protection de la biodiversité. Les organisations écologistes tiennent de leur côté un agenda parallèle proposant expositions, débats publics et pétition en ligne.

Si les connaissances en matière de biodiversité mondiale sont encore très partielles, une chose est sûre : son érosion continue. Selon Robert Barbault, directeur du département écologie au Muséum d'histoire naturelle, la planète traverse aujourd'hui la sixième grande crise d'extinction des espèces depuis le début de la vie sur terre il y a 3,8 milliards d'années. Alors que les cinq crises précédentes se sont étalées sur des milliers d'années, la crise actuelle "se compte en dizaines d'années ou en siècles, mettant la capacité d'adaptation des espèces à rude épreuve », souligne –t-il. Selon l’UICN (l'Union mondiale pour la nature, qui réunit états, ONG et entreprises) 15.589 espèces courent un risque d'extinction, soit un mammifère sur quatre, un oiseau sur huit et un amphibien sur trois. Et, conséquence directe de l’exploitation des forêts, l’éléphant est particulièrement menacé –de 3 millions au début du siècle, leur nombre est passé à 400 000 aujourd’hui. L’ours et le loup, eux, ne comptent déjà plus que quelques spécimens. Outre l’aspect dramatique, en soi, de la disparition de grands mammifères, l’érosion de cette biodiversité a des conséquences importantes pour la survie de la planète et de l’être humain. D’où la nécessité de comprendre comment sauver le plus d’espèces possibles et comment préserver la stabilité des éco-systèmes, pour assurer leur résistance aux agressions extérieures. A l’heure actuelle, deux grands textes internationaux ont été adoptés : la Convention sur la Diversité Biologique (CDB, 1992) et la Convention CITES (Commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction). La première est un accord mondial sur la conservation et l'utilisation durable de la diversité biologique : les 175 pays signataires s’engagent à développer des stratégies et des plans d'action nationaux concernant la biodiversité, et doivent la prendre en compte dans les secteurs tels que l'agriculture, la pêche, l'énergie et le transport. Cette Convention a créé un forum  où gouvernements, ONG, scientifiques et secteur privé partagent leurs analyses. La Convention CITES signée par 166 états, protège 32 000 espèces (5000 animales et 28 000 végétales) en rendant leur exploitation illégale. Parmi elles : les grands singes, le panda géant, le rhinocéros, les grandes baleines, les grands félins, de nombreux rapaces, faisans, perroquets, des tortues marines, certaines espèces de crocodiles,etc. Enfin, la perte de la biodiversité concerne aussi celle des sols : un m2 de sol de forêt peut en effet abriter 1000 espèces, dont chacune remplit une fonction essentielle pour la survie de l’éco-système…

Timides ambitions ?

L’origine humaine de l’extinction des espèces et des écosystèmes ne fait aucun doute pour la grande majorité des scientifiques. L’exploitation – parfois illégale- des forêts tropicales et primaires, l’extraction des ressources minières, pétrolières et gazières, l’activité cimentière, l’industrialisation et l’agriculture intensive sont largement responsables de cette érosion. La conférence s’est fixée, à cet égard, l’objectif de « prendre en compte les enjeux de la biodiversité dans les stratégies et les politiques des entreprises ». « Le résultat attendu est un engagement volontaire des entreprises en faveur d’un partage équitable des bénéfices issus de ressources vivantes, avec en particulier les populations locales et un code de bonnes pratiques », indique le communiqué du Ministère de la recherche. Des ambitions trop timides pour les ONG, qui dès l’ouverture de la conférence, ont exprimé à l’instar de Greenpeace leur « profonde inquiétude sur la réalité des actes posés pour enrayer la destruction de la biodiversité planétaire (…) Si l’ensemble des intervenants a reconnu la gravité de la destruction de la biodiversité et l’absolue nécessité d’agir au plus vite, il y a loin entre le diagnostic et les actes. Le discours attendu du Président Chirac sur la politique française en matière de biodiversité rappelle de nombreuses mesures promises depuis des années mais pose peu d’actes concrets autres que de nouvelles structures, comité des sages, observatoire… », déplore déjà le chargé de campagne forêts de Greenpeace, qui, avec les Amis de la Terre, organisent cette semaine des manifestations parallèles sur le thème « Biodiversité, pillages et corruption », axé sur la question des forêts tropicales. Les ONG publient par ailleurs un texte en ligne présentant « les 10 mesures pour contribuer à sauver les forêts tropicales ».

Véronique Smée
Mis en ligne le : 24/01/2005
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