Le printemps des salons DD
Cette saison, les salons fleurissent autour de la Semaine du développement durable (du 1er au 7 avril 2008), dont le thème est consacré cette année à la consommation. Professionnels, grand public ou les deux à la fois, ces nouveaux salons veulent dépasser le cadre des initiés.
« La phase de sensibilisation est derrière nous. Nicolas Hulot et le Grenelle ont été déclencheurs. Maintenant est venu le moment de passer à l’action », indique Cécile Colonna, directrice du salon Produrable (2 et 3 avril, Espace Grande Arche, Paris-La Défense).
Ce nouveau venu dans les salons professionnels veut faire déborder du cadre des initiés la problématique développement durable, en intégrant PME, organisations publiques et privées, afin de généraliser les démarches. Ainsi ses conférences et plénières ont une vocation plus vulgarisatrice que celles du FEDERE, rencontre désormais installée des décideurs du DD (27 et 28 mars à la Maison de la Chimie à Paris) organisée par Les Echos depuis 7 ans.
Produrable aborde quant à lui les enjeux par secteur et par métier dans ses tables-rondes, ainsi que des problématiques transversales comme la biodiversité ou l’implication des PME. Les cas pratiques sont abordés par des témoignages d’entreprises sur le recrutement, le conseil en management, la gestion des risques, le bâtiment ou encore la communication durable.
Le boom des éco-technologies
Autre nouveau venu : le Salon de l’Environnement et des Métiers Durables (SEMD) , qui aura lieu un peu plus tard dans la saison (du 12 au 14 juin au Palais Brongniart, à Paris) avec une vocation plus technologique, centrée sur l’innovation environnementale. Beaucoup plus restreint que le grand salon de référence qu’est Pollutec, le SEMD se veut un « éco-parc » de solutions économiquement et écologiquement viables. Les organisateurs ont fait appel à des incubateurs publics et au leveur de fonds Chausson Finance pour valider cette sélection. Valoriser son toit par les énergies renouvelables, récupérer l’eau de pluie, filtrer ses effluents par les plantes plutôt que par une station d’épuration, isolants naturels et outils de management environnemental… « Le salon est une boîte à outil pour réduire ses émissions de carbone et son empreinte écologique » indique Arthur Cornez, organisateur. Une centaine d’exposants seront présents, sur huit secteurs d’activité, de la start-up aux gros industriels comme Suez. Dix-sept conférences complèteront les démonstrations. « Depuis que les pôles de compétitivité ont été lancés, nous nous sommes rendus compte qu’une vingtaine sur soixante étaient liés au DD » remarque Arthur Cornez, ce qu’il interprète comme « une demande de rapprochement des savoir-faire pour croître positivement. »
Dans le même esprit et pratiquement en même temps, se déroulera à Lille le salon Environord (du 10 au 12 juin au Grand Palais, Parc des Expositions) avec 150 exposants de la région, qui compte 500 éco-entreprises et une soixantaine de laboratoires sur ce thème. Il a reçu quatre mille visiteurs en 2007, en provenance pour partie, du congrès parallèle : « Eco-technologies pour le futur ». Spécificité du SEMD, au cœur de Paris : il sera ouvert gratuitement au grand public le samedi 14 juin.
Le grand public aussi
Mais pour la première fois cette année, un salon spécialement conçu pour le grand public s’attachera à décliner de manière concrète le concept de DD dans la consommation, thème de la semaine du DD 2008. Du 10 au 13 avril, à Paris (Porte de Versailles) le salon Planète Durable se veut la vitrine de toutes les offres de produits et services à plus-value environnementale et sociale. Planète Lab, la société organisatrice, est partie du constat que « 81% des consommateurs sont prêts à acheter des produits respectueux de l’environnement et [que] 53% ne savent pas comment faire le premier pas pour lutter contre le réchauffement de la planète, la pollution et la perte de biodiversité ».
Les Salons Marjolaine et Vivre Autrement, pour les adeptes du bio, existent depuis longtemps mais avec des offres qui ne se trouvent parfois qu’exclusivement sur ces salons. Leurs exposants vont souvent jusqu’au bout de la démarche environnementale et ne touchent qu’une population limitée d’engagés. Impossible d’y trouver des constructeurs automobiles par exemple, alors que Peugeot et BMW et Smart seront sur Planète Durable avec leur modèle éligible au bonus écologique du ministère de l’Ecologie. « Nous privilégions un large public, qui s’interroge suite au Grenelle et au film d’Al Gore et qui commence à s’interroger sur le sujet», explique Jacques Fath, organisateur du salon. Cent dix entreprises, de tous les secteurs, seront présentes Porte de Versailles, de la finance solidaire à la grande distribution en passant par les cosmétiques. Les produits qu’elles présentent sont trouvables facilement dans le commerce et sont passés au filtre d’un comité d’éthique (dont fait partie Novethic, avec FNE, le Comité 21, les cabinets Ernst & Young et Utopies et l’association Mouvement Vraiment Durable). Une "charte exposants" de 50 critères (à 70% environnementaux et 30% sociaux) a été distribuée ainsi qu'un questionnaire permettant aux exposants de s'évaluer par rapport à ces critères.
Enfin, comme il se doit, les organisateurs ont cherché à réduire l'impact de leurs manifestations. Compensation CO2, matériaux moins polluants, partenariat de co-voiturage pour les visiteurs de Planète durable... En mobilisant le peu d'offre existante, ces nouveaux salons contribueront peut-être à faire évoluer le marché français de l'événementiel, à la traîne par rapport à l'Allemagne.