|
Organisée à partir de quatre axes, - Que fait-on des déchets radioactifs ? Où sont-ils retraités ? Quels sont les risques pour la santé humaine et l’environnement ? Quels choix possibles pour demain ?-, l’exposition réunit textes, objets, photos et documentaires sous un angle concret, montrant l’existence du nucléaire dans notre quotidien. Car les déchets radioactifs sont là, pour longtemps, sans qu’on ne les voit…L’exposition fait donc le pari d’apporter aux visiteurs les informations nécessaires afin qu’ils puissent se forger une opinion sur le sujet et participer, le cas échéant, au débat public qui se tiendra à la Cité des sciences les 1er, 8 et 22 octobre prochains. « C’est un sujet difficile, qui fait peur parce qu’il reste technique et abstrait, souligne le président de la Cité des sciences, Jean-François Hébert. L’exposition a été construite avec l’ambition de donner à voir ». Les organisateurs ont gardé à l’esprit la méfiance des Français vis-à-vis du nucléaire : 66% d’entre eux estiment en effet qu’on ne leur dit pas la vérité sur les déchets nucléaires et 76,6 % sur les retombées de Tchernobyl en France. D’où le choix d’une approche « sans tabous et qui n’évacue pas les questions qui fâchent », souligne le responsable de l’exposition Alain Lebage. Il est vrai que l’exposition laisse la parole aux « pro» comme aux « anti » nucléaire. Les textes ont été validés aussi bien par Areva que par Greenpeace, les points de discorde entre experts sur les risques cancérigènes sont également relatés. De même, les visiteurs pourront apprendre que la définition d’un déchet radioactif elle-même fait l’objet de controverses, la France n’ayant pas la même que celle d’autres pays… « En France, un certain nombre de matières radioactives potentiellement dangereuses ne sont pas considérées comme des déchets car on envisage de les réutiliser à long terme (…) Une distinction à l’origine d’une politique de gestion des déchets qui ne fait pas l’unanimité parmi les experts français », peut-on lire en introduction de l’exposition. La question des risques et des incertitudes est également présente. « Nous avons choisi d’informer le public en l’état actuel de nos méconnaissances, ironise Alain Lebage. Nous savons qu’il reste des zones d’ombre sur les effets physiologiques de la radioactivité, sur la dispersion dans l’environnement. Ce sont des questions ouvertes ». Un des textes de l’exposition souligne ainsi que « certains déchets peuvent être radioactifs pendant des centaines de milliers d’années. Nul ne peut prédire que, sur une telle échelle de temps, les déchets se comporteront comme on l’avait imaginé. » Si l’exposition ne prend pas parti, elle n’évite pas les conflits : le visiteur pourra voir que les mesures de radioactivités ne donnent pas les mêmes résultats selon qu’elles sont prises par la Cogema ou par la CRII-RAD ! De même, l’exposition n’oublie pas de mentionner la victoire de Greenpeace contre Areva lors du procès que l’ONG lui a intenté pour avoir retraité des déchets importés illégalement d’Australie. Censure et secret défense
Rappelons qu’en 2006, le gouvernement présentera un projet de loi sur la gestion des déchets radioactifs, après la période de 15 années de recherches instaurée par la loi Bataille de 1991 pour trancher la question. Mais d’ores et déjà, le projet d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Haute-Marne) fait l’objet d’un mouvement de protestation, lancé par le Réseau Sortir du Nucléaire et l’association «Bure-Stop » .6000 manifestants étaient ainsi réunis samedi 24 septembre à Bar-le-Duc (Meuse), localité où est actuellement en construction le laboratoire de l’Andra (agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) sur le stockage en profondeur des déchets radioactifs, pour demander, notamment, la tenue d’un référendum local sur cette question. De leur côté, Agir pour l'Environnement, les Amis de la Terre, France Nature Environnement, le WWF et Greenpeace ont dénoncé, dans un premier temps, la teneur des premiers débats publics qui se sont tenus depuis le 12 septembre à Bar-Le–Duc et à Cherbourg notamment. Si elles ne remettent pas en cause le débat public lui-même, les ONG accusent en revanche le gouvernement d’avoir classé, en août 2003, toute information relative aux matières nucléaires « secret défense », limitant ainsi la crédibilité et la transparence du débat public actuel. Dans une lettre adressée au Premier ministre, les ONG ont fait état de la « frustration » engendrée par le débat public, qui ne répond pas aux questions touchant les risques d’attaques terroristes sur les installations nucléaires, ainsi que le niveau de résistance du futur réacteur EPR à la chute d’un avion de ligne – questions qui, en revanche, sont abordées dans l’exposition-. Depuis, une réunion arbitrée par la Commission nationale du débat public a rassemblé le haut fonctionnaire auteur du décret sur le secret défense, la direction de la sûreté nucléaire, EDF, et les ONG. Celles-ci ont déclaré avoir "enregistré plusieurs avancées, montrant une volonté de la CNDP de rendre possibles les échanges" qu'elles demandaient. Elles ont donc annoncé qu'elles "s'estiment en mesure de reprendre leur participation au débat public".
|