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12 artistes, anglo-saxons en majorité, ont accepté de jouer le jeu en participant à un échange d'un genre nouveau : dialoguer d'une part avec les acteurs économiques sur le thème de la responsabilité sociale des entreprises et du développement durable, et envisager d'autre part les contours d'une collaboration avec les ONG. Dans cette mouvance d'artistes engagés -à des degrés divers- dans le développement durable, les thématiques récurrentes portent sur le réchauffement climatique, la pollution, les déchets, mais aussi les excès de nos modes de consommation, la répartition des ressources, les discriminations, la corruption... Autant de sujets qui concernent directement les entreprises, même, si au final, les artistes savent que les citoyens constituent leur public bien avant les entreprises et la communauté économique. A titre d'exemple, le français Nicolas Milhé a choisi de travailler essentiellement sur la responsabilisation du public en le " mettant devant le fait accompli " sur des sujets comme l'amiante ou la corruption internationale - il a établi dans son œuvre intitulée " Paradis " une cartographie des 74 paradis fiscaux existants dans le monde, réunis en archipel fictif dans l'océan. Bien que se définissant comme favorable à une collaboration tripartite ONG -artistes-entreprises-, le collectif anglais Plateform accepte uniquement de travailler avec les salariés de l'entreprise, mais certainement pas avec l'entreprise elle-même. Plateform organise, sous forme de performance, des " visites guidées " de la City le jour où des sociétés du secteur pétrolier comme BP ou Shell rendent leurs résultats trimestriels, avec pour but de démontrer qu'il est " structurellement impossible, pour ce secteur, de faire du développement durable ". " BP et Shell représentent 5% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, c'est à dire plus que le Royaume-Uni dans son ensemble, rappelle le représentant de Plateform. Ces entreprises gèrent leur risque, et non celui qu'ils font peser sur l'environnement ". Daniel Pflumm, plasticien allemand, est sur la même ligne, estimant qu'il est " naïf de penser qu'un artiste peut travailler avec l'industrie (...) Je conçois ma profession de la manière suivante : ma plus grande responsabilité consiste à rester humain, et non à remplir une fonction (...) J'accorde cependant une grand importance à la discussion car je la considère comme faisant pleinement partie de mon travail ", explique-t-il. Enfin, les YES MEN, connus pour leurs performances plagiant l'OMC, ont quand à eux ironisé sur le concept de développement durable, sur les ONG collaboratives comme le WWF (" qui ont des partenariats avec les entreprises durables et rentables "), et, fidèles à leur image d'activistes, ont terminé leur performance sur la critique, à la fois humoristique et incisive, de la conférence et donc de Novethic... Un moyen d'agir face à l'urgence écologique A l'opposé de cette conception du rôle de l'artiste, le peintre américain Alexis Rochkman revendique dans son travail la " promotion de changements radicaux dans la politique environnementale, d'alternatives et de changements de valeurs ", reposant sur une action pédagogique, voire prosélyte, qui confronte histoire naturelle et histoire humaine, met en exergue l'ambivalence de l'individu avec ce qu'il appelle " son contrat biologique ". La collaboration avec les entreprises et les ONG constitue pour Alexis Rochkman, sans ambiguïté, un moyen d'agir face à l'urgence écologique. Une conception également partagée par l'anglais Peter Fend, plasticien, exposé au Palais de Tokyo l'an passé avec son projet "Global warming - Global terror" . Il voit dans la France le " laboratoire de cette combinaison artistes -entreprises -ONG. L'artiste est une partie prenante, qui peut faire prendre des engagements aux entreprises au même titre que les ONG ", souligne-t-il. Ouvert à une collaboration avec les entreprises, Peter Fend rappelle cependant que " cette idée laisse en suspens la question essentielle des droits légaux, des compensations, des contrats à long terme, et de ce que l'on peut simplement appeler : qui décide ? " Une relation qui reste à définir Les débats qui ont suivi, -animés par Alice Audouin de Novethic-, ont permis de mesurer les enjeux et les intérêts parfois contradictoires des acteurs en présence. Si l'idée que l'artiste est une partie prenante de la RSE peut faire l'objet d'un consensus, la question de son travail avec l'entreprise et les ONG est bien moins évidente. Les entreprises qui ont participé à cet échange défendent de leur côté une conception plus " traditionnelle " du mécénat. Elisabeth Delorme, présidente de la fondation GDF, reconnaît que " l'interpellation des artistes est bienvenue " et que " l'entreprise doit se confronter à d'autres positions que les siennes ", mais qu'elle ne peut , par la nature même de ses intérêts, développer de véritables partenariats avec les artistes. Pour Jacques Hayward de la fondation Véolia, " une entreprise a besoin d'artistes, pas d'une politique culturelle. Les pratiques actuelles de mécénat existent pour leur permettre de s'exprimer " . Dans ce débat, les interventions de chacun ont toutes au moins un point commun : la collaboration ONG -entreprises-artistes est une idée originale et intellectuellement séduisante, mais les contours culturels et économiques de ces partenariats restent entièrement à définir.
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