JO 2018 : bataille juridique autour de la candidature de Munich

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Publié le 12-04-2011

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La tension est vive entre les adversaires et les partisans de la candidature de Munich pour les jeux olympiques d'hiver en 2018. Les opposants au projet viennent en effet d'engager un référendum dont le but est de contester la validité juridique des contrats signés entre les représentants de la ville de Munich et le Comité international olympique (CIO). La démarche peut aboutir.

Les membres de la Commission d’évaluation du CIO venus à Munich examiner la candidature de la ville ne sont pas les bienvenus, c’est le moins que l’on puisse dire. « IOC Go Home », « Intransparent Olympic Catastrophe », « IOC No Thanks », le message scandé par les adversaires à la candidature de Munich sous les fenêtres de la mairie est clair.  Et le « Nein » bavarois tranche avec l’accueil fait il y a plus d’un mois à Pyeongchan, en Corée du sud, un des trois sites candidats avec Annecy (voir article lié), où 2018 personnes sont venues accueillir les membres du CIO sous les airs de « I have a dream » du groupe Abba.
A Munich au contraire, le rêve olympique risque de tourner au cauchemar pour les officiels allemands. Car loin de faire figure d’irréductibles, la parole des opposants pèse particulièrement lourd dans la balance olympique depuis qu’ils ont lancé un référendum mettant en question la validité juridique de la candidature de Munich. Les opposants, regroupés en un comité baptisé « Nolympia », veulent en effet parvenir, via un référendum, à vérifier la légalité des contrats signés entre les représentants de la ville de Munich et de sa région et le CIO. Pour cela, les « Nolympianer » doivent dans un premier temps réunir 1700 signatures d’ici le 6 juillet 2011, date à laquelle le CIO décidera du lieu où se tiendront les jeux olympiques d’hiver de 2018. Or, une première pétition lancée l’été dernier par Ludwig Hartmann, député des Verts au parlement régional de Bavière et membre du comité « Nolympia », a pu recueillir 3000 signatures...

Abus de position dominante

« Le conseil municipal de la ville de Munich et celui de la région de Garmisch-Partenkirchen se sont engagés par voie de contrat à remplir toutes les conditions dictées par le CIO », explique Wolfgang Zängl, porte-parole du Comité « Nolympia ». Et les conditions énumérées dans le Host City Contract, c’est le nom du contrat incriminé, vont très loin, beaucoup trop loin pour les « Nolympianer » qui n’hésitent pas à parler de contrat léonin. De fait, le professeur de droit sportif à l’université de Bayreuth Peter Heermann a formulée une première appréciation du contrat montrant des indications « d’abus de position dominante sur le marché » de la part du CIO. Pour les adversaires des JO à Munich, le CIO utilise sa position dominante pour dicter des conditions faisant fi de la situation économique, écologique et sociale des villes candidates. Et Wolfgang Zängl de citer la longue liste des anciennes villes olympiques se débattant avec les déficits budgétaires, les tensions sociales (notamment lorsque les parcs de logements sociaux ont été vendus pour la construction d’hôtels) ou pour panser les plaies écologiques (construction d’autoroutes dans des parcs naturels par exemple).

Transparence ?

Sur le site officiel du CIO, on peut lire que « les partenaires marketing font partie intégrante de la famille olympique. Le programme de marketing olympique est devenu le moteur de la promotion, de la sécurité financière et de la stabilité du Mouvement olympique ». Et Wolfgang Zängl de s’interroger : « Le CIO désigne habituellement 12 sponsors. Comment, pourquoi, sur quels critères, quid du circuit de financement ? On ne sait pas . Pourtant, ajoute-t-il, il est difficile de faire le lien entre Coca-Cola et Mc Donald’s et le monde sportif, deux sponsors traditionnels des Jeux Olympiques. Pire, souligne-t-il encore, le dernier sponsor retenu par le CIO est Dow Chemical, qui a payé 100 millions de dollars pour la période 2012-2022. Dow Chemical a produit le napalm et l’agent orange pendant la guerre du Vietnam." Interrogé sur ce sponsoring, le CIO a décliné tout commentaire.

Il faut rappeler que le CIO a été classé - avec l’Otan et l’Agence internationale de l’énergie - par l’organisation londonienne One World Trust, spécialisée dans l’examen des politiques de gouvernances des organisations internationales, parmi les organisations les plus opaques du monde. Thomas Kistner, journaliste sportif à la Süddeutsche Zeitung et auteur d’un ouvrage sur la corruption au sein du CIO*, précise que le CIO ne connait pas de politiques de gouvernance comparables à celles appliquées dans le monde de l’entreprise. « Le CIO jouit d’une autonomie qui lui a été attribuée aux grandes heures du sport amateur. Cette situation exceptionnelle n’est plus d’actualité mais elle a permis la transformation des jeux olympiques en une industrie pesant des milliards et qui évolue dans un monde parallèle, où le CIO dicte ses propres règles ». Pour Kistner, cette organisation privée relevant du droit suisse se trouve être de facto une multinationale négociant avec les Etats et organisations au même titre que l’ONU, mais sans mandat diplomatique officiel, et jouit d’un statut lui permettant d’échapper aux conventions internationales et aux lois pénales. Pour Wolfgang Zängl, « le CIO est une structure très rigide - qui ne veut pas d’opposition mais des applaudissements ». Dans ce cas, gageons que les chances de Pyeongchan de sortir vainqueur le 6 juillet prochain ne sont pas mauvaises...


* Thomas Kistner,‚ Jens Weinreich, « Der olympische Sumpf. Die Machenschaften des IOC », Piper verlag.

Claire Stam à Francfort ( Allemagne)
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