Enthousiasme et réflexion au programme du FSE

Planète \Mondialisation

Publié le 14-11-2003

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Outre les multinationales, les institutions internationales font l'objet de nombreux débats au FSE. Si la cible privilégiée des altermondialistes reste l'OMC, le fonctionnement de la Banque Mondiale et du FMI sont vivement critiqués. Pour les militants présents lors du séminaire sur la responsabilité sociale des entreprises, qui s'est déroulé à  L'usine (Saint-Denis) jeudi soir, ces institutions cautionnent les violations des droits fondamentaux en distribuant des fonds publics aux entreprises peu respectueuses de ces droits. " La mondialisation, c'est l'opacification des centres de pouvoir et de décision, affirme d'emblée William Bourdon, avocat de l'association Sherpa, réseau international de juristes qui travaille avec les ONG sur ces questions. Le comportement social et environnemental des entreprises dans les pays du Sud est marqué par le manque de régulation publique de leurs activités internationales ". Venu apporter un témoignage sur les exactions des entreprises en Afrique, le militant camerounais Samuel Nguiffo (Centre pour Environnement et le Développement / Amis de la Terre) renchérit. " Les multinationales sont financées par des fonds publics, ceux de la banque Mondiale et des agences de crédit export , qui sont utilisés pour opérer dans des régions du monde sans droits sociaux et environnementaux. Les pays de l'OCDE savent que les multinationales violent ces droits fondamentaux en toute impunité, souligne -t-il. Une étude menée dans les années 90 a montré que 75% des accidents pétroliers du groupe Shell avaient eu lieu au Nigeria , qui ne représente pourtant que 25% de son activité. Mais ce pays n'ayant fixé aucune norme, il permet aux entreprises d'utiliser des techniques totalement obsolètes ".

Recours possibles en Europe

Les altermondialistes demandent que les grands projets, financés par les fonds publics internationaux engendrent un développement local et bénéficie aux populations. L'oléoduc Tchad-Cameroun, un des plus grands projets en Afrique (financé à hauteur de 4 milliards de dollars), a fait ainsi fait l'objet, durant sa phase préparatoire, de campagnes de mobilisation sur les risques sociaux et environnementaux qu'il comportait. " Au final, comme pour tous les autres projets de ce type,  le Cameroun  n'a bénéficié d'aucun développement. Au contraire, il amène plus de corruption et de pauvreté , dénonce Samuel Nguiffo . Dès lors que les normes sociales et environnementales ne sont pas contraignantes, leur application est aléatoire. C'est au mouvement alternatif qu'il revient de faire pression sur les entreprises. "
Le secteur forestier est lui aussi très décrié. Une plainte a été déposé depuis 2001 contre le groupe papetier français Rougier par les Amis de la Terre et Sherpa, mais l'affaire n'est toujours pas instruite. " Plusieurs de ses filiales exploitent illégalement les forêts camerounaises, affirme Samuel Nguiffo. Rougier a détruit les cultures des paysans, qui ont demandé réparation, mais leur plainte auprès du juge local n'a jamais abouti. Le bois est un des secteurs les plus corrompus, les états se taisent et laissent faire les entreprises. "
Veronica Nelson, qui représente le syndicat TUAC - OCDE  ( il regroupe les syndicats nationaux  des pays membres de l'OCDE), défend l'existence et le rôle des " points de contacts " nationaux de l'OCDE, qui permettent aux syndicats et aux ONG de dénoncer les entreprises dans leur pays d'origine pour des délits commis à l'étranger . "  En Europe, les points de contacts fonctionnent assez bien et aident à résoudre les conflits liés à la responsabilité sociale des entreprises ", assure-t-elle. Avec l'aide des ONG du nord , les populations locales peuvent heureusement parvenir à déposer un dossier auprès de ces instances, même si l'expertise sur ces questions reste complexe.

" Peu d'améliorations "

Les syndicalistes et militants d'ONG,  qu'ils viennent d'Europe , d'Amérique latine ou d'Afrique, sont unanimes : les chartes et les codes de conduite des entreprises ne suffisent pas à garantir leur responsabilité sociale. Pour Iris Mungia, du syndicat Colsiba (Honduras), qui travaille dans le secteur bananier, le danger des codes RSE est de se substituer aux syndicats. " Il arrive que des entreprises affirment appliquer un code et lorsqu'on interroge les ouvriers, ils ne sont même pas au courant de son existence... " observe-t-elle. Même constat pour l'allemande Christiane Schnura, militante de Clean Clothes Campaign, mouvement né dans les années 90 contre les abus sociaux dans le secteur du textile. " Malgré l'existence de cette campagne dans 10 pays européens, nos objectifs n'ont pas été atteints. La situation des employés dans les sweatshops  ne s'est pas beaucoup améliorée, " reconnaît -t-elle. Si cette militante a connu quelques satisfactions, comme la fermeture des usines de la marque Triumph en Asie, elle déplore l'utilisation abusive que font les entreprises des chartes sociales et des codes de conduite qu'elles prétendent appliquer. " Bien souvent, elles font des efforts pendant la durée des campagnes , ensuite, elles reviennent à leur fonctionnement habituel ".
S'il reste encore beaucoup à faire aux militants des droits sociaux et environnementaux, les altermondialistes veulent quoi qu'il en soit rester optimistes, persuadés qu' " une autre entreprise est possible ".

Voir l'article sur le "pacte développement durable" proposé par l'association 4D aux citoyens européens.

Véronique Smée
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