De Bombay à Davos

Planète \Mondialisation

Publié le 22-01-2004

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Manifestation à Bombay
Manifestation à Bombay

Après s'être tenu 3 années de suite à Porto Alegre, le FSM (Forum Social Mondial) s'est déroulé, du 16 au 21 janvier, à Bombay, capitale économique du sous-continent indien.  L'Asie a ainsi représenté la moitié des 76 000 participants inscrits au FSM et, sur les 2 500 organisations présentes, environ 850 étaient indiennes. Cet élargissement à un continent jusqu'ici peu représenté dans le mouvement altermondialiste, ouvre le Forum Social Mondial à d'autres cultures, d'autres luttes et d'autres origines sociales, comme l'a montré le défilé des intouchables indiens lors de l'ouverture du Forum. Cette diversité et cet éclectisme des revendications posent néanmoins un problème majeur aux " alters ", et donnent aux tenants de la mondialisation libérale des arguments contre la faisabilité d'un " autre monde ". Si, lors du Sommet de l'OMC, des mesures concrètes ont été revendiquées par les pays du Sud (" le groupe des 22 "), le mouvement altermondialiste éprouve de sérieuses difficultés à aller au-delà de la contestation et de sa fonction tribunitienne, au demeurant nécessaire. " Lieu de rencontre qui favorise les débats d'idées, la formulation de solutions, d'alternatives et de pistes d'action ", selon sa propre définition, le FSM est sans doute victime de son succès, de son ampleur et in fine, de la divergence des intérêts qu'il exprime. Lancé au départ comme un contre-sommet à celui de Davos, le FSM a désormais son propre " contre-sommet ", intitulé cette année " Bombay Resistance " et s'inscrivant dans la lutte contre l'impérialisme américain et le néo-libéralisme, ses organisateurs et participants ayant estimé que le FSM était trop réformateur et pas assez radical dans ses positions.

Poursuivre les alliances Nord Sud

Joseph Stiglitz présent à Bombay et à Davos
Seule "passerelle" entre le FSM et le FEO :  le Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, venu à Bombay pour s'opposer à la manière dont les institutions internationales contraignent les pays pauvres à libéraliser leur économie. L'économiste américain, ancien administrateur de la Banque mondiale, se joint ainsi à ceux qui reprochent au FMI et à la Banque mondiale de ne pas se préoccuper des ingalités, de la précarité, des systèmes de retraite, de l'accès à l'éducation ou à la santé pour les plus pauvres. A Davos, Stiglitz fera aux "global leaders" une conférence sur la "mondialisation éthique."


Comment construire un message cohérent en tenant compte de la grande diversité des luttes exprimées par les associations, ONG, mouvements syndicalistes, minorités, etc ? Forum après Forum, la question se pose avec de plus en plus d'acuité et appelle des réponses précises, au risque, peut-être, de décevoir d'immenses espoirs. Pour beaucoup d'organisateurs, le FSM constitue avant tout un " facilitateur " de débats et d'échanges, et non une instance chargée de prendre des décisions communes. " Si on enferme tout le monde dans une pensée unique, même de gauche, on n'y arrivera pas. Les gens n'accepteront pas de venir, moins encore de discuter ", expliquait Chico Whitacker, membre du secrétariat international du Forum social mondial, dans le courriel d'Attac. Pour l'association française, le Forum social mondial de Bombay s'est déroulé autour de 3 enjeux principaux :  l'élargissement des bases du mouvement altermondialiste, la convergence avec le mouvement anti-guerre et la poursuite d' alliances entre les mouvements du Sud et du Nord après " l'échec réussi " du Sommet de l'OMC. " L'Inde, la Chine, le Brésil, l'Afrique du Sud, et les autres participants au Groupe des 22 né à Cancun (...) refusent un monde hégémonique où le Nord et les institutions financières internationales imposent leurs lois, observe Attac. Ces pays revendiquent toute leur place dans l'économie mondiale. Ils réclament, non sans contradictions, la liberté du commerce pour leurs produits, ce qui n'échappe pas toujours à une logique libérale, mais ils refusent l'hégémonie et la domination du Nord ".
De son côté, le Forum parlementaire mondial, parallèle au FSM,  a rassemblé 200 élus de 30 pays différents et a adopté lundi une déclaration finale proposant d'annuler la dette des pays du Sud et appellant à une mise " sous tutelle d'un arbitrage international " des grandes institutions économiques internationales que sont le FMI, la Banque mondiale et l'OMC.

Relance de l'OMC ?

A Davos, le 33e Forum économique mondial qui s'est ouvert mercredi 21 janvier en présence de plus de 2 000 décideurs du monde économique et politique, est essentiellement consacré à la reconstruction de l'Irak et à la baisse du dollar, mais la relance des négociations de l'OMC mobilisera cependant une trentaine de ministres ainsi que le directeur général de l'OMC, Supachai Panitchpakdi . Les négociations sont en effet stoppées depuis septembre 2003, suite à l'échec du Sommet de Cancun,  où les pays du Sud s'étaient opposés au " dumping agricole " pratiqué à leur encontre par les pays du Nord. Cette " victoire " augure cependant d'un avenir incertain. Car si l'OMC n'est pas relancée, les Etats-Unis pourraient décider de sortir du cadre des accords multilatéraux pour engager des négociations bilatérales avec les pays du Sud, ce qui risquerait d'amoindrir leur positions.

Véronique Smée
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