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C’est ce que l’on appelle une entrée en la matière : des dizaines de moutons et d’agneaux franchissent dans un bêlement tonitruant la Porte de Brandebourg, sous les yeux absolument stupéfaits des nombreux touristes venus contempler le monument-emblème de Berlin. « Mais que se passe-t-il ? » demande cette touriste espagnole. « Il se passe que nous voulons faire passer notre message, à savoir protester contre la disparition de notre métier », lui répond l'éleveur, drapé de sa longue tunique noire traditionnelle. Une image champêtre, certes, mais au contenu politique indéniable. L’Association allemande des bergers fait partie des quelques 230 organisations et associations venues dans le cadre du « Umweltfestival », le festival de l’environnement, qui, au dire de ses initiateurs et organisateurs, Stefan Richter et Leif Miller, se trouve être le plus grand du genre en Europe. De fait, le festival a pris ses quartiers sur l’imposante Avenue du 17 juin qui s’est transformée le temps d’un week-end en une sorte de bivouac écolo géant. Ceci, à quelques encablures seulement des bureaux des parlementaires allemands et du « Kanzleramt », la résidence de l’actuelle chancelière Angela Merkel. Sauront-ils se montrer sensibles au message délivré par les participants ?
Activisme environnemental Toujours est-il que cette quinzième édition du « Umweltfestival », placée cette année sous le thème de la diversité biologique et de la mobilité durable, réunit toute la palette de l’activisme environnemental et durable : du traiteur végétarien bio berlinois au fournisseur national d’électricité « garantie 100% renouvelable », en passant par des constructeurs de deux roues électriques, les « E-Scooter », aux représentants de la finance ISR, tout est là pour persuader les berlinois qu’un mode de vie durable est possible. Dans une démarche similaire à Bertram Späth, propriétaire de l’hôtel zéro émission à Fribourg, l’hôtel Victoria (voir article lié), Stefan Richter, directeur de l’ONG Grüne Liga en charge de l’organisation du festival, explique qu’il s’agit de montrer qu’il est tout à fait possible de modifier nos modes de vie : « Le public peut voir de lui-même. Tout est là, il peut sentir, toucher, mais aussi parler avec des prestataires de services durables, et ca, dans un cadre festif ». Et l’ONG entend forcer l’accent cette année sur les enjeux liés à la diversité biologique, des enjeux qu’elle juge par trop sous-estimés. « La question de la biodiversité est beaucoup plus difficile à cerner, à palper que celle du climat. Et nous voulons rendre ces enjeux palpables aujourd’hui, tout du moins contribuer à provoquer un mouvement de conscience comme ca été le cas avec le climat », poursuit Stefan Richter (voir article lié). Cela commence par la ville de Berlin elle-même, Richter ne doutant pas un instant que sa ville possède une des plus grandes diversités biologiques d’Europe. « Nous menons une campagne par exemple qui motive à verdir les cours des immeubles grâce notamment aux plantes grimpantes. Elles forment des isolant naturels, réduisent les émissions et offrent de bons refuges naturels aux animaux », poursuit l’environnementaliste berlinois.
Marketing vert? Avec plus de 130 000 visiteurs, la formule du « Umweltfestival » sait plaire dans une ville qui soigne jalousement son profil vert tout autant que sa vie nocturne. C’est si vrai que le traditionnel concert de fin de soirée semble bien conventionnel à côté du concept de « green clubbing » mis au point pour la première fois cette année. Cinq clubs, dont le légendaire Tresor dans la Köpernickerstrasse, s’engagent à verser un minimum de 40% des revenus de cette nuit environnementale dans la rénovation énergétique de leurs bâtiments. « Pour être tout à fait franc, nous voyons cela comme un phénomène de marketing des clubs berlinois », concède Falko Müller, de l’ONG CO2-Online, qui encadre le projet. « Cela dit, ce projet permet de toucher et de sensibiliser un public qui ne fréquente pas forcément ce festival. Et tout le bénéfice revient aux établissements concernés : notre organisation leur finance et envoie un conseiller en énergie, et une fois les travaux finis, ils peuvent profiter pleinement des économies d’énergie tout en soignant leurs images d’établissements responsables ». Parallèlement au festival de l’environnement se tient également chaque année la « Sternfahrt », ou parcours de l’étoile, évènement pour lequel des pans entiers de routes et autoroutes entourant Berlin se trouvent fermées à toute circulation automobile pendant trois heures. Toutes convergent vers la Siegessäule, située en bout de l’Avenue du 17 juin, formant alors le dessin d’une grande étoile urbaine. Ce sont au total 19 routes ouvertes aux seules cyclistes, soit près de 250 000 personnes ! Qui connait la densité de la circulation dans des quartiers aussi populaires que Kreuzberg est le premier surpris à ne voir que quelques automobiles circuler. Même si ce n’est que pour une courte durée, la portée du message de Richter prend alors tout son sens : le calme et la tranquillité qui s’empare de la ville pendant l’impressionnant parcours de l’étoile a tout pour convaincre.
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