|
Nicolas Hulot ne boudait pas son plaisir. L’animateur a réussi son pari, celui de « convoquer » 10 candidats à l’élection présidentielle pour leur faire solennellement et publiquement signer un pacte dont les conséquences sur la société –s’il est bien appliqué- devraient être considérables. « Ces signatures ne sont pas l’aboutissement de mon action », s’est empressé de souligner Nicolas Hulot. « Elles constituent un départ, un socle à partir duquel les candidats devront agir ». Et à partir duquel les ONG vont pouvoir peser, aurait-il pu ajouter. Première à passer, Ségolène Royal a promis « de faire de la France le pays de l’excellence environnementale ». La candidate du PS s’est donné comme priorité la lutte contre le changement climatique, au moyen d’un plan ambitieux pour les énergies renouvelables, l’habitat et les transports. "Il va falloir faire des choix difficiles », a-t-elle annoncé. « Je suis prête à faire ces choix car je sais qu'ils sont indispensables". Ségolène Royal s’est par ailleurs engagée, comme la majorité des autres candidats, à mettre en place une taxe carbone, et a annoncé une réforme de la fiscalité écologique. Elle créera le poste de vice 1er ministre chargé du développement durable comme le demande le pacte de Nicolas Hulot. « L’environnement est une opportunité économique et non une contrainte, il permettra de créer de nouveaux services et de nouveaux emplois », a-t-elle ajouté, avant de conclure en affirmant que son programme constitue « un projet alternatif de civilisation ». François Bayrou s’est lui aussi prononcé pour la création d’un poste de vice 1er ministre chargé du développement durable, « indispensable pour conseiller le gouvernement dans ses choix et avoir une vision à long terme ». Le candidat de l’UDF estime par ailleurs que « le réchauffement climatique est une question politique » et que « le président devra avoir l’obsession d’imposer cette préoccupation à la communauté internationale ». Défendant la taxe carbone, il a souligné son rôle « stratégique, permettant à chaque consommateur de s’impliquer », à condition « d’y préparer les citoyens à l’avance ». Enfin, il s’est prononcé pour une agriculture « de qualité », équitable au plan international. « La façon dont nous avons traité l’Afrique en matière agricole est criminel », a-t-il ajouté. Buffet « contre la décroissance » Corinne Lepage (CAP 21) a quand à elle défendu un programme qui, sur certains aspects, va plus loin que le pacte écologique : création d’un poste de vice-président en charge du développement durable, « new deal écologique », taxe sur la toxicité des produits en sus de la taxe carbone, sortie progressive du nucléaire, réduction des émissions de gaz à effet de serre de 16% sur 5 ans…Elle a par ailleurs présenté 3 mesures phares, la suppression des « subventions à la pollution , qui s’élèvent à 5 milliards par an », la réduction des pollutions comme préalable à tout projet public et l’interdiction de la publicité promouvant des produits polluants, avec la création d’un « véritable organisme de contrôle indépendant ». Marie-Georges Buffet, candidate du PCF, a écarté d’emblée l’idée que « l’écologie dépasse les clivages gauche/droite ». « Il faut croiser les enjeux écologiques avec les enjeux sociaux et la solidarité », a-t-elle souligné en précisant qu’elle était « défavorable à la décroissance, principe qui ne fait qu’entériner les dominations actuelles ». Favorable au concept de développement durable, la candidate communiste est en revanche opposée « aux droits à polluer et au marché des quotas de CO2 ». Elle a fixé un objectif de 25% de production d’énergie renouvelable d’ici 2025 et a confirmé son soutien au nucléaire pour réduire les émissions de GES. « Mondialisation, clochardisation » Candidate des Verts et probablement la plus proche de Nicolas Hulot, Dominique Voynet a salué la méthode du pacte, ajoutant que « certains candidats ont signé sans prendre la mesure des défis auxquels ils sont confrontés ». « D’autres ont beaucoup travaillé pour comprendre ce que nous martelons depuis des années (…) On nous jugeait excessifs, aujourd’hui la réalité des faits n’est plus contestée », a-t-telle ajouté. Rappelant les grandes propositions des Verts, elle a fustigé ceux qui feraient de « l’écologie à la marge ». « On ne peut pas avoir signé le pacte et soutenir le plus grand syndicat agricole, la PAC, construire des autoroutes ou s’opposer aux quotas de pêche», a-t-elle ajouté. Pour le candidat « dissident » de l’UMP, Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République !) « L’écologie implique un changement total du fonctionnement de la société et des comportements ». « Il faut sortir du double langage permanent (…) Le pays en parle tous les matins, mais les décisions prises remettent en cause le pacte écologique ». Fustigeant la mondialisation, « synonyme de clochardisation », le député-candidat a prôné « la fermeture de notre marché aux pays du Sud, dont les produits ne respectent pas nos exigences sociales et environnementales ». Critique vis-à-vis de l’Europe comme de l’OMC, Nicolas Dupont-Aignan s’est dit opposé à « l’intégration de l’éduction et de la santé dans les accords commerciaux internationaux ». « Aucun parti n’est capable d’apporter des solutions » Antoine Waechter, (candidat indépendant pour l’écologie), s’est prononcé en faveur de mesures plus radicales concernant notamment les transports : « Plus un centime ne doit être versé pour la construction des routes et l’avion doit être réservé aux vols internationaux ». Le candidat défend la « production de base, la réhabilitation du travail manuel et la restitution des emplois industriels, ainsi qu’un service civil pour que chaque jeune retrouve le goût d e l’engagement collectif ». France Gamerre, candidate de Génération écologie, a souligné l’importance de « notre sortie rapide de la dépendance au pétrole », de la « vérité écologique des prix » et la réconciliation de l’écologie et de l’économie . En revanche, elle croit peu dans un poste de vice-1er ministre chargé du développement durable, « qui n’aurait pas plus de poids qu’Al Gore lorsqu’il était vice-président des Etats-Unis », a-t-elle ajouté. Jean-Marc Governatori, candidat de « la France en action », s’est dit persuadé qu’une politique écologique est synonyme « de plein emploi dans 2 ans ». Le candidat issu de la société civile estime qu’ « aucun candidat issu des partis ne peut apporter une réponse aux questions écologiques (…) Le développement durable est un concept marketing, car on ne pourra pas le développer à l’infini », a-t-il renchéri. « Il ne suffit pas de demander… » Enfin, Nicolas Sarkozy a fermé le bal des candidats. « Tout ce que je vais dire, je le ferai », a annoncé d’emblée le candidat de l’UMP. S’adressant aux ONG présentes, il a reconnu qu’elles ont été « le moteur de notre prise de conscience » sur le climat, la biodiversité ou la santé. « Mais ils ne faut pas demander aux citoyens de choisir entre croissance et développement durable », a-t-il précisé. « Il faudra jouer le jeu de l’économie de marché, donner un prix à l’environnement et à la pollution ». Nicolas Sarkozy a estimé que « Kyoto n’allait pas assez loin » et a condamné l’attitude des Etats-Unis dans la lutte contre les changements climatiques, « inacceptable pour la première puissance mondiale ». Le candidat de l’UMP veut créer un « G20 du climat » et « créer une organisation mondiale de l’environnement pour lutter contre la toute puissance de l’OMC ». S’agissant du pacte, il s’est déclaré en désaccord sur certains points. « Il ne suffit pas de demander pour obtenir .Vous avez vos préoccupations, mais j’ai aussi les miennes », a-t-il affirmé en s’adressant à Nicolas Hulot. « Il faudra s’en souvenir ». Nicolas Hulot, visiblement très satisfait, a conclu les interventions des candidats par cette phrase, résumant l’enjeu de son action médiatique. « Ils se sont engagés à faire de la France le pays du développement durable. Ne pas tenir ces engagements reviendrait à trahir ses propres enfants, or, on ne ment pas à ses propres enfants », a-t-il conclu. Vision idéaliste ou capacité exceptionnelle de conviction ? A vérifier après les élections.
|