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La coalition pour l’art et le développement durable (COAL), crée en 2008, est une association qui rassemble des professionnels de l’art contemporain, du développement et de la recherche. Chaque année, depuis 2010, elle remet un prix COAL Art et environnement à un projet artistique intégrant une problématique écologique. Un prix quelque peu étonnant, car des 14 finalistes sélectionnés, pas d’œuvre à voir en tant que telle. Comme l’a rappelé Stefan Shankland, lauréat 2011 du prix remis le 24 mai au Laboratoire, COAL « bouge la vision de l’art ». Et ici, il s’agit plutôt de projets, d’intentions, de philosophie, de démarche… Un premier prix pour un matériau de construction
Stefan Shankland, a conçu un projet de nouveau matériau composite, le Marbre d’ici, réalisé à partir des gravats du chantier de la ZAC du Plateau, à Ivry-sur-Seine (94), et utilisé sur place, avec une première réalisation, dès avril 2012 : la construction du nouvel espace public. Cette matière première locale a été prévue pour remplacer les matériaux usuels de construction (granit…) habituellement importés. Au carrefour de l’art, de l’urbanisme et de l’environnement, elle s’inscrit dans le programme TRANS305*, prototype de la démarche HQAC, également initiée par l’artiste. Cette démarche de « haute qualité artistique et culturelle », rassemble habitants, élus, services de la ville, constructeurs, artistes et autres acteurs autour de l’intégration de la dimension culturelle et artistique au développement urbain. Un peu sur le modèle de la démarche HQE® (Haute Qualité Environnementale), qui cherche depuis une vingtaine d’années à fédérer les acteurs de la construction autour de la dimension durable des bâtiments… Une mention honorifique sur la thématique « forêts »
Avec une année 2011 proclamée année internationale des forêts par l’Assemblée générale des Nations Unies, le prix COAL s’est aussi doté, pour la première fois, d’une mention spéciale honorifique sur ce thème. Elle a été attribuée au duo Art Orienté Objet pour une action poétique valorisant une mission scientifique d’observation de la canopée amazonienne en aéronef à moteur. Au cours de cette expédition, les scientifiques découvriront (forcément) encore au moins une plante qui n’a jamais été répertoriée ; Art Orienté Objet écrira son nom, déjà imaginé, Folia apotropaïca (« feuille qui conjure le mauvais sort »), au moyen de lianes arboricoles bioluminescentes déposées sur cette partie de la forêt amazonienne au contact de l’atmosphère. L’ensemble sera visible en imagerie satellitaire… Autre mention honorifique, attribuée à Ackroyd & Harvey, pour les Beuy’s Acorns, des glands issus des 7000 Chênes que Joseph Beuys planta à la Documenta 7 de Kassel en 1982 ( exposition d’art contemporain en Allemagne) et que le duo fait pousser depuis 2007 avec grand soin. Tout en lançant un appel à planter prochainement, non plus 7000, mais 7 millions d’arbres dans les villes d’Angleterre et d’Europe afin de les faire résister au réchauffement climatique … « Depuis sa première édition, en 2010, le nombre de projets a plus que doublé, passant de 150 à 349 », souligne Alice Audouin, co-fondatrice de COAL. « Si cette année l’appel à projets a suscité autant de réponses, c’est que le prix a déjà acquis sa notoriété. » poursuit-elle. De fait, des artistes de tous horizons et du monde entier (46 pays, dont 23 européens) y ont répondu. Des artistes pas nécessairement encore reconnus sur la scène internationale de l’art contemporain, « chacun ayant bien évidemment chance égale auprès du jury de personnalités prestigieuses du monde de l’art et du développement durable ». Preuve en est que « le lauréat du prix, cette année encore, est ce que l’on peut appeler un « outsider » ! », précise Alice Audouin.
Sensibilisation
Est-ce donc le signe que les artistes intègrent de plus en plus la thématique écologique dans leur démarche? Ou que des initiatives comme ce prix leur offrent plus l’occasion d’y réfléchir? « Un prix d’un montant de 10 000 euros est forcément remarqué, précise Alice Audouin. On constate que les artistes s’impliquent de plus en plus sur cette thématique… mais aussi que dans le monde grandit depuis longtemps une communauté d’artistes impliqués sur ces questions-là » … On l’aura compris, l’art n’a ici pas mission de solutionner les grands problèmes écologiques. Les projets artistiques, souvent très symboliques, permettent néanmoins une action de sensibilisation sûrement beaucoup plus efficace qu’une conférence sur la question. Citons, parmi les finalistes, le Dr Daro Montag et son projet RANE-CHAR de production de charbon de bois biologique pour sensibiliser à la menace du changement climatique. Ou encore Das Numen et le projet KREISLAUF (circuit), un dispositif artistique qui propose de rendre potable l’eau des toilettes de l’exposition dans lequel il serait présenté, en la passant au travers d’une série de filtres. La coréenne Jae Rhim Lee et son INFINITY CUBE LAB qui expose un cadavre enduit de biofilm et d’un champignon unique, capable de décomposer et d’éliminer les toxines des tissus humains, le Infinity Mushroom, jusqu’à digestion complète. L’œuvre d’art, devenue non plus aboutissement immuable et figé, mais « processus d’intervention dans le temps »? Voilà qui est tout à fait à l’image du développement durable ! * Le Prix Coal, placé sous le haut patronage du Ministère de la Culture et de la Communication et du Centre National des Arts Plastiques, bénéficie d’un partenariat avec le Laboratoire, et du soutien du British Council, de la Fondation Yves Rocher, du groupe Caisse des Dépôts, de PwC ainsi que d’un donateur particulier. ** Le programme TRANS305 accompagne les mutations de la ZAC du Plateau d’Ivry et constitue un lieu d’expérimentation dédié aux pratiques artistiques.
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