Mali : le ministère de l'Environnement est encore un peu vert
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Publié le 19-02-2003
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Devant le ministère
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Après bien des péripéties administratives, le Mali s'est doté d'un ministère de l'Environnement à part entière. Pour ce nouveau département ministériel dépourvu de moyens et aidé par la coopération internationale, tout reste à faire'
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De la terrasse du tout nouveau ministère de l’Environnement du Mali, situé à Hamdalaye, non loin du centre de Bamako, on domine un immense terrain vague jonché de sacs en plastique. « La plaie du pays et l’une des priorités de nos services », affirme Yafong Berthé, secrétaire général des directions centrales de l’Assainissement et des Eaux et forêts.
Vaste défi : avec 11 millions d’habitants, le Mali ne dispose d’aucune décharge publique digne de ce nom, d’aucune usine de retraitement des déchets ni a fortiori de station d’épuration. À Bamako, Sikasso, Kayes ou Ségou, les services de voirie urbaine sont réduits à leur plus simple expression, dotés de véhicules antédiluviens. Quant aux sacs plastiques, ils représentent 18% des déchets ménagers, une pollution omniprésente dans les rues et un risque de taille pour le bétail, dans ce pays pastoral où moutons et vaches broutent sans distinction tout ce qui leur passe sous les naseaux.
Le gouvernement du nouveau président Amadou Toumani Touré, élu en mai 2002, a décidé de s’atteler à la tâche. Sur le papier, le ministère de l’Environnement du Mali n’a que trois mois d’existence officielle. Mais il est, en réalité, l’héritier d’une histoire particulièrement tourmentée, signe de la difficulté à articuler préoccupations environnementales et nécessités du développement dans ce pays sahélien.
Créé en 1980 et aussitôt disparu, recréé en 1993 à la suite de la conférence de Rio, rattaché en 1994 au ministère de l’Agriculture, à nouveau indépendant en 1997, puis derechef rattaché, cette fois à l’Équipement, en 2000… Ce n’est qu’en novembre 2002 que l’environnement est redevenu un département ministériel à part entière. « Ces remaniements ont été particulièrement contre-productifs. À chaque fois, il a fallu redéfinir une politique, dégager des moyens… pour les abandonner ensuite », commente Yafong Berthé. «Désormais, le respect de l’environnement est une priorité du développement. Auparavant, on considérait la pollution comme inévitable dans la création de richesses. Ce qui nous a conduit à privilégier une approche purement économique… »
Résultat : quelques catastrophes, tels les dégâts occasionnés par la construction du barrage de Manantali (déplacement forcés de population, apparition d’insectes hyper résistants…) ou l’exploitation « sauvage » des mines d’or du Mali. Le retard considérable dans la prise en compte de problèmes de fond, comme l’assainissement urbain est aussi directement lié à cela. Décharges sauvages et égoûts à ciel ouvert sont responsables de nombreuses maladies respiratoires et du pullulement des moustiques, porteurs de paludisme. cela concerne aussi la désertification, qui touche 50% du territoire national, en raison des déboisements incontrôlés pour la vente de bois de chauffage, principale source d’énergie du pays.
Aujourd’hui, tout ou presque reste à faire. L’éventail des priorités du nouveau ministre, Nancoma Keïta, ancien directeur de l’Office du Niger, dans la région de Ségou, tient de l’inventaire. Les services du ministère évaluent à quelques 200 milliards de francs CFA (300 millions d'euros) leurs besoins pour 2003, entre la création d’une station d’épuration et d’une décharge à Bamako, l’installation d’un millier de poubelles publiques dans les rues de la capitale (qui n’en compte aucune pour l’instant), le curetage des égoûts à ciel ouvert, la mise en place de schémas d’assainissement des principales villes du pays, le renouvellement du parc des véhicules destinés à la voirie et quelques programmes de lutte contre la désertification ou le stockage sauvage des pesticides.
Pour l’instant, le budget du ministère reste encore réduit à sa plus simple expression : « On en est encore à essayer de récupérer les fonds répartis entre les autres départements ministériels qui, jusqu’à présent, avaient en charge certaines de nos missions.» Autre solution évoquée : relever la taxe annuelle sur les voitures individuelles en fonction de leur âge. Il est vrai que le parc automobile du Mali se compose pour l’essentiel « d’au revoir la France », ces voitures d’occasion importées des pays du Nord, ultra-polluantes et grosses consommatrices d’essence.
L’aide internationale pourrait aider : la coopération hollandaise a promis de financer la future station d’épuration de Bamako, les Allemands la construction d’une décharge publique à 30 kilomètres de la ville et les Belges, celle de Sikasso. Reste que les problèmes purement administratifs continuent d’obérer la mise en place de ces objectifs ambitieux. Ainsi, la gestion du reboisement et la création de marchés locaux du bois de chauffage, devrait être progressivement transférée aux collectivités locales. Mais pour cela, l’État malien devra tout d’abord établir un plan cadastral du domaine foncier, dans un pays où la propriété terrienne fait surtout l’objet d’un partage traditionnel non écrit entre les communautés… Financé par les Etats-Unis, les premiers résultats de cet « atelier cadastral » ne seront visibles, au mieux, que dans quelques années. Si le ministère de l’Environnement existe encore…
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André Mora
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