La mondialisation accentue la répression syndicale

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Publié le 08-09-2004

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Le rapport annuel 2004 de la CISL (Confédération internationale des syndicats libres), paru en juin, dresse le bilan des violations du droit syndical dans le monde en 2003. Avec 129 syndicalistes tués en 2003, le droit à la négociation collective ou à la grève est encore inexistant dans de nombreux pays.

129 syndicalistes assassinés en un an, des intimidations, des incarcérations, des licenciements massifs : l'inventaire des atteintes aux droits syndicaux commises en 2003 et dressé par la CISL (Confédération internationale des syndicats libres représentant 151 millions de travailleurs dans le monde) est alarmant. Former un syndicat, y être affilié, militer pour des revendications collectives ou se mettre en grève demeurent des droits fondamentaux dangereux à exercer dans de nombreuses régions du monde. Un constat qui laisse pessimiste la CISL : " L'exacerbation de la compétition mondiale s'est accompagnée d'une détérioration des droits des travailleurs et des travailleuses ". 

" L'action syndicale fait fuir les investisseurs "

Les gouvernements et les employeurs sont désignés comme principaux responsables de ces atteintes au droit syndical. Les premiers mettent en place des " procédures complexes pour saper l'activité syndicale ou l'action de grève ", répugnant, selon la CISL, à " simplement appliquer les législations nationales et internationales existantes ". De nombreux pays veulent bénéficier de la mondialisation, et l'exercice du droit syndical y est vécu comme " un obstacle à leur développement économique ". En Ouganda, rapporte par exemple la CISL, le président Museveni a ouvertement reconnu " le licenciement massif de travailleurs du textile en grève au motif que leur "action ferait fuir les investisseurs". Les entreprises, elles, " n'ont de cesse, relate la CISL, de résister à l'organisation syndicale et d'intimider les travailleurs qui osent entreprendre une action collective pour protéger leurs droits. " (Lire article lié sur Pepsi-Cola et Toyota).

Tragédie en Colombie, amélioration au Moyen-Orient

En tête des pays réprimant le plus violemment l'action syndicale se trouve la Colombie, " l'endroit le plus dangereux sur terre pour un syndicaliste " : 90 personnes ont payé de leur vie leur engagement syndical et leurs familles sont souvent victimes de violences, toutes restées impunies à ce jour, selon la CISL.
En Asie, on recense plus de 300 000 travailleurs et travailleuses licenciés en 2003 pour activités syndicales, essentiellement à la suite d'une grève. Chiffre sans doute en-deçà de la réalité, car " le climat d'intimidation qui règne dans de nombreux pays " n'incite pas les ouvriers privés de droits à en faire état. La Chine par exemple ne fait pas rimer son décollage économique avec l'exercice des droits fondamentaux des travailleurs, les autorités politiques mettant la compétitivité au dessus du droit syndical, pour attirer des entreprises consentantes.
Petite lueur d'espoir dans le rapport de la CISL, le Moyen-Orient, pourtant " région où les droits syndicaux sont les plus restreints ", mais où quelques améliorations sont notées dans certains pays. Ainsi, à Oman, " les travailleurs sont maintenant autorisés à former des comités représentatifs " et les Emirats arabes unis " ont rédigé un projet de loi pour la création d'une fédération nationale du travail. "

Les nouveaux pays membres de l'Europe à l'amende

En Europe, les choses ne sont pas idéales non plus. 48 licenciements de travailleurs en raison de leurs activités syndicales sont recensés et neuf des dix nouveaux états membres sont cités dans le rapport de la CISL, " en raison des disparités entre la législation du travail, qui reconnaît les droits syndicaux, et la réalité ". Pour rejoindre l'Union européenne, les pays candidats ont du mettre en conformité leurs lois sociales, mais l'application de ces nouvelles lois se fait attendre. En République tchèque, des employeurs ont suspendu les salaires de responsables syndicaux et d'autres ont rendu légalement nulles des conventions collectives. En Lituanie, une direction de dépôt automobile a convoqué ses employés l'un après l'autre pour les faire démissionner de leur syndicat, licenciant ceux qui refusaient. En Pologne, des cas de licenciements jugés abusifs ont été signalés.
Même en Europe occidentale, la CISL a des mauvais points à distribuer. En Grande-Bretagne par exemple, une pratique inquiète la CISL. Quelques employeurs (minoritaires, note toutefois la CISL) ont eu recours à des firmes de conseil aux Etats-Unis pour " résister contre les tentatives de syndicalisation de leurs employés. "

Intervention de l'Organisation Internationale du Travail

Dans les pays situés hors de l'Union européenne, la situation est quand même plus alarmante. Ainsi, le rapport cite la situation préoccupante du Belarus, où " quiconque se révolte ou proteste est passible d'une peine de prison ". Dans ce pays, comme beaucoup d'Europe de l'Est, les gouvernements tentent de contrôler les syndicats et les employeurs contraignent leurs employés à adhérer à des syndicats maison. Les atteintes à la liberté d'association sont telles au Belarus que l'OIT a souhaité nommer, en novembre 2003, une commission d'enquête pour examiner les violations des droits syndicaux dans ce pays. " Ce qui correspond à la mesure la plus sévère dans l'arsenal judiciaire de l'OIT ", se félicite la CISL...
Sylvie Touboul
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