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Depuis février 2004, une frange significative de la communauté scientifique américaine est entrée en rébellion contre l’administration fédérale en ce qui concerne l’utilisation de données scientifiques dans le processus législatif. « Quand la connaissance scientifique s’est trouvée être en conflit avec ses objectifs politiques, l’administration [Bush] a souvent manipulé le processus par lequel la science est prise en compte dans ces décisions », accuse l’ONG Union of Concerned Scientists (UCS) dans une déclaration co-signée par 62 scientifiques américains de premier plan. « Elle le fait en plaçant à des postes officiels ou aux comités d’orientation scientifiques des personnes non qualifiées professionnellement ou ayant un conflit d’intérêt apparent. Un autre moyen consiste à dissoudre les comités d’orientation existants ou à censurer, voire supprimer des rapports produits par des scientifiques travaillant pour l’Etat. Enfin, dans certains cas, ils ne cherchent tout simplement pas à obtenir d’avis scientifique indépendant ». Ces accusations ont été rejetées en bloc par le directeur du département des politiques scientifiques et technologiques de la Maison Blanche, John H Marburger III, comme étant « fausses » et constituant « une distorsion » de la réalité. Elles émanent pourtant de plus de 8000 scientifiques dont 48 lauréats du prix Nobel.
Contrôler la diffusion de l’information
Le 18 janvier 2006, le climatologue américain James E. Hansen, grand spécialiste du climat à la NASA et directeur du Goddard Institute for Space Studies, s’est insurgé, à la une du New York Times, contre la tentative de censure que le département des Affaires Publiques de son institution essayait de lui imposer. Cela faisait suite à ses déclarations soulignant l’urgence de mettre en place une politique volontariste des autorités fédérales américaines pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et ainsi freiner le réchauffement du climat. « En plus de trois décennies comme employé du gouvernement, je n’ai jamais constaté quelque chose s’approchant du degré actuel de contrôle et de revue du flux d’informations des scientifiques à destination du grand public» considère-t-il. L’une des motivations de cette indignation est liée au fait que les preuves scientifiques sur le réchauffement climatique commencent à être suffisantes pour estimer que le point critique est atteint et que l’administration Bush met tout en œuvre pour bloquer les efforts de la communauté scientifique d’information du public. Malgré ses déclarations fracassantes et sa prise de position en faveur de John Kerry lors des dernières élections, l’administration Bush n’a toutefois pas cherché à formellement punir James Hansen et va jusqu’à considérer qu’il est « un très bon scientifique du climat ». « Nous prenons son travail très au sérieux. Ses recherches ont eu un très grand impact sur la politique de changement climatique de l’administration » a ainsi déclaré John Marburger dans une interview.
Le mauvais exemple de la NASA
Ceci dit, les prises de position de James Hansen ont eu des répercussions. Il considère notamment que l’on tente désormais de filtrer ses interventions. Il cite par exemple l’annulation par un employé du département de la communication de la NASA, George Deutsch, d’une interview avec un journaliste de la National Public Radio sous prétexte que ce média est trop «libéral». Le fait que George Deutsch ait été nommé à son poste par la Maison Blanche n’a pas arrangé les choses. Cet incident aura toutefois eu comme mérite de mettre en lumière les tentatives de contrôle de diffusion de l’information scientifique. La NASA, par l’entremise de son administrateur, Mike Griffin, a depuis annoncé son intention de revoir l’ensemble de ses procédures de diffusion de l’information au public. « A tous les niveaux de la NASA, le travail du département des Affaires Publiques est de relayer de façon intelligible à nos parties prenantes le travail réalisé à la NASA. Il n’entre pas dans les attributions des employés de ce département d’altérer, de filtrer ou d’ajuster le matériel scientifique ou d’ingénierie produit par le personnel technique de la NASA» va-t-il jusqu’à préciser. Cette clarification devrait aider les chercheurs de l’agence spatiale à s’exprimer mais leurs collègues liés à d’autres administrations ont eu un droit de parole réduit. A en croire James Hansen, c’est notamment le cas de ceux qui travaillent sur le réchauffement climatique au National Oceanic and Atmospheric Administration. Une législation prometteuse
Cette volonté de l’administration Bush de mettre la communauté scientifique sous tutelle est toutefois compensée par l’approbation, par le Congrès et le Sénat, d’un texte de loi interdisant aux dirigeants d’un département de la Santé de nommer les membres des comités d’orientation scientifiques sur la base d’affiliations politiques. Le texte, finalement retenu et signé par George Bush le 30 décembre 2005, va jusqu’à interdire la diffusion volontaire d’informations fausses ou trompeuses. « L’introduction de ces différentes notions dans la version finale du texte de loi marque un progrès significatif vers l’adoption de solutions législatives aux problèmes d’interférence des politiques dans la science » considère l’USC. La nouvelle législation ne résout toutefois pas le problème de fond que pose l’administration Bush dans son mode de sélection des découvertes scientifiques. Si elle ne nie pas l’existence du réchauffement climatique, sa position officielle n’a pas évoluée depuis 2001. Elle consiste toujours à demander plus de preuves scientifiques sur ce problème. Cela était clairement mentionné dans le discours de George Bush sur « l’Etat de la Nation », en janvier 2006. Si le président a reconnu « l’addiction » de son pays au pétrole, c’est au pétrole du Moyen Orient qu’il faisait référence et c’est cette seule dépendance qu’il s’est engagé à réduire au cours des 20 prochaines années. S’il a proposé de financer des pistes scientifiques prometteuses pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, il n’a pas l’intention de faciliter la mise en place d’outils de réduction des dites émissions. Les marchés d’échange de quotas d’émissions carbone ou contribuer à faire prendre conscience aux Américains du prix de leur addiction énergétique sont autant de voies qu’il n’entend pas explorer. Dans ce domaine, « il est fermement du côté des fournisseurs, et non des drogués» ironisait récemment l’hebdomadaire The Economist. Faut-il rappeler que la famille Bush et de ses alliés doivent leur fortune à l’Or noir ?
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