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" Le destin des territoires n'est jamais scellé. Il dépend d'abord d'une volonté politique, ensuite de l'engagement des acteurs, enfin de la qualité des infrastructures de transport, de communication et de la qualité des investissements... ". En clôturant jeudi 13 février, la cérémonie des 40 ans de la Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action territoriale (DATAR), le président de la République résumait la teneur de débats étonnement silencieux sur la question du développement durable. Grandes infrastructures, pression urbaines, crise de bassins industriels, détérioration de la qualité de vie...., les problématiques qui ont fait naître la réflexion sur le développement durable sont pourtant le pain quotidien de cette administration interministérielle, qui a le privilège remarquable d'être directement rattachée au Premier ministre avec l'autorité qui en découle sur tous les ministères sectoriels. Même si pour une large majorité de Français (79%) l'aménagement du territoire doit être une priorité gouvernementale (sondage IPSOS, janvier 2003), la grande question du moment reste la décentralisation. Le Premier ministre, présent lui aussi à la Sorbonne a rappelé qu'il s'agit de " mettre la région au cœur de la République " afin qu'elle relaye les deux enjeux majeurs que sont " la cohérence " des territoires et la nécessaire " proximité " de l'action publique. " Bien placée, et disposant de moyens d'intervention propres ", la Datar se doit d'avoir " une pensée d'avance" a souligné Jean-Pierre Raffarin. Car depuis 1963, année de sa fondation, les missions de la délégation ont de facto beaucoup évolué, passant en quelque sorte de l'action structurelle lourde à un rôle plus proche de la réflexion et de la prospective. Chargée d'aider au rééquilibrage du territoire français, elle fut à l'origine du lancement des villes nouvelles, d'aménagements industrialo-portuaires du littoral, du développement massif du maillage autoroutier français... A partir des années 1970, elle intervient aussi pour aider des territoires touchés par les restructurations industrielles. Parmi les derniers dossiers en date : la revitalisation des bassins d'emploi touchés par le sinistre de Moulinex. Les ingrédients sont donc là pour une réflexion en terme de développement durable. Michel Barnier, commissaire européen à la politique régionale, l'a rappelé : développement, coopération, communication mais aussi " ménagement des territoires " sont nécessaires. Et le président du groupe Futuribles, Hugues de Jouvenel d'interpeller : " Dans une Europe des 40 régions, voulons-nous d'un continent vieilli, fatigué ? " Avant de préconiser, seul de tous les intervenants à le faire dans ces termes, " une Europe rassemblée mettant en œuvre le développement durable fait d'équité sociale, d'efficacité économique et de protection de l'environnement ".
Car, à l'heure de l'élargissement de l'Union et de la mondialisation, le débat sur l'aménagement du territoire se focalise toujours sur l'attractivité (l'offre territoriale) et la compétition entre territoires à l'échelle mondiale : comment se font les choix stratégiques des grands opérateurs mondiaux ? De quel environnement les entreprises ont-elles besoin pour s'enraciner dans un territoire ? Quand Jean-Martin Folz, le PDG de Peugeot, évoque la nécessité de juger l'attractivité réelle dans " la durée ", il s'agit moins pour lui d'analyser l'aspect soutenable des facteurs, que de s'assurer de la réalité pérenne de certains d'entre eux : aides publiques, main d'œuvre qualifiée, logistique...
Le développement durable serait-il donc grand absent des politiques publiques d'aménagement du territoire ? Evidemment non, mais peut-être le pratiquent-elles, à la manière de Monsieur Jourdain, sans le savoir et sous l'angle de la lutte contre les inégalités territoriales et contre la désertification de certaines zones rurales. Le 13 février, à la Sorbonne, le sentiment dominait que le développement durable n'avait pas encore pénétré profondément la pensée des décideurs publics. Ils paraissaient toujours portés à raisonner en termes d'infrastructures et d'implantations industrielles plutôt que de développement endogène, appuyé par exemple sur le patrimoine naturel ou la vie culturelle. Pourtant les Français placent la protection de l'environnement en tête des objectifs d'aménagement (77%), devant les reconversions par exemple (70%).
Les textes, eux, ont été progressivement adaptés. Après la loi du 4 février 1995 qui instaurait un certain nombre d'outils financiers pertinents et amorçait la politique des " pays ", celle du 25 juin 1999 intitulée " pour l'aménagement et le développement durable du territoire " élargissait la participation (principe de Rio), instaurait une logique de projet (conseils de développement des pays) et engageait une réflexion transversale via les schémas de services collectifs. En revanche, le dernier comité interministériel sur le sujet (CIADT du 13 décembre 2002) a laissé de côté la réflexion sur le développement durable et donné priorité à l'ouverture européenne et à la nouvelle étape de la décentralisation. En cherchant à définir le " ressort profond, intrinsèque d'un territoire ", c'est finalement Pierre Veltz, directeur de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées qui en apportait la définition la plus parlante : " c'est le projet qui fait le territoire " ; et la plus compatible avec une approche développement durable : " le facteur qualitatif joue un rôle croissant, il n'y a plus de déterminismes géographiques, ce qui compte ce ne sont pas les ressources, mais l'intelligence avec laquelle le territoires les combine ".
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