Élections US : l'environnement divise Bush et Kerry

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Publié le 19-10-2004

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Après trois débats gagnés aux points par Kerry, l'issue de l'élection présidentielle du 2 novembre 2004 semble plus incertaine que jamais. Il apparaît désormais que la victoire dépendra de la mobilisation de la droite religieuse acquise à Bush et du vote des électeurs indépendants dans les « Swing States » - États où les candidats sont au coude à coude.

« Les swing voters, les électeurs modérés et indépendants, cherchent des candidats dont les vues reflètent l’étendue de leurs préoccupations. Un grand nombre d’entre eux habitent dans les Swing States et tendent à avoir une approche pro-environnementale» analyse Mark Baldassare, le directeur de recherche du Public Policy Institute of California, dans une interview donnée au San Francisco Chronicle.

Alors qu’en matière économique et géopolitique le diagnostic de Bush et Kerry est similaire, l’approche environnementale divise clairement les deux candidats. La différence est telle que le sondeur du parti républicain, Frank Luntz, a alarmé les dirigeants du parti de George Bush sur les risques que leur faiblesse environnementale fait peser sur l’issue du scrutin de novembre. « Non seulement nous risquons nous de perdre le swing vote, mais notre base de femmes vivant en banlieue pourrait également nous abandonner, » s’alarmait-il dans une note confidentielle de 2003, divulguée par le Christian science Monitor. Cet appel a été partiellement entendu par l’équipe Bush qui a mis au point un programme environnemental des plus légers.

Bush, cancre environnemental

« La qualité de l’air est meilleure depuis que je suis président, » déclarait le Président Bush lors du deuxième débat de la campagne. Une affirmation exacte mais qui ne doit rien aux politiques mises en place par son administration. Son action s’est en effet concentrée sur la diminution de la pression législative sur les industries les plus polluantes. Sans remettre en question les principales législations, son équipe s’est appliquée à réécrire un nombre considérable de réglementations environnementales afin de permettre par exemple aux centrales électriques au charbon d’augmenter leur capacité sans installer de nouveaux dispositifs de réduction de la pollution. La faiblesse du bilan environnemental de Bush est telle qu’il est le premier président à obtenir une note de « F », la plus mauvaise, venant de la notation du League of Conservation Voters (Il s’agit d’un groupement d’électeurs soucieux d’environnement qui évaluent les propositions des élus américains sur ce sujet depuis le début du 20eme siècle).

Les promesses de campagne du candidat Bush, s’il les tenait, vont dans le même sens. Sa politique de l’air, le Clear Skies Initiative, s’attache à réduire les pollutions visibles comme les émissions de souffre, de mercure ou de monoxyde d’azote sans toutefois s’attaquer aux émissions de gaz à effet de serre.

Kerry, le héros des environnementalistes

L’engagement environnemental de Kerry ne peut pas être qualifié de façade. Suivant son élection au sénat en 1982, sa première proposition de loi était destinée à lutter contre les pluies acides. La League of Conservation Voters accorde d’ailleurs 96% d'approbation à son bilan sénatorial en matière environnementale. Ce bilan lui vaut d’être taxé par la presse républicaine de « fanatique écologique ». Une vision caricaturale qui est loin de la réalité. Bien que Kerry soit convaincu de la nécessité de renforcer la législation environnementale, il adopte une approche pragmatique en reconnaissant l’importance potentielle des outils de marché comme les bourses aux émissions. S’il était élu, il est ainsi peu probable que son administration ratifie le protocole de Kyoto. « Le fait est que le protocole de Kyoto a de nombreuses faiblesses, »  a-t-il déclaré lors du second débat de la campagne, tout en s’engageant à rétablir les négociations afin d’aboutir à un meilleur accord.

Le charbon, une vision partagée de l’avenir énergétique américain        

En plein débat sur l’indépendance énergétique du pays, les deux candidats s’accordent pour voir dans le charbon un avenir radieux. Certes, l’un et l’autre parlent de la nécessité de développer des technologies propres et promettent un financement fédéral pour la recherche en la matière mais la question de la pollution des centrales existantes reste une inconnue du programme de Kerry.

Contrairement aux autres pays développés, la dépendance des Etats-Unis à la génération électrique au charbon est encore extrême. Le pays dispose des plus grandes réserves mondiales, suffisantes pour satisfaire 250 ans de ses besoins actuels et produit 50% de son électricité à l’aide de cette matière première. Bien qu’au cours des années 90 les centrales à gaz aient rencontré les faveurs des industriels de l’énergie, ce consensus vole actuellement en éclat avec l’explosion du cours de cet hydrocarbure. 97 projets de construction de centrales au charbon sont actuellement à divers niveau d’étude. La moitié devrait voir le jour.

Le programme environnemental de Kerry apparaît comme bien plus avancé que celui du président Bush. Il pourrait l’aider à marquer des points dans les Etats cruciaux que sont la Floride, l’Ohio, le Wisconsin, l’Oregon, le Nouveau Mexique ou la Pennsylvanie. Vue d’Europe, ses engagements constituent le minimum que l’on est en droit d’attendre de la première puissance économique mondiale.

Pierre-Marie Coupry
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