Abu Dhabi construit sa ville verte

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Publié le 19-02-2009

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Désireux de préparer l'après-pétrole, l'émirat arabe Abu Dhabi investit partiellement ses pétrodollars dans les énergies renouvelables (EnR). Symbole de cette « euphorie verte », Masdar City, ville en construction entièrement dédiée aux EnR, devrait voir le jour en 2016.

Des images de science-fiction : les véhicules futuristes se croisent sur un réseau de rails aériens, les gigantesques panneaux solaires se déploient intelligemment au gré des rayons de soleil, la lumière transperce chaque recoin des bâtiments vitrés, le tout dans un environnement parsemé de verdure. Et pourtant, le vidéo-clip que présente Masdar, « l’initiative multi-forme dans le domaine des énergies du futur d’Abu Dhabi », n’a rien d’une fiction. Il s’agit en réalité de présenter le projet phare de cette entreprise : la construction, à l’horizon 2016, de la première ville totalement neutre en émissions de CO2, baptisée « Masdar City ».

Vitrine verte

Confié en 2005 au cabinet d’architectes londonien Foster and Partners,  le projet est à l’image des objectifs de l’émirat arabe : ambitieux. Et pour cause, Masdar City est destinée à être la vitrine verte d’Abu Dhabi. Quand les voisins de Dubaï, Bahreïn ou du Qatar se disputent le titre des plus hauts bâtiments du monde, Abu Dhabi s’engage dans une autre compétition : celle de la ville la plus « verte ». En espérant coiffer la Chine sur le poteau, dont la « cité écolo », construite sur les terres de Dongtan, devrait  accueillir ses premiers visiteurs pour l’Exposition universelle de 2010. Plus restrictive encore que Dongtan, Masdar City  interdira en effet la moindre voiture polluante dans ses rues, dont les deux tiers seront piétonnes.
Le chantier, démarré en février 2008, commence à dévoiler les premières infrastructures. Une centrale photovoltaïque de 100 mégawatts devrait voir le jour dans les prochains mois, pour progressivement atteindre les 500 mégawatts de production. Une usine de désalinisation, alimentée par l’énergie solaire, fournira quant à elle l’eau potable aux futurs 50 000 habitants. Conçus pour minimiser la consommation énergétique, les bâtiments n’excéderont pas les cinq étages de hauteur, et seront séparés par des rues étroites, favorisant ainsi la ventilation naturelle. En outre, le volet R&D de Masdar n’est pas en reste :  le centre de recherche et développement « Masdar Institute », crée en partenariat avec le fameux Massachusetts Institute of Technology (MIT), est supposé ouvrir ses premières classes de Master en septembre 2009. Les jeunes diplômés, spécialisés dans les cleantechs, devraient ensuite avoir l’embarras du choix parmi les 1500 entreprises « vertes » attendues dans le quartier d’affaires. Celle que Masdar conçoit comme « la Sillicon Valley des technologies propres », sera pour finir ceinturée d’un mur de protection, afin de stopper les nuisances sonores de l’aéroport voisin, et les vents chauds du désert.

Entre engagement véritable et greenwashing

Encore un des ces projets pharaoniques des émirats arabes ? Pascal Husting, directeur de Greenpeace France, a assisté fin janvier 2009 au deuxième opus du World Future Energy Summit d’Abu Dhabi. Il témoigne de l’engagement du pays en faveur des énergies renouvelables (EnR). « L’intention d’Abu Dhabi est claire. L’émirat est dans une réelle optique de diversification de ses activités. » Pour l’heure, 87 % de la production de pétrole brut des Emirats Arabes Unis (EAU) est réalisée par Abu Dhabi (ce qui représente 8% de la production de l’Opep). Et sachant que les réserves de pétrole des EAU s'élèvent à 97.8 milliards de barils (5e rang mondial), il est évident qu’Abu Dhabi n’a pas à craindre l’avenir. Mais l’émirat souhaite engager la marche vers l’après-pétrole. Malgré la baisse du prix baril, le gouvernement abu-dhabien a d’ailleurs réaffirmé fin janvier 2009 son engagement en faveur des énergies propres, garantissant que les EnR représenteront au moins 7% de la capacité totale de production du pays dès 2020. Et même si cet objectif reste bien inférieur à celui des européens (20% d’électricité d’origine renouvelable à la même date), Masdar semble déterminé à investir massivement les pétrodollars de l’Emirat, son seul et unique actionnaire, pour le propulser au rang mondial des greentechs. 

Mais sur des projets d’une telle envergure, le risque de greenwashing n’est jamais bien loin. Pour Pascal Husting, cette course aux EnR rappelle l’euphorie de l’émirat voisin, Dubaï, lorsqu’il s’était engouffré dans le secteur du luxe, envisageant lui-aussi l’après-pétrole, certes de façon différente. Et ces folies des grandeurs ont un coût. « Masdar City verra le jour, certes, mais à quel prix ? Par exemple, on peut s’interroger sur la pertinence du choix de site : en plein désert, sans aucune source d’eau douce…Il va falloir recourir à la désalinisation, et cela coûte cher ! » Car si le projet est pour l’heure chiffré à 22 milliards de dollars, il semble fort probable que le budget soit rapidement dépassé.
Par ailleurs, l’engagement pro-environnemental de l’émirat arabe ne s’accompagne pas vraiment d’une politique sociale responsable. Et même si le gouvernement a annoncé engager une réflexion sur l’accès à la citoyenneté, les conditions de travail des immigrés bangladeshi, indiens et chinois qui travaillent sur le chantier de Masdar City restent comparables à celles de ceux qui bâtissent les hôtels de luxe de Dubaï. Avec un salaire mensuel qui ne dépasse pas les 700 dirhams (190 dollars), quand le PIB des Emirats Arabes Unis atteint en 2008 les 55 200 dollars par habitant.

Anne Farthouat
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