Nos activités se font en toute transparence

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Publié le 23-08-2004

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Anne Dufrémont
Anne Dufrémont

Anne Dufermont travaille depuis deux ans et demi pour le CEFIC, le Conseil européen des fédérations de l'industrie chimique, le plus important lobby industriel installé à Bruxelles (140 employés permanents). Son rôle : veiller à ce que la législation européenne préparée par la Commission et votée par le Parlement ne soit pas défavorable aux intérêts de l'industrie chimique européenne. En jargon bruxellois, elle est lobbyiste. Pour Novethic, elle explique son métier.

Comment est organisé le lobby de l'industrie chimique à Bruxelles ?
Anne Dufermont :
D'abord, je voudrais souligner que nous n'utilisons pas le terme de "lobby" et que nous préférons celui de "groupe d'intérêt". Ensuite, la représentation de l'industrie chimique à Bruxelles repose sur trois piliers : le CEFIC, les fédérations nationales et les compagnies. Les plus grands noms du secteur comme Atofina, Rhodia, BP, Dow Chemical, Monsanto ou Aventis disposent en effet de leurs propres bureaux à Bruxelles. Evidemment, ces différentes entités se rencontrent régulièrement afin que leurs efforts convergent.

Comment sont perçus les lobbies industriels par les parlementaires européens et les hauts fonctionnaires de Bruxelles ?
Anne Dufermont :
Nos activités se font en toute transparence et nous ne sommes pas des corrupteurs qui glissons des enveloppes sous la table. Notre objectif est tout simplement que la législation européenne prenne en compte les intérêts de l'industrie chimique et la plupart des responsables européens approuvent cette démarche. Il arrive ainsi fréquemment que des députés ou des fonctionnaires fassent appel à nous pour avoir des renseignements sur tel ou tel sujet. Dans le cadre du projet REACH par exemple, un groupe de députés européens a organisé un séminaire d'une journée auquel des représentants du CEFIC ont été conviés. De même, la rédaction des "Livres blancs" [texte préparatoire à une directive], quand ils concernent l'industrie chimique, donnent généralement lieu à des rencontres entre les experts du CEFIC et les fonctionnaires.

A quel moment agissez-vous pour influer sur les textes ?
Anne Dufermont :
En ce qui me concerne, c'est lorsque le texte passe devant le Parlement et, plus précisément, avant le vote, lorsqu'il est étudié par les commissions. A ce moment, les députés qui forment la commission sont chargés de proposer des amendements et sollicitent souvent l'avis d'experts extérieurs. A nous de faire en sorte d'être contactés pendant les deux ou trois mois que durent l'étude du texte. Bien entendu, la composition politique de la commission influe sur le type d'experts qu'elle va consulter. Inutile de dire que des députés écologistes ou d'extrême gauche vont avoir tendance à se méfier de la CEFIC. S'agissant du projet REACH, il touchait tellement de domaines différents qu'il y a eu une bataille de compétence entre les commissions pour déterminer laquelle devait l'étudier. Finalement, fait rarissime, le texte a été étudié par trois commissions (industrie, juridique et environnement).

Quels sont votre formation et votre parcours professionnel ?
Anne Dufermont :
J'ai étudié les Sciences Politiques à Bruxelles et j'ai obtenu un diplôme d'interprète. J'ai débuté dans une maison d'édition qui réalisait des livres pour enfants. Puis, j'ai totalement changé de voie pour travailler quelques années dans les relations publiques pour un consortium de banques de développement. Après cela, j'ai occupé pendant quatre ans à la Commission européenne la fonction d'expert en relations publiques, avant de travailler encore quatre ans à la Direction de l'énergie sur le projet de " Charte de l'énergie ". Aujourd'hui, je travaille depuis deux ans et demi pour le CEFIC.

Quels sont les qualités d'un lobbyiste à Bruxelles ?
Anne Dufermont :
La première est certainement de maîtriser plusieurs langues. Pour ma part, je parle anglais, allemand, néerlandais, français, italien, espagnol et grec. C'est un atout énorme lorsqu'on veut convaincre quelqu'un de pouvoir communiquer avec lui dans sa langue natale. Ensuite, il faut avoir une bonne connaissance du secteur dont on défend les intérêts, des institutions européennes et des acteurs qui y ont le plus de poids. Enfin, il faut faire preuve de modestie et de finesse. Ne pas perdre patience quand un député vous fait attendre des heures ou vous écoute à moitié. Ne pas se poser en expert qui sait tout car les députés n'apprécient pas ce genre d'attitude. D'ailleurs, vous ne savez jamais de quel degré d'information dispose votre interlocuteur.

Propos recueillis par Laurent Fargues
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