Les Baléares suppriment leur écotaxe

Planète \Institutions \Collectivités locales

Publié le 28-07-2003

Partagez : Partager
Ile de Formentera
Ile de Formentera

L'écotaxe des Baléares n'aura été en vigueur qu'un an et demi (mai 2002-octobre 2003). Elle a été victime d'un changement électoral. Instaurée par une coalition rose-verte, elle a été abolie par la majorité de droite qui a remporté les élections régionales de mai 2003. Elle avait rapporté 46 millions d'euros en 2002 !

Retour sur l'expérience

Les Baléares, ses quatre îles, Majorque, Minorque, Formentera et Ibiza. Les Baléares, sea, sex and sun, et " ecotasa ". D'1 € en moyenne par nuitée et par vacancier de plus de 12 ans, cette taxe a été instaurée pour " mettre fin à la massification du tourisme, responsable d'un épuisement des ressources naturelles et de la dégradation de l'environnement ", selon les propos de son instigateur, Francesc Antich, chef du Gouvernement régional des Baléares.
Autre but espéré et induit, dans un registre plus économique : attirer de nouveaux touristes, davantage soucieux d'environnement et de patrimoine préservés, dans un contexte où la concurrence avec des destinations bradées telles que la Turquie, la Tunisie ou plus récemment la Croatie, est difficile à tenir .

Un fonds pour réhabiliter les espaces touristiques

Un tourisme qui coûte cher

Le tourisme tel qu'il se pratique aux Baléares à un coût environnemental et social élevé, comme le fait remarquer le site consacré à l'écotaxe. Principal générateur d'emploi et de richesse, le tourisme représente 84 % du PIB, et ne cesse d'augmenter. Mais les embouteillages, croissants eux-aussi, sont responsables d'une pollution de plus en plus préjudiciable, le niveau d'extraction des eaux souterraines a baissé de 90 mètres entre 1975 et 1999, la production de déchets domestiques est la plus forte d'Espagne (le double de la moyenne nationale), la consommation électrique a augmentée de 30 % entre 1993 et 1998... Un bilan qui augmente le coût du transat !

Avec les 30 millions d'euros annuels que devaient rapporter cette taxe écotouristique, le Gouvernement des Îles Baléares et sa majorité (PS et écologistes) espèrait alimenter le Fonds de Réhabilitation des Espaces Touristiques. Selon le projet du Gouvernement régional, l'argent devait servir à la "restructuration et la réhabilitation de zones touristiques, à la récupération de ressources et d'espaces naturels, à la revalorisation d'éléments patrimoniaux d'importance et à la revitalisation de l'agriculture locale ".
Il s'agissait donc de limiter l'urbanisation côtière à outrance, en interdisant certaines constructions mais aussi en détruisant ou en en modifiant d'autres, de sauvegarder des espaces naturels pouvant faire l'objet de parcours de randonnées ou de réserves d'espèces protégées, de mettre en valeur un patrimoine culturel et touristique trop souvent abandonné, et de relancer l'agriculture et la promotion du terroir, afin de développer des régions non côtières parfois moribondes. En fait, défaire et mieux faire que ce qui a été fait par les Gouvernements précédents, qui se sont laissé aveugler par " l'or en barre " que représente le tourisme de masse et sa promotion immobilière.

Taxe très discutée

Malgré ses motivations économiques, écologiques et sociales , l'écotaxe ne faisait pas l'unanimité. Son existence est même suspendue d'abord été menacée par la justice. En effet, comme le rappellait Libération du 7 avril 2002, le Gouvernement de droite de José Maria Aznar, la jugeant " mauvaise pour l'image de l'Espagne, et craignant qu'elle ne donne des idées à d'autres régions " a fait appel pour suspension dès l'approbation de cette loi, en juin 2001, auprès du Tribunal constitutionnel. A la mi-janvier 2002, ce dernier avait autorisé (provisoirement !) l'écotaxe, la jugeant " légitime et en mesure d'améliorer l'environnement ".
La colère des tour-opérateurs et des hôteliers locaux n'avait pas cessé pour autant. Ils travaillent pour l'essentiel avec les Allemands ce qui représente chaque année près de 4 millions de touristes en quête de soleil.
" La presse nationale et locale n'a quasiment pas publié d'articles sur le sujet, car chez nous, ce n'est pas un sujet polémique, l'écotaxe est bien acceptée, précise Antonio De la Morena, directeur de l'Office espagnol du Tourisme à Paris. Il s'agit plutôt d'une discorde politique entre un Gouvernement national et régional, et surtout d'une préoccupation pour les professionnels du tourisme. D'ailleurs, la presse française se focalise sur les Allemands, alors que les premiers visiteurs de l'Île sont Anglais ! "
Cela tient sans doute au fait que les Anglais n'ont pas menacé de déposer un recours devant la Commission européenne à Bruxelles, comme les Allemands, jugeant l'affaire désastreuse pour leur tourisme. Ils n'ont pas non plus vu débarquer sur leur sol le conseiller au tourisme du Gouvernement des Baléares, Celesti Alomar, pressé de s'expliquer pour calmer le jeu Outre-Rhin.

Le principe du pollueur-payeur

Ses détracteurs auraient souhaité que l'écotaxe soit moins visible, incluse dans le tarif proposé par le tour-opérateur et qu'elle ne concerne pas seulement ceux considérés comme des " touristes sauvages" mais tous les vacanciers et les résidents. Pour eux, soit l'écotaxe  devrait être prélevée dès l'aéroport évitant le "sale travail" aux hôteliers, soit une partie de la TVA déjà prélevée sur les entreprises touristiques doit alimenter l'eco taxe... Mais le gouvernement des Baléares a voulu appliquer le principe pollueur-payeur.

L'éco taxe a rapporté 46 millions d'euros en 2002 et pouvait représenter 60 millions d'euros en 2003. Le nouveau gouverneur des Baléares, ex ministre de l'environnement d'Aznar, qui a géré le naufrage du Prestige a renoncé à essayer de conquérir un autre type de touriste que l'amateur de vacaces pas chères. Aux Baléares pourtant, 34 % des plaintes portent sur la massification de l'ubanisation et l'environnement.

Sylvie Touboul
© 2003 Novethic - Tous droits réservés
Partagez : Partager

Liens utiles

Rendez-vous sur Facebook Suivez-nous sur Twitter Rendez-vous sur Facebook Rendez-vous sur Facebook
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.nicomak.eu/parties-prenantes