Le grand large et la matière grise

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Publié le 21-05-2003

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Le sous-marin Le Redoutable, intégré à la Cité de la Mer
Le sous-marin Le Redoutable, intégré à la Cité de la Mer

Pour équilibrer le poids économique des nucléaires civil et militaire, les élus comptent beaucoup sur le développement du port de commerce et du pôle universitaire. Pour y parvenir, les différentes communes autour de Cherbourg apprennent à travailler ensemble. Le succès de la Cité de la mer, et l'arrivée prochaine de L'EICAR, école des métiers de l'audiovisuel, y sont pour beaucoup.

Après plusieurs années de vaches maigres, le Nord-Cotentin semble reprendre confiance. « Les mentalités bougent, les gens ont compris qu’ils ne devaient plus compter que sur la Hague ou l’arsenal. C’est une véritable révolution quand tous les maires de la CUC (communauté urbaine de Cherbourg) sont issus de l’arsenal ! », commente Jean Lemierre, député UMP de Cherbourg.

Aujourd’hui, les Cherbourgeois comptent beaucoup sur deux projets de développement, qui très récemment, viennent de passer à la vitesse supérieure : le port de commerce, déjà au second rang français pour le trafic transmanche, et le pôle universitaire.

Comme l’arsenal de Cherbourg, le port de commerce panse ses plaies. Hormis les rotations de car ferries vers le Royaume-Uni, qui profite pour partie de la saturation du tunnel sous la Manche, l’activité y est très ralentie. Et encore plus depuis la fermeture du centre d’appel de la compagnie britannique P&O entraînant 26 suppressions d’emploi. Auparavant, l’ouverture d’une usine Toyota à Valenciennes a porté un coup fatal au port cherbourgeois. En effet, le constructeur japonais a transféré toute les expéditions de ses véhicules à Zeebruges, en Belgique. Pour le port normand, ce sont plusieurs dizaines d’emplois qui ont ainsi disparu.

Sur la route des grands paquebots

Le port de Cherbourg prend position sur le cabotage entre les ports européens, selon le schéma des ailes de pigeon cher à François Ricaud, de la cellule d’expansion économique du Conseil général de la Manche : « la situation de cette région en Europe en fait la tête s’avançant entre les deux ailes de pigeon que sont la péninsule ibérique ou l’Irlande et le Royaume-Uni et les ports d’Europe du Nord ». Le 19 avril 2003, la ligne régulière exploitée par Marfret et Norfolk Lines, entre l’Irlande, Cherbourg et les Pays-Bas est entrée en service. Pour décharger ces conteneurs, le port a reçu des investissements conséquents afin de moderniser ses équipements. Et ce n’est pas fini, puisque le quai principal doit être prolongé dans les prochaines années.

Surtout, Cherbourg veut renouer avec sa longue tradition d’escale des paquebots. Le port veut jouer la carte de l’engouement naissant pour les croisières dans les rivages du nord de l’Europe. Pour attirer et retenir les touristes, il compte beaucoup sur la Cité de la Mer, installée dans l’ancienne gare Maritime.

Contre toute attente, ce lieu, porté dès sa naissance à bout de bras par la ville de Cherbourg, a connu un immense succès : plus de 375 000 visiteurs avant de souffler sa première bougie ! Après l’aquarium géant et la visite du Redoutable, le premier des sous-marins nucléaires français, la deuxième phase de la Cité sera centrée sur Cherbourg, ville d’émigration, et les voyages transatlantiques. « Cependant, comment attirer plus de touristes étrangers dans notre région, avec une image aussi déplorable que celle véhiculée par l’usine de la Hague ? », se demande Michel Frémont, président du CRILAN.

Et Jean-Luc Veret, secrétaire régional des verts dans la région, d’enfoncer le clou : « Pour donner une bonne image de marque au Nord Cotentin et à ses produits, il faudrait commencer par supprimer les effluents que la Cogema rejette dans l’environnement ! ».

Transfert de matière grise

De même, Cherbourg et le Nord-Cotentin comptent beaucoup sur la montée en puissance de son pôle universitaire, à vocation scientifique, qui compte même une école d’ingénieurs. Ces dernières semaines, la vocation universitaire de Cherbourg a pris une nouvelle dimension, avec l’arrivée prochaine de l’EICAR (Ecole internationale de création audiovisuelle et de réalisation) dans l’ancien hôpital maritime. Cette école, qui forme des professionnels des métiers de l’audiovisuel, se trouvait à l’étroit à Paris. En s’installant dans le Cotentin, elle trouvera-là de l’espace, à des prix défiants toute concurrence. De plus, les formations de cette école privée figurent parmi les moins chères d’Europe. Enfin, elle compte ainsi attirer des jeunes Anglais ou d’autres nationalités européennes, à la recherche d’études abordables.

Vincent Millet et Laurent Campagnolle (Filigrane Press)
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